‹ L'amiral Coligny: étude historiqueChapitre 4 sur 20 · LES BU1GIUKT5 GENEVOIS · texte numérisé non relu

LES BU1GIUKT5 GENEVOIS

de sympathie prodiguées par Coligoy à la cause de la réforme, n'élaient-elles pas de nature à lui enlever les bonnes grâces du roi? Il serait bien étrange que ses relations avec Genève eussent échappé à l'attention de ses adversaires politiques, et l'on peut croire qu'ils surent habilement les exploiter, dansun temps où il leur importait si fort de compromettre auprès d'Henri II le négociateur de Vaucelles,

Du reste, sans se croire tenu de proclamer ouvertement ses tendances [nouvelles, l'Amiral ne se préoccupait pas non plus outre mesure de les dissimuler : les ministres et émigrants genevois partis de Genève, le 1 septembre 1 556 , passèrent prendre, - 3 Châtillon, ses instructions; puis ils se rendirent à Honfleur, où les attendait le sieur de Bois-le-Comte, neveu de Villegagnon. La populace catholique les voyaitd'assezmauvais œil. L'un d'euxfut tué; beaucoup sans doute eurent peur alors et se cachèrent; le zèle se refroidit^ et trois cents personnes à peine prirent place sur les trois vaisseaux du roi, qui partirent le 19 novembre 1556.

Depuis la fin de septembre , l'Amiral n'avait pu s'occuper de celte expédition préparée par lui avec tant de sollicitude, absorbé qu'il était par d'autres soins, et, malgré lui, jeté dans une périlleuse aventu re qui devait mener la France à deux doigts de sa ruine.

La rupture décidée de la trêve avec l'Espagne venait de lui créer d'autres devoirs. Son gouvernement

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de Picardie et Artois, le premier exposé aux attaques de l'Espagnol , réclamait toute son attention vigilante. Il fallait que l'Amiral s^effaçât devant le gouverneur de province. D'après la même lettre, dont nous avons cité plus haut un court passage, il paraît que Coligny songea à se démettre de ses fonctions de gouverneur de Picardie. Était-ce regret d'abandonner ses grands projeta maritimes , son beau rêve patriotique et religieux?

Quoi qu'il en soit, le roi s'est prononcé, Coligny obéira :

« Puisqu'il luy plaist que je le serve au gouver- » nement de Picardie, cest bien raison que joublie » toutes aultres choses pour maccomoder et suivre » sa voulunté, mesmeraent après avoir enttendu » les remonstrances que je vous avois faites. Et 9 pourtant je me despoulleré de mon oppinion et me » résouidré de le servir ainssy et au lieu quy luy » plaist, ou jemploiré toutes mes forces pour le bien » servir tant du corps que des biens, pour le moings » sera ce de tout mon povoir et fîdellement (t). » La campagne de St-Quentin allait prouver si Coligny savait mettre ses actes d'accord avec ses paroles. Dès le commencement d'octobre il part pour la Picardie (2); et cette guerre qu'il déplore, il s'y prépare avec autant d'ardeur et d'entrain que s'il

(I) B. N. Uk. f. t. am, t. 40, déjà cilé.

^ <2) Giwivalle, t. IV, p. 743.

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