COLIGNY BT LES GUISES
influent sur sa conduite et sur ses actes publics (1).
Même vers la fin de cette année 1559 , alors que les passions religieuses ont creusé un abîme entre les deux familles , alors que Coligny commence à détester, avec toute la force de ses idées de tolérance et d^humanité , ces Lorrains, apôtres et représentants de la persécution, on A'oit quel respect il garde encore pour la volonté royale qui les couvre et les protège, dans quelle mesure il se croit permis de les combattre.
Hélas I ce second moyen de protestation légale imaginé par lui devait être tout aussi infructueux que le premier ; les instances des princes allemands furent impuissantes à sauver l'infortuné du Bourg.
Certes, il fallait que l'autorité morale de Coligny fût bien reconnue, sa loyauté bien à l'épreuve du soupçon, pourque ses amis impatients n'aient jamais interprété à mal la modération de ses conseils , les scrupules de son bésitation à recourir aux armes.
Ses adversaires mêmes , qui l'ont tant calomnié tout baut, connaissaient mieux que personne son dévouement à son devoir et sa fidélité au roi : après Texécution de du Bourg , la cour avait songé un instant à se rendre à Paris ; mais l'émotion est au comble dans la capitale ; ce ne sont pas seulement les réformés , c'est la bourgeoisie parisienne tout
(0 V. Pjécf* jw(.. H, I.
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3b CHAPITRE 11.
entière qui proteste avec force contre la tyrannie des Guises, avec horreur contre la rage des persécutions. Un seul homme paraît capable de calmer ou de contenir les passions déchaînées : le gouverneur de Paris, l'Amiral. C'est lui que la cour effrayée compte envoyer en avant pour prévenir les effets possibles de ces colères qu'il partage, de ces haines qu'il trouve légitimes. Cette révélation des papiers d'État d'Angleterre n'est-elle pas le plus éclatant hommage rendu à Coligny, la meilleure preuve de la confiance absolue qu'inspire à ses adversaires son incontestée et incontestable droiture (1) ?
Quant à son désintéressement, Guise apprenait au moment même jusqu'où il pouvait aller, il avait cru naguère brouiller l'Amiral et Condé en avertissant le premier que le prince convoitait secrètement son gouvernement de Picardie.
A ces insinuations, Coligny fit la noble réponse qu'on va lire :
« Monsieur de Humières, écrivait-il le 20 janvier » 1560, il y aja quelque temps que considérant que » les deux charges que javoys estoient fort grandes » pour bien pouvoir satisfaire à toutes deux, je dé- » sirois que je peusse avecques le bon plaisir du roy
(!)<<... The garboil .. ifspeedy order benottaken, will growlo some 9 exlremlty ; Tor nich Ihe Admirât is appointed lo go to Paris before ■ Ihe King's coming, »
Killlçren and Jones to Ihe Queen, 27 déc 1539; Catendar of tiale paptn fforeign), année t559-60, p. 341.
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DBSmTÉRESSEHeNT DR COLIGNr. 37
» me descharger du gouvernement de Picardje , » parquoy depuis que je suis en ceste court, mes- » tant trouvé à propos, jen ay faict quelques remons- » trancea à Sa Majesté qui les a si bien prises que » avecques son consentement et satisfaction jay » remis le dict gouvernement entre ses mains (!)• » La tournure inquiétante que prenaient les affaires d'Ecosse réclamait sans doute Tattention toute particulière de l'Amiral de France. Mais est-ce bien le rare scrupule de conscience indiqué au début de la lettre qui seul, en cette circonstance, détermina la conduite de Coligny ?
11 avait, à l'assemblée de la Ferté, parlé bien à son . aise de désintéressement, devant les Bourbons qui convoitaient le pouvoir des Guises. La bonne grice, l'empressement présent qu'il met à se dépouiller lui-même en faveur de l'un de ces Bourbons, n'est-il pas le meilleur exemple, le plus salutaire à donner aux ambitieux, en même temps que le plus sûr moyen d'augmenter encore l'autorité morale de ses conseils à venir?
Toutefois, si l'Amiral espérait que le sacrifice fait par lui serait profitable à la cause de la modération dont il était le plus éloquent défenseur, son espérance allait être cruellement déçue.
Au moment même où il écrivait la lettre citée plus haut, de tous les points de la France se dirigeaient
(I) Bullel. rfu Prolesl. franc., 14' année, p. 317.
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vers Nantes les conjurés convoqués par la Renaudie au nom d'un capitaine muet que tous connaissaient sans que nul l'eût nommé ; et un vaste complot était organisé pour enlever violemment les Cuises.
Ceux-ci, le 19 février, semblent oe savoir rien de certain encore : ils croient la Renaudie en Suisse, comme le prouve leur dépêche dudit jour datée de Montoire (1). A la première nouvelle sûre, ils montrent d'abord la plus grande crainte que l'Amiral ne soit du complot. Ils venaient de lui faire une grave injure en donnant à Rrissac le gouvernement de Picardie dont il s'était démis en faveur de Condé. Or ils doubtoient pouvoir eschapper ce danger si » tant soit peu il s'en vouloit mesler (2). »
Ia reine-mère essaya vainement de les rassurer, engageant sa parole pour lui, qu'elle avait « lous- » jours cogneu loyal serviteur du roy (3). » La reinemère avait raison. Les compagnons de la Renaudie s'étaient bien gardés de s'ouvrir de leurs desseins à Coligny, qui les eût « renvoyés loing, rabroués (4), » Il était tranquillement à Châtillon, se disposant à partir pour Tanlay, où il devait faire « son caresme » prenant »avec son firère d'Andelot (5). Tout à coup.
(t) Cit«e par H. Migaet, Journal des Savants, année ISS7, p. 421.
(2) Régnier de la Planche.
(3) Id.
(4) BrantAme, iûH. de la Soc, d'Hisl. de France, t. IV, p. 290.
(5) LnUre an Connél., du 24 fév. 1559 (v. s ) B. N. Ms8. f. f. Ï05C8, f. 147. V. Pièces just., J.
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CONJDBATION D AHBOISB. 39
il est mandé en hâte à Amboiae, où l'appellent, dit-on, les complications des afîaires d'Ecosse. Ou 24 février au 1 " mars, il est tout entier à cette guerre guisarde, où il ne veut voir en jeu que les intérêts de la France. Ses deux lettres écrites à cette époque au connétable sont presque la meilleure réponse à ceux qui seraient tentés de le croire impliqué dans la conjuration d^Amboise (1). Ce qui le préoftcupe le plus, à coup sûr, c'est Tambition d'Elisabeth; la promesse de Philippe II de mettre « ung bon mors » à la bouche de la reine d'Angleterre » le rassure médiocrement, et il compte bien aller en Normandie presser par lui-même l'armement des vingt-quatre navires que le roi veut envoyer en Ecosse. Un tel zèle devait être de nature à rassurer les Guises.
Il est vrai que, tandis qu'il leur donne ainsi les preuves incontestables de son bon vouloir, il n'oublie pas, chaque fois que l'occasion s'en présente, de plaider avec d'autant plus de force auprès de la reine-mère la cause de la tolérance en matière de religion. Il est impossible de ne pas reconnaître son influence dans la déclaration royale du 8 mars, déclaration d'amnistie incomplète toutefois, dont il put reconnaître bientôt l'inanité, la perfidie même; car elle livrait d'avance à de terribles châtiments ceux qui, sous couleur de religion , auraient ce machiné
(I) Lellre au Connét., dn l" mars 1559 (v. s ), Ndgocialiont et Leltret MU» FratBçois II, Doc, Inéd., p. 819,
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» contre le roi, sa mère et ses principaux ministres . >
Ceux-là, Guise les connaissait, les attendait, et le 19 mars pourtant, malgré les précautions prises, peu s'en fallut que leur attaque de vive force contre Amboise ne réussît.
Si l'on eût dit alors à l'Amiral qu'un jour viendrait où lui aussi se lèverait en armes contre son roi, comme il eût repoussé d'un élan de loyale indignation l'idée de ce monstrueux attentat à la majesté royale!
A l'approche des rebelles, signalée dès le 15, il était allé au-devant d'eux avec le duc de Nemours pour les arrêter, les combattre (1). Le baron de Caslelnau, rencontré par ce dernier, parlemente et suit le duc, sur la formelle promesse d'une audience royale. La loyauté de Coligny ne pouvait manquer de protester contre l'indigne violation qui fut faite de cette parole donnée au nom du roi. Il essaya d'arracher Castelnau à la mort et ne put y réussir. Les Guises avaient trop d'intérêt à étouffer ces voix accusatrices qui n'accusaient qu'eux.
Le devoir de Coligny est tracé désormais, il faut que le roi les écoute et les comprenne ces crig
(I) « The marsbaLof Sl-André naa, Ihe 15 th. insl. genl forlh with » 300 borsemen 16 Tours rorapprehendiag certain companieslhere;aDd » Ihe Duke of Nemours and the Admirai of France Ihe same day mère B aUo sent forlh wiUi 200 olbers Ter the empeachiDg of anolher com- >• pany not far hence. »
Trockmorion to the Queen, (3 mars 1560, Calendar..., année I5S9- 60, p. 452,
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CONiURATION D'AUBOISB. 41
désespérés qui des gibets montent vers le ciel. Or que demandent-ils tous?réloignement des Guises^ l'éloignement des persécuteurs, des bourreaux. Il les a pris peut-être^ ces cris, pour l'expression isolée du ressentiment de quelques rebelles vaincus. Il faut lui prouver que c'est le vœu unanimj de la France. Et qui aura qualité pour le faire? Les Bourbons, les puissaaces étrangèi'es? Non^ mais la France ellemême, la France seule. Que les États-Généraux soient convoqués; que la nation soit consultée! Voilà ridée qui d'elle-même s'impose à l'Amipal, comme elle s'impose à tous les modérés du temps. C'est le dernier pas qui reste à faire sur la pente glissante de la légalité. Et si de cette volonté nationale librement exprimée le roi ne tient nul compte, qu'adviendra-t-il ?
Cette idée des États-Généraux n'effraie guère moins Catherine que les Guises. La loyauté de Coligny lui inspire toute confiance, non le moyen proposé par lui.
Puisque la France doit être consultée, qu'il s'informe pendant son voyage de Normandie, qu'il lui rende compte de l'état des esprits. Les Guises auraient bien voulu l'envoyer plus loin, en Ecosse, avec son frère d'Andelot. Tous deux refusent (I).
(I) « The rhioegrave bas also refused lo go ioto Scotltmd, as has alM ■ Uie Admirai of Fraoce. »
TrockmoTlon [DCecjl, Tjnin 1560. Calendar..., ann. 1560-61, p, 105.
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43 cBiPirnB ii.
L^Âmiral se contentera de surveiller les armemeats, et le zèle qu'il déploie au Havre ne laisse pas que d'inquiéter l'ambassadeur anglais (i).
Mais il sait que sa présence est plus nécessaire en France qu'en Ecosse, et que le véritable danger, le plus pressant, est à l'intérieur. Il écrit à Catherine, ainsi qu^elIe le lui a recommandé. Il lui signale de nouveau comme la cause unique des troubles l'intolérance religieuse, et l'ambition lorraine comme le plus grand obstacle à la pais du royaume.
Heureusement, pour appuyer ses efforts, pour le seconder en son absence, un auxiliaire lui est venu près de Catherine, auxiliaire d'autant plus précieux que les Guises ne le suspectent pas, le nouveau chancelier Michel de l'Hospilal. Dans la grande collection des portraits de l'Histoire de France et parmi ceux de Coligny, se trouve un petit médaillon renfermant les deux portraits de l'Amiral et du Chancelier, avec ces mots en légende : modèles du conseil. Heureuse idée et juste d'avoir réuni ces deux têtes vénérables d'hommes si bien faits pour s'entendre, pour s'apprécier, dignes tous deux de rester dans la mémoire reconnaissante de la France comme les représentants les plus augustes de la tolémnce, de la liberté religieuse.
Conseillée, entraînée par eux, Catherine se décide
(I) V. lettres de Trockmorton à ta reine et au conseil, dn 21 et du M juin..,. Calendar..., ami. l560-6r.
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LES NOTABLES A FONTAINBBLBAD. 43
à [H^ndre au moins une demi-mesure. Une assemblée de notables eat convoquée à Fontainebleau et s'ouvre le 21 août. Le débat allait s^engager, solennel, entre le parti de la tolérance et le parti de la persécution.
Grande dut être rémotion de tous, amis et ennemis, lorsqu'ils virent, au début de la séance, l'Amiral se lever de sa place, traverser lentement la salle, et, mettant deux fois le genou en terre devant le roi, lui présenter les requêtes des réformés de Normandie {!). Ces deux requêtes, l'une au roi, l'autre à la reine-mère, avaient été évidemment rédigées sous son inspiration. Elles contenaient l'expression du dévouement le plus absolu, le plus respectueux à la Ëimille royale, mais aussi Tinstante prière qu'il fût permis aux réformés de s'assembler, au besoiu sous le contrôle et la surveillance des commissaires royaux.
Le roi parut en écouter avec plaisir la lecture, faite par le secrétaire d'Ëtat Laubespine; et il félicita l'Amiral de ses louables et consciencieux efforts pour rétablir la paix, la tranquillité dans le pays (2).
Les Guises ne purent caeber leur irritation. Ce fut bien autre chose loi"sque, son tour venu, l'Ami-
(l}«The lord Admirai ntse from his chair, aod went lo Ihe king, and » having laade (wo great coartesies bebre liim, presenled unio him » two anpplicalions... >• CeUendar..,, aoo. 1560-61, p. 146,
(2) De Thon, t. Il, p. 17.
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44 CHAPITBB II.
rai prit la parole^ cette fois en son nom. Dans un discours qui ût entrer toute l'assemblée en admiration, et où il emporta avec Marillac « l'honDeur » d'avoir donné le meilleur et plus certain conseil » pour rendre le royaume plus paisible et plus floris- » sant que jamais {i) > , il démontra la nécessité de réuDÎr au plus vite les États-Généraux, un concile national ; il s'éleva surtout avec force contre cette institution toute récente d'une garde royale imaginée par les Guises, et propre seulement à faire croire que le roi n'était pas suffisamment gardé par l'amour et le respect de ses sujets. « Personne en » France, écrivait Niccolo Tornabuoni, Tambassa- » deur de Côme I", personne qui ne dise que c'est » une grande honte qu'un roi de France, habituée » aller partout avec deux laquais , soit entouré » maintenant d'une garde » de deux cents arquebusiers à cheval (2). C'était donc le coup le plus sensible que Coligny pût porter aux Guises.
Ils ne pouvaient guère s'opposer à la convocation des États, ni à la réunion d'un concile, trop unanimement réclamés. Ils consacrèrent tous leurs efforts à faire ajourner au moins les requêtes, en quelque sorte personnelles, de l'Amiral. Les lettres du roi,
(IJ Régnier de la Planche, p. 361,
(2) ic Né è penona di quesU Francesi senza barbsïzale che non dica » ch'cgii è una grau vergognacheuDRediFranciasoliloandare per lutta H conduoIaguaiisiaridolloperBinoredeGuiseastrasciiiarsila guardia » dieiro eeuza un proposilo al inondo. »
ReUtlioia de la France et de la Toscane, t. III, p. 423, Doc. inéd.
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LABMEB fiDISAKDB. io
du I" septembre, qui revenaient sur les mauvais desseins de ceux d'Aniboiae (1), et surtout les ter ribles instructions données en octobre aux gouverneurs de provinces contre les ministres et prédicants {2), prouvèrent combien peu les Guises étaient disposés à tolérer la liberté du culte réformé dans le royaume, et surtout à licencier cette garde royale, qui les gardait bien plus que le roi. Ils l'avaient même singulièrement renforcée.
Dès la fin de juillet, l'abandon de la guerre d'Ecosse leur avait permis de garder sur la Loire les vieilles bandes de Piémont, toutes dévouées à Brissac, et qu'on avait mandées pour la guerre. Peu à peu une véritable armée guisarde se trouva ainsi concentrée autour d'Orléans, où devaient se réunir les États primitivement convoqués à Meaux pour le 10 décembre, et où la cour se rendit le 18 octobre. L'attitude suspecte des Bourbons justifiait jusqu'à un certain point les mesures prises par les Guises.
L'Amiral avait été le premier à blâmer leur absence, lors de l'assemblée de Fontainebleau; il avait écrità sa sœur Madeleine de Roye qu'elle pressât le prince de Condé, son gendre, de venir à la cour pour se disculper des projets coupables qu'on lui prêtait (3). Lea deux Bourbons ne se décidèrent qu'à la fin d'octobre et sur l'ordre formel du roi.
(!) Régnier de la Planche, p. 364.
(3) PoDlanieu, 203-294, octobre 1560.
(3) De Thou, t. II, p. 24.
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46 CBAPITRB II,
Tout à coup rAmiral apprend que Condé a été jeté en prison, jugé, et qu'il est condamné à mort; que le roi de Navarre, son &ère, est soumis à une surveillance humiliante, plus pénible que la plus dure captivité. Lui-même, sur ces entrefaites, est mandé à Orléans. I^s circonstances, certes^ étaient graves ; et cependant nous avons peine à croire au dramatique récit de la Planche, qui nous montre Coligny faisant ses deruiers adieux , ses suprêmes recommandations à sa femme, comme s'il ne devait plus la revoir, déhhérant n faire entière profession » de foy (au roi) et remettant l'évéDement à » Dieu (1). » Outre que ces brusques et hasardeuses déterminations sont peu dans le caractère de l'Amiral, n'aurait-il pas été naturel, dans la circonstance présente, qu'il se retranchât derrière la décision future des États ou du concile, qui allaient se réunir ?
D'ailleurs, est-il hien certain qu'il crût avoir au moment même rien à redouter des Guises? Sans doute il les a grièvement offensés à Fontainebleau. Mais depuis lors, ils ne l'ont trouvé ni compromis par les révélations de la Sague , l'agent de Condé , ni mêlé au projet de surprise de Lyon. Lui saventils gré de cette réserve loyale dans laquelle il se tient? Il serait téméraire sans doute de l'affirmer. Hais toujours est-il qu'au moment où ils semblent
(■} Régnier de la planche, p, 406-410.
COLIGHÏ HANDÉ A OKl^ANS. 47
d'accord avec le roi pour comploter la perte des Courbons, Coligny ne reçoit que les témoignages les plus flatteurs de la confiance royale : Une lettre gra^ cieuse àa 4 octobre lui confie, comme étant capable de garder « une telle et si importante place «^ le gouvernement du Havre-de-Grâce {!). Qui eût pensé qu'un jour cette « si importante place » serait livrée par lui aux Anglais ?
Pour l'instant, il ne semble préoccupé que de témoigner au roi sa gratitude en rendant au pays de nouveaux et signalés services. Une activité toute nouvelle se manifeste dans les ports de la côte normande, et notamment au Havre. L'Amiral, en relations suivies avec les armateurs et les marchands normands, de part avec eux dans les risques et profits de leurs voyages, paraît plus que jamais décidé à favoriser le développement de notre commerce de mer. L'Espagne craint pour le Pérou, et s'informe auprès du cardinal de Lorraine (2). Les Portugais sont moins rassurés encore ; de la nai-octobre à la mi-novembre, le bruit court qu'une nouvelle expédition se prépare contre le Brésil (3). Les agents an-
(1) Db Bouchel, Preuves généaiogiquei de la maison de Ckdtillon.
(2) LeUre de Chantonnay au cardinal de Lorraine, du 26 octobre IS60. Négociations et Lettres, sous François II, p. 629.
(3) c. The Admirai of France prépares Ihree «bips of war to «end
■ against (he Porluguese who bave sunk three ships of Rouen (nherein
■ he had a good part) ... »
■ The Admirai équipa Tour or five ships for BraEil... • Calendar..., ann. 1360-61, p. 361, 393.
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'48 GUAPITRE II.
glair, qui surveillent déjà d'un œil jaloux les progrès de notre puissance maritime, constatent, il est vrai, que les hommes sont peu disposés à seconder en cette occasion les projets de l'Amiral {!).
C'est sur ces entrefaites qu'il est mandé à Orléans. En supposant qu'il se défiât des Guises , il ne pouvait croire que le roi , la reine-mère consentissent jamais à le sacrifier à ses ennemis. Nous serions même fort surpris , si ce n'était pas Catherine en personne qui eût pressé sa venue, comme elle pressait dans le même temps celle de son « bon > compère » et ami le connétable de Montmorency.
Le Connétable, lui, était trop défiant pour venir, Coligny trop loyal pour hésiter. Fort de sa bonne conscience et de ses intentions honnêtes, il partit de Châtillon , probablement sans émotion apparente et sans phrases, ne fût-ce que pour épargner à sa noble femme des inquiétudes qui, vu l'état avancé de sa grossesse, pouvaient lui être fatales à ellemême, comme à l'enfant qu'elle portait dans son sein.
Arrivé à Orléans, il fait une cour assidue au roi de Navarre, que tous, parpeurdes Guises, ontlâchement abandonné (2); protestant, par cette noble conduite de Français fidèle et dévoué, contre les insultes chaque jour prodiguées à un prince du sang de
(1) Calendar..., ann. t5G0-6), p, 400.
(2) « Soli Colinii fralres Odelus cardinalia et Gaspar maris prafectns aHlictain ejus forlunam minime desernere. « De Tiion, t. II, p. 4S.
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COLIGKT A ORLÉAItS. 49
France. Nul doute dès lors qu'il n'aitjoint aussi ses généreux efTorta à ceux de l'Hospital pour sauver Condé, dont les Guises, avec un âpre acharnement, pressaient Texécution.
Penchée au lit de son fils moribond, épiant les progrès du mal, Catherine hésitait, attendait. Enfin le 5 décembre, François II meurt. Les Bourbons sont sauvés, la puissance des Guises abattue; la reine-mère et le roi de Navarre se sont entendus pour partager le pouvoir pendant la minorité de Charles IX. L'Amiral peut et doit croire son temps d'épreuves fini, le triomphe de ses idées assuré.
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