‹ L'amiral Coligny: étude historiqueChapitre 7 sur 20 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

Décembre 1560 — Hara (563.

Adhésion onTcrte d« CoIlifiiT à la Bffomi«. — ExpMltlon de Blbaud «n Floride. ~ Première guerre cliUe, — Affaire da HkTre. ~ AaMiBBlnat d« due de Snl*e. — Paix d'Ambolae.

Le 13 décembre 1560, le chancelier Michel de l'Hospital ouvre les États d'Orléans et inaugure le nouveau règne par un magnifique et touchant appel à l'union de tous les chrétiens. L'immense majorité de l'assemblée applaudit. Les allusions de Quintin, l'orateur du clergé, injurieuses pour l'Amiral, menaçantes pour les réformés, restent sans écho; la cause de la tolérance religieuse semble gagnée sans appel, et, le 28 janvier 1561, ordre est donné de mettre en liberté tous les détenus pour cause de religion. La régente, conseillée par les Châtillons, gouvernée par une huguenote, la duchesse de Montpensier, penche même de jonr en jour vers la réforme, et le bruit court à l'étranger qu'elle n'envoie plus ses enfants àla messe (1).

Le temps est donc venu où l'Amiral peut enfin concilier ses devoirs de sujet et de chrétien; il fait

(I) Tiégociatlotu... wim François II, Doc. iDéd., p. 649.

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52 CHAPITIB III.

baptiser suivant la mode de Genève le fils qui lui est né le 24 décembre 1560; et c^est probablement vers les premiers jours de février 1561 qu'il fiaut placer ce premier acte de Tadhésion ouverte de Coligny à la réforme. Le I6janvier, Calvin lui avait écrit : « Quoyque les aultres soyent tardifs à s'ac- » quitter de leur devoir, si vous faalt-il prattiquer » la sentence de Nostre Seigneur, c'est que chascun ■a de nous le doibt suivre promptement sans regarder » qui sont les aultres (1). »

Coligny attendait peut-être, désirait que la reinemère se prononçât. Mais s'il ne put sVutoriser de son exemple, nul doute qu'il n'ait agi, sinon avec son consentement, du moins avec son approbation ; car les dépêches anglaises, qui relatent, le 1 1 février, l'impression produite à la cour par Tévénement du baptême, constatent, le 26 du même mois, la haute faveur dont jouit Coligny près de la régente. Elle ne peut se passer de lui, travaille avec lui, tandis que son frère le cardinal travaille avec le roi de Navarre (2).

(1) Lettres de J. Calvin... J. Bonnet, t. H, p. 371-373.

(2) ■ ... The wife of Ibe Admirai of France nas latel; deKvered of ■ > child, nich lie caused to be baplized openly ia l]i« vulgar tongne • aHer the maoner ot Genevaj the Admirai was presaot (hereat him- » self; Ihe dolng of Ihe same was niuch commended bj inany. m

BedroH to Ceci!, Paris, Il (é\. i56\. Calendar..., aa. 1560-61, p.S4S.

K ... (The) chief promoters in this court are the Admirai and tlie

K cardinal ofChâtilioD, for if it were not for Ibem no gaod would be

■ done; Ibe oae (ravails nilh the Qneen-Molher, and the olher wilh

■ the king of Navarre •> Bedfort and Trockmorton to the privy

council, Paris, 26 fév. I5GI. Calmdar..., an. 1560-61, p. 571.

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ADHESION ODVBRTE DE C0LI6KV A LA RBFOBHB. 53

A ce moment, solennel dans la vie de Coligny, après tant d'apparentes hésitations qui auraient pu faire taxer tout autre de lâcheté ou d'hypocrisie, lui, reçoit le plus éclatant témoignage d'estime publique qui puisse être donné à un homme. Le 15 mars 1561, les États provinciaux^ réunis à Paris, émettaient le vœu que des gouverneurs fussent donnés au roi et à ses frères, « tels que pour la sincérité et intégrité » de leurs vies, le roy et messieurs ses frères pua- » sent prendre une bonne et sainte instruction ; » et ils désignaient en première ligne « monsieur l'Ad- )' mirai, » auquel ils adjoignaient le président Ferrier (1).

Pourquoi faut-il qu'un pareil vœu n'ait pas été pris en considération? Qui peut dire ce que fût devenu Charles IX sous la direction de ce grand honnête homme, ce que fût devenue la France? Catherine n'y voulut consentir (2). Elle tenait trop à conserver sur l'esprit de ses fils une influence sans rivale, et elle savait l'ascendant étrange, irrésistible, qu'exerçait Coligny sur quiconque l'approchait. Peut-être même ne fut-elle pas fâchée de le voir s'absenter un moment de la cour. Elle ne manquait pas d'excellents prétextes pour l'éloigner. Elle ne désirait rien tant que de voir les deux religions vivre côte à côte en bonne intelligence par tout le royaume.

(1) Négocialitna... tous François II , p. 833.

(2) Ambassadeurs vénitiens, Doc. inM., p- S43,

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Mais ce résultat désiré pourrait-il jamais s'obtenir?. . . Il semble que l'Amiral soit parti tout exprès pour en faire rexpérience. 11 voit, dans sa ville de Châtillon, catholiques et réformés qui s'entendent à merveille; dès lors, avec cette confiance toujours un peu naïve de l'honnête homme, prêtantgratiiitemeot aux autres les idées de conciliation qui l'animent et qu'il voit répandues dans son entourage, il se vante publiquement de pouvoir sans troubles, sans désordres, établir bientôt la réforme dans les provinces {!).

Les événements lui donnent vite un cruel démenti. Son frère Odet est sur le point d'être tué dans l'émeute de Beauvais. Lui-même, le 9 avril, se plaint à Catherine d'excès commis à Issoudun. Il est, il paraît, en correspondance active avec elle, si l'on en juge parles premières lignes de sa lettre :

« Madame, je craindrois tous estre importun de vous par- » 1er et escripre si souvant dune mesme chose, nestoit que » ceste occasion entre toutes est privilégiée puys que c'est » la i:ause de dieu et de ceulx qui se dédient à le vouloir » purement servir. Il est advenu cesle semaine dernière que » une compagnie de gens a esté trouvée ensemble a Issoudun » prians dieu, et alTm que la vérité du faict vous soit entië- » rement congneue je vous supply très humblemant madame, » vouloir prendre la patience que le procès verbal qui en a » esté sur ce faict vous soit entîèrc'ment leu et que par 1& » vous puissiez juger sil y a rien qur tende à sédition scan-

(I) De Thon, t. II, p. MO.

t,Coo<;lc

COLIfiNY BT CATHEBINK. US

y> dale public on port darroes. Au contraire si vostre inten-

» tion n'est pas corrompue quant vous avez di^clare que vous

B ne voulez point que les personnes soient recerchees en

» burs maisons pourtant, madame, je vous supply au non

» Dieu vouloir commander que ceuls qoi sont détenus pri-

» sonniers soient mys en liberté, et au demeurant tenir la

» main quen attendant lassemblee des personnes que vous

» voulez faire pour le faict de la religion, Ion laisse vivre

» ang cbascun doulcement, comme jay prié a monsieur do

» Sarragosse présent porteur vous faire enttendre, sur lequel

» me remetant je prieray dieu.

» madame vous donner en parfaicte santé très heu< » reuse et très longue vie

» de Chastillon, ce d*"* d'avril 1S6I.

M Vostre très humble et très obéissant subject et » serviteur,

» Chastillon.(l). »

Ud mot delà lettie, un seul, « si vostre intention » n'est pas corrompue, » donnerait à penser peut-être qu'un léger soupçon sur les intentions (îe la reinemère a déjà traversé l'esprit de Coligny. Mais ce ne dut être qu'un éclair. L'édit du 19 avril, qui semble une réponse directe à ses plaintes, renouvelle l'ordre de mettre en liberté les détenus pour cause de religion. La réunion du colloque de Poissy achève de le rassurer, et son concours le plus entier, le plus dévoué, reste acquis à la ré~ gente.

(I) B. N. MM.,f, f. 3193, f.a?.

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S6 GHAPtTBB III.

Les délégués des treize grands gouvernements réunis le 1" août à Pontoise, pour le &it des finances, ayant commencé par remettre en discussion la question du pouvoir, c'est Coligny qui plaide chaleureusement, avec le roi de Navarre, la cause delà reine-mère, et qui parvient à sauver son autorité un instant compromise (1).

Catherine n'était pas femme à oublier un tel service (â) ; elle s'engage de plus en plus dans cette voie de conciliation où la guident ses meilleurs, ses plus sûrs conseillers; elle veut que des concessions réciproques maintiennent la bonne harmonie entre les deux religions, ou plutôt les fondent en une seule; elle se déclare nettement pour les prières en langue vulgaire, pour la communion sous les deux espèces ; elle croit, elle espère que du colloque de Poissy sortira la paix du roya'jme, illusion décevante, rêve trompeur qui plaît à son scepticisme religieux, comme il a séduit la grande âme de Coligny, si tolérante, si croyante.

Le colloque s'était ouvert dès la fin de juillet. Â la fin d'octobre, prêtres catholiques et ministres réformés se séparaient plus divisés, plus ennemis que jamais.

Toutefois, cet insuccès de la grande tentative de conciliation religieuse ne semble qu'avoir poussé

(I) De Thou, l. II, p. 113.

(!) Ambawad. vénit., (. I, p. 5SI.

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^TATg DR PONTOISE. — COLbOQDE DE POlSgT. 57

plus avant Catherine dans le parti de la réfonne. Au commencement de 1 562, elle paraît même décidée à se déclarer ouvertement. De Bèze Taffirme (1), l'Amiral le croit. Mais elle a peur de TEspagne. Dès la Gn de 1561, Philippe II a déclaré que si la reinemère ne redressait les abus par force, il prêterait son concours à qui le lui demanderait (2). La réconciliation de Guise avec Montmorency, leur union avec St-André a augmenté encore les craintes de Catherine ; elle sait les triumvirs tout prêts à réclamer, s'ils ne l'ont fait déjà, ce concours promis de l'Espagne. Contre de tels adversaires, quel secours peut-elle attendre du parti protestant? De quelles ressources dispose-t-il? Elle veut être renseignée, ne s^engager qu^à coup sûr^ que les Ëglises fassent, sans que son nom soit prononcé, bien entendu, le dénombrement de leurs forces de pied et de cheval. Plusieurs hésitent, flairant un piège. L'Amiral les entraîne, donne les renseignements demandés, et

(1) M Quoniam enim jnmpridem Hispanus non desinit nobis tninari » el niliil Eeque remoratur nostram aùroxiiàTopa quorninns ia nostras » partes inclinet atque melus oe non satis linni simus ; idcirco visnm » est Posidonio (Collgni/) palam admonendas Ectlesiaa ul sedulo diipi- » ciaot quibu3 tum pedilum, lum equiluiu copiis possinl hoc regnuiu K tueri adversuj eiteros si relliglonîs causa bellum torle nobis iaferalur. » Mulla hjc DiiUi et varia jd nientem veneninl quse nos dehorlarcntur. « 9ed vicit Posidonii senlenUa, nec naeluendœ sunt calumniie quum » Dihil clam et sine auspiciis geratur, quainvis iila nominari nolit. ■

De Bèze à Calvin.

6 jauv. 1562, 61-Germain.

(2) Granvelle, (. VI, p. 431.

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Catherine parait rassurée, décidée : le 17 janvier, est promulgué le fameux édit qui autorise » les aasem- > blées de jour hors des villes, m

Le parti protestant se déclare satisfait. Mais que va dire l'Espagne? Après les menaces de Philippe, la guerre est inévitable. Soit. L'Espagne ne sera vraiment à craindre qu'appuyée en France sur le parti catholique tout entier. Or, est-il bien sûr que rimmense majorité catholique de notre pays songe à s'entendre avec l'Espagnol? Les guerres passées ont laissé trop de rancunes entre les deux peuples; l'intervention de Philippe ne peut manquer d'être attribuée à des considérations politiques plus qu'au pur zèle religieux. Si l'on pouvait rendre cette vérité bien évidente à tous ! Il semble que l'Amiral y ait songé.

Le 18 février 15G2, deux petits navires du roi partaient du port de Dieppe, sous la conduite de Jean Ribaud , un brave et intelligent capitaine que l'Amiral avait eu l'occasion de connaître et d'apprécier au temps de la guerre d'Ecosse (1).

Oli va-t-il? au Brésil? Non, mais du côté des Indes espagnoles, du côté de la Floride, cette terre de l'Amérique du Nord explorée jadis par le Flo-

(1) v John Ribaud U despalched Crom Ihis court yiilli charge to repair » to the Admirai and trom him lo receive [urilier direcUon for bis going « ialo Scotland. »

TrockmortoD to Cecil, 9 oct. 1559.

Catendar..; tan. 1559-60, p. 241.

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