‹ L'amiral d'EstaingChapitre 108 sur 252 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

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I . — Condition des choses en Amérique ; insiraciions données à d'Estaing. — Il quitte la Delaware et se porte devant Sandy Hook. — Lettre de La Fayette à d'Ëstaing. — Washington lui envoie le colonel Laurens. — Les pilotes américains refusent de conduire Tescadre dans la haie.

IL — D'Ëstaing mouille devant Khode Island. — Il s'établit dans la passe centrale. — Arrivée de la flotte anglaise ; d'Ëstaing reprend la mer à sa poursuite. — Une tempête arrête cette poursuite. — D'Ëstaing mène son escadre à Boston. — Combat du César et de Ylsis, '

m. — L'amiral met Boston en état de défense. — Manifeste du général Sullivan ; impression qu'il produit sur les esprits. — D'Ëstaing invite les Canadiens à se soulever contre l'Angleterre. — Départ de la flotte française pour les Antilles ; hommage rendu à d'Ëstaing par le congrès.

Depuis le jour où Washington avait recule commandement des troupes américaines, les hostilités s'étaient longtemps poursuivies, sans avoir modifié d'une façon décisive la situation des belligérants. Si la bataille de

Saratoga où le général anglais Burgoyne^ dut, en octobre 1777, capituler devant l'américain Gates*, vint donner aux insurgés une supériorité momentanée, ils s'étaient montrés pourtant inhabiles à profiter de ce succès. Les troupes britanniques occupèrent même Philadelphie, d'où s'était enfui le congrès.

En effet, ni l'armée américaine proprement dite, composée d'hommes enrôlés d'abord pour quelques mois, ensuite pour trois années, plus tard pour la durée de la guerre, ni les milices, passagèrement rassemblées et mises seulement en campagne lorsque leur province se sentait menacée, ne possédaient l'esprit militaire.

D'autre part, dans la masse des citoyens, l'enthousiasme avait fini par céder devant les préoccupations privées. Le papier-monnaie qui remplaçait l'argent était tombé trente fois au-dessous de sa valeur. L'Union devait cent quatre-vingt-neuf millions de livres, sans compter la dette particulière aux États. Enfin l'Angleterre interceptait toute navigation, soit avec l'Europe, soit avec les autres contrées d'Amérique'.

Le traité, conclu par la France avec les États-Unis, allait seul rendre l'espoir aux Américains et réveiller leur énergie. Lorsque parvint en Amérique la nouvelle d'une prochaine intervention delà France en faveur des

1. John Bargoyne, dont la témérité eot pour résaltat lo désastre de Saratoga» quitta dès lors l'armée pour s'adonner à la littérature. Il mourut en 1792.

2. Horacio Gates, né en 1768, à Malden en Angleterre, avait appris le métier des armes dans l'armée anglaise, durant la guerre de Sept Ans. Établi en Amérique, Gates adopta la cause des insurgés et reçut le commandement de l'armée du Nord. Plus tard général de l'armée du Midi, il fut battu à son tour par lord Cornwallis. Gates vécut jusqu'en 1806.

3. Rajnal : Bistoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes f t. IV, p. 432.

insurgés, l'armée britannique se trouvait concentrée à Philadelphie, tandis que, tout auprès, la flotte de l'amiral Howe * croisait à Tembouchure de la Delaware. Comprenant tout le danger qu'il courait à demeurer désormais au milieu d'une population notoirement hostile, le général anglais Clinton*, déjà serré de près par les troupes de Washington, se décida le 22 juin à évacuer Philadelphie pour se replier sur New- York, dont les habitants restaient Gdèles à l'Angleterre. Dessinant un mouvement parallèle à celui de Clinton, dont la marche rétrograde fut sans cesse harcelée par les insurgés, Howe allait établir sa flotte à faible distance de New- York, dans la baie de Sandy Hook. Si donc d'Estaing se fût présenté quinze jours plus tôt à l'entrée de la Delaware, il y eut trouvé l'escadre anglaise forte seulement de neuf vaisseaux et dont par suite il eut € facilement triomphé dans ces parages* >. Devait-il maintenant la suivre et s'engager dans les passes difficiles de la baie de New-York pour aller la chercher?

Les instructions très vagues données àJTEstaing lui laïèsàîehi loiite' facîlît? 3^agîr à sa guise. D'une façon générale elles se bornaient à lui marquer de faire c ce qu'il croirait le plus convenable >, lui indiquant d'attaquer les Anglais « là où il pourrait leur" nuire davàntage >, l'autorisant, s'il se sentait en état d'infériorité,

1. Richard Scrope, comte Howe, né à Londres en 1726, sert'it ayec distinction durant la gaerre d'Amérique. Il remporta, en 1794 sur la flotte française la victoire d'Onessant, et mourut comblé d'honneur en 1799.

2. Sir Henry Clinton ayait servi sous Burgoyne et sous W. Howe, frère de l'amiral Howe, avant de se voir investi du commandement supérieur des troupes anglaises. Rappelé à la suite de ses revers, il mourut gouverneur de Gibraltar en 1795.

3. Vicomte de Noailles : Marins et ioldati français en Amérique, p. 36.

non seulement à se réfugier à Boston, mais aussi à gagner les Antilles où il devait alors opérer contre les îles anglaises. Cependant ces instructions lui prescrivaient de ne point s'éloigner des côtes des Etats-Unis avant d'avoir accompli € une action avantageuse aux Américainsy glorieuse pour les armes du Roi, propre à manifester immédiatement la protection » que la France accordait à ses alliés*.

D'Estaing sentit la nécessité de frapper ce coup retentissant alors qu'il n'avait encore affaire qu'à la faible escadre de Howe, auquel l'Angleterre ne pouVait manquer d'envoyer prochainement des renforts. Après avoir détaché la flûte la Chimère pour conduire Rayneval à Philadelphie, l'amiral, cinglant vers le nord, se présenta le 11 juillet devant Sandy Hook*.

Du point où d'Estaing avait jeté l'ancre il surveillait aisément l'entrée de la rade, au fond de laquelle son adversaire s'était retiré. « L'escadre de Howe qui était au mouillage devant New-York, observe M. Lacour- Gayet, était sensiblement moins nombreuse que l'escadre française : neuf vaisseaux contre douze, dont six de soixante-quatre canons et trois de cinquante, mais elle possédait plus d'homogénéité, des équipages en meilleur état et surtout le bénéfice d'une position défensive dans un mouillage que son chef connaissait à merveille'• >

Si l'amiral anglais était maintenant c enfermé dans la souricière ^^ , d'Estaing ne pouvait guère se risquer à l'y

1. Tf . Lacoar-Gayet : La vieille France et la jeune Amérique,

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