‹ L'amiral d'EstaingChapitre 113 sur 252 · ArchiveB de la Marine, B« 141 f 226. S. Jbid · texte numérisé non relu

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la passe centrale en sens inverse, mais non moins fièrement. Howe, qui mouillait à une certaine distance de terre, ne tenta pas d'inquiéter cette sortie. Bien au contraire, à peine le quatrième des vaisseaux français doublait-il les dernières pointes que l'amiral anglais prenait subitement le parti de s'éloigner. D'Ëstaing n'hésita pas à lui donner la chasse. Si la flotte anglaise avait de l'avance, la nôtre pourtant semblait la gagner; mais telle était l'inégalité de marche entre les vaisseaux français que trois seulement d'entre eux pouvaient espérer atteindre, avant la nuit, l'armée navale britannique. Le nombre des bâtiments ennemis^ qui d'ailleurs fuyaient en bon ordre et qui, grâce à la présence des meilleures troupes anglaises, disposaient d'une excellente mousqueterie, nécessitait de notre part plus d'ensemble dans la poursuite. D'Ëstaing s'arrêta donc, voulant former son escadre en bataille pour reprendre la chasse en ligne.

Cette chasse se continua jusque dans la soirée du 11 août. Cependant, après midi, le vent et la lame avaient grossi. Déjà le Tonnant démâté de son perroquet restait en arrière, mais l'amiral assuré que ce vaisseau parvenait quand même à le suivre, ne s'en inquiéta point. D'Ëstaing se trouvait alors dans une position particulièrement avantageuse. Sur le point d'atteindre enfin l'ennemi, il se voyait maître de le combattre au vent et de lui enlever ainsi la possibilité d'utiliser les premières batteries, tandis que lui-même conservait le libre emploi de tout son canon.

1. L'escadre de Howe se composait de quUize bâtiments à deux batteries et de plusieurs (presses frégates. — • Archives de la Marine, B* 141 f • 226.

l'amiral d'estaing âlS

En un court instant toutes les espérances de Tamiral devaient s'évanouir. Le signal de commencer le combat allait être donné, quand un grain brumeux, accompagné d'un violent coup de vent, sépara les deux escadres, assez même, par ce temps obscurci, pour les cacher l'une à l'autre. Cette tempête, qui se prolongea pendant toute la nuit, eut pour le Languedoc des conséquences funestes. Dans un rapport au ministre, d'Estaing en fait ainsi le douloureux récit.

c A trois heures et demie du matin, — pardonnez, Monseigneur, cet excès de détail et de précision : l'homme à qui l'on coupe tout à la fois les deux bras et les deux jambes ne peut dans sa triste narration en omettre l'instant, — à trois heures et demie on vint m'annoncer que le mât de beaupré avait consenti. Je courus sur le gaillard d'avant, le mal était énorme. Des caliornes furent promptement frappées des deux bords pour soutenir ce mât et lui servir de haubans. On y travaillait encore quand le beaupré cassa. Puis tombèrent successivement le mât de misaine, celui d'artimon, enfin le grand mât. Notre gouvernail rompit ensuite, poursuit l'amiral. Ce comble de malheur était le plus terrible de tous. Nous ne fûmes plus qu'une masse flottante, plus soutenue par rien et sans moyens aucuns pour être dirigés*. }

Ce fut pourtant dans des conditions aussi défavorables que le lendemain le Languedoc, séparé de l'escadre, eut à subir l'attaque du Renown. Mais soit que le commandement du bâtiment anglais ne se rendit pas suffisamment compte de l'état du vaisseau amiral, soit que

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