‹ L'amiral d'EstaingChapitre 120 sur 252 · Sainte- Lucie capilula le 30 décembre · texte numérisé non relu

Sainte- Lucie capilula le 30 décembre

3. Gny-Pierre de Coëlnempren, comte de Kersaint, deTÎntdès la première heure l'un des partisans les plus ardents de la Révolution. Député à ras9emblée législative, puis à la convention il se signala comme un adversaire de la monarchie, mais ne vota point la mort du Roi. Après la condamnation de Louis XVI, Kersaint, ayant donné sa démission avec éclat, fut traduit devant le tribunal révolutionnaire, et condamné i mort le 4 décembre 1793.

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me faire résister à renchalnement inconcevable de tant de circonstances accablantes ^ »

La jonction de Byron et de Barrington allait élever les forces navales britanniques au chiffre de seize vaisseaux et leur procurer ainsi sur les nôtres une supériorité numérique*, mais cette supériorité serait sans doute momentanée, car Bouille venait d'apprendre officiellement que la France préparait une nouvelle escadre à destination des Antilles. Tout permettait de supposer que Byron, une fois réuni à Barrington, chercherait à surprendre cette escadre, à moins qu'il ne songeât à attaquer la Guadeloupe ou la Dominique. Bouille conseillait donc à d'Estaing de s'établir en croisière au vent de Sainte-Lucie pour empêcher Barrington de prendre la mer, puis de se porter à la rencontre de Byron pour le maintenir à distance et assurer ainsi libre passage aux vaisseaux attendus en France. Mais l'amiral ne partageait point cet avis. Considérant vraisemblablement que la jonction des flottes ennemies était chose faite, moins confiant que Bouille dans l'arrivée prochaine des renforts, soucieux avant tout de défendre les îles menacées, il projeUiit d'aller s'embosser à la Dominique pour les mieux protéger. C'était, suivant

1. D'fistaing au Ministre, 3 janvier 1779. — Archives de la Marine. B* 142 f« 3.

2. Les forces anglaises réunies ne formaient en réalité qu'une armée de treize vaisseaux, car sur les sept de Barring^n, trois n'étaient pas de rang à combattre en ligne. — Archives de la Marine, B* 161 f* 172.

Bouille, € abandonner la mer et livrer en même temps le secours ' » que l'on attendait.

Bouille ne conteste point assurément la nécessité de pourvoir à la sûreté des îles voisines et déclare même qu'il faut y jeter six cents hommes pour les mettre hors d'insulte ; mais il commence à se rebiffer quand d'Estaing lui prescrit de prélever sur la garnison de la Martinique un détachement de trois cents hommes, destiné à la Guadeloupe, car, dans la pensée du gouverneur général, ce détachement doit être fourni par les troupes de débarquement.

€ Les trois cents hommes que vous ordonnez que j'envoie à la Guadeloupe, écrit-il à d'Estaing, dégarnissent d'autant la Martinique, dont la garnison a été établie par la cour à cinq mille hommes, nombre calculé nécessaire pour la défense, et qui se trouvera réduite à deux mille cinq cents hommes par l'état que je vous envoie. » Et comme l'amiral lui propose de laisser à sa disposition les matelots du Tonnant^ vaisseau que de graves avaries empêchent de quitter Fort-Royal, Bouille ajoute : € L'équipage du Tonnant ne peut suppléer au défaut de garnison. Des matelots à terre ne sont que des paysans qui ne peuvent combattre contre des troupes. Vous l'avez éprouvé à Sainte-Lucie où des grenadiers de marine n'ont pas tenu une minute, de l'aveu même de leurs offlciers, et ont porté le désordre et l'indiscipline dans le camp. Si je croyais que les matelots pussent suppléer à des troupes, j'ai ici douze à quinze cents flibustiers aussi braves que vos équipages, mais sur lesquels je ne peux compter pour faire

1. BooîUé & d'Estaing, 9 janvier 1779.— ArchÎTes delà Marine, 6« 161 f* 172.

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* une guerre suivie et pour défendre des places et des retranchements. Le pillage et le désordre, qu'ils occasionneraient, seraient cent fois plus grands que les services qu'ils rendraient. »

Puis, voulant mettre sa responsabilité à couvert, Bouille reprend : « La cour est convenue du complet de cinq mille hommes pour la protection de cette colo* nie. S'il ne m'en reste que la moitié, je ne peux répondre de sa conservation... Je persiste donc à vous demander trois cents hommes pour la Guadeloupe pour porter la garnison à deux mille cinq cents hommes, sans dégarnir la Martinique, et, dans le cas où vous dégarniriez cette dernière, je proteste ne pouvoir répondre de sa sûreté, si elle est attaquée par des forces supérieures, et je reste déchargé des événements qui peuvent arriver. Je vous offre même de me désister de mon commandement et de le remettre entre vos mains, si vous croyez en avoir le pouvoir. * »

D'Estaing répondit à cette dépêche par des reproches auxquels se mêlait une grande bienveillance : c J'ai trouvé, monsieur le marquis, beaucoup de chaleur dans votre lettre. Il m'a semblé que vous l'aviez dictée avec un peu plus de pétulance que ne doit en avoir un officier général, gouverneur d'une colonie. Je vous prie, au nom du Roi, de ne plus proférer et surtout de ne plus faire écrire le mot de démission... J'ai reçu et apprécié votre protestation. Ce que j'en ai conclu est que nos colonies défendues par vous le seront autant qu'elles peuvent l'être et supérieurement bien. Quelqu'un qui vous estime et qui vous aimera en dépit de vous-même,

1. BoaiUé à d'Eitaing» 9 février 1779. ^ Archiyei de la Marine, B* 161 r 172;

qui s'est plu à rendre hommage dans ses lettres à tout ce que vous valez et qui, autrefois, déjà lieutenantgénéral des armées du Roi, vous a embarqué comme colonel, a par devoir et par inclination le droit de vous parler comme je viens de le faire *. »

Il n'apparaît pas que le mécontentement de Bouille fût atténué par cette missive qui d'ailleurs n'était point dépourvue d'une très légitime hauteur. Ayant su quelques jours plus tard que l'amiral avait fait connaître à un conseil de marine le contenu de sa lettre, Bouille reprend la plume et écrit : c J'apprends que ma réponse est devenue publique... et qu'elle indispose les esprits contre moi. Je mets à part, monsieur, et j'écarte en ce moment tout ce qui m'est personnel en ceci, mais, ce qui m'afflige uniquement est la suite qui peut en résulter et nuire au bien du service, en éloignant les uns des autres des officiers que la circonstance actuelle devrait au contraire réunir. D'après ceci, monsieur, mon unique règle de conduite auprès de vous doit être une obéissance muette. Je me conduirai d'après ce principe, comme le sous-lieutenant vis-à-vis de son général, mais je ne vous cache pas que je me crois obligé d'en donner avis au ministre et de lui faire connaître quelles ont été mes vues dans toutes mes démarches auprès de vous et quelles ont été leurs suites ^. » Dès lors, avant que d'obéir, il ne cessa de protester contre tout ce qu'il désapprouvait.

Cependant» Bouille avait l'âme trop haute pour qu'on

1. D'BsUiog à Bouille, 12 janyier 1779. — Archiyes de la Marine, fi« 161 M83.

2. Bouille à d'Eitoingr; 17 janvier 1779. ^ AtchiToft de la Marine^ B* 161

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puisse l'accuser d'avoir, en agissant ainsi, cédé à un fâcheux mouvement de dépit. Quelque pénible que fût pour lui la pensée de sentir son autorité de gouverneur général momentanément subordonnée à celle de d'Estaing et cela au moment précis où les circonstances lui eussent peut-être permis d'en tirer quelque gloire, il souffrait surtout d'avoir à exécuter des mesures qu'il considérait comme fâcheuses et dont néanmoins il risquait de supporter une part de responsabilité. D'Estaing, d'ailleurs, ne s'était point trompé en supposant la jonction des flottes ennemies un fait accompli. Se trouvant à la mer le 12 janvier, il les aperçut au point du jour et rentra mouiller dans la baie de Fort- Royal, jugeant inopportun de les combattre ^

Bientôt arriva la nouvelle que les Anglais occupaient les deux petites îles Saint-Martin et Saint-Barthélémy, dépendances de la Guadeloupe. La première s'était rendue à la sommation « d'un bateau qui ne valait pas la peine qu'on s'en occupât ». Les habitants de la seconde, terrorisés parla vue de cinq corsaires, avaient contraint leur gouverneur à capituler. « Ces deux îles, mandait d'Arbaud, ont été dans toutes les guerres au premier occupant. Je leur avais fourni des armes et des munitions, parce qu'elles m'avaient promis d'en faire un meilleur usage. Il résulterait le même abus d'une garnison qu'on établirait pour les défendre et nous ferions un sacrifice de troupes, qui peuvent être mieux employées, sans aucun avantage. » Le gouverneur de la Guadeloupe résumait donc ainsi sa pensée : « Elles

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