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ne valent pas la peine qu'on s'occupe de les reprendre *. > Ces deux iles pourtant furent brillamment reprises quelques semaines plus tard : Saint-Barthélémy par le comte du Chilleau^, Saint-Martin par le chevalier du Rumain '.
En effet si d'Estaing n'entreprend alors aucune opération avec son escadre, il ne laisse cependant point ses officiers inoccupés. < Le mouvement est perpétuel h Fort-Royal, rapporte M. le vicomte deNoailles dans son intéressante étude sur les Marins et soldats français en Amérique. Chaque jour tel ou tel bâtiment entre ou sort, croise au loin ou à proximité, seul ou de concert, se livre à la chasse des isolés, protège un convoi, transporte des troupes. Quelquefois l'escadre entière appareille et s'élance toutes voiles dehors, lorsqu'elle croit pouvoir livrer combat. Cependant, jusque en juin, rien d'extraordinaire ne se passe ; chacun se tient prêt à foncer sur l'adversaire dès qu'il fera mine de vouloir opérer un mouvement d'ensemble*. »
Par suite de l'inaction, où les soins à donner aux équipages non moins qu'un dissentiment survenu entre les deux amiraux, maintenaient la flotte anglaise, de précieux renforts purent entrer sans encombre à la Martinique. Ce fut d'abord, en février, quatre vaisseaux venant de Brest sous le commandement du comte de
1. D'Arbaad à d'Estaing, 22 février 1779. ^ Archiyes de la Marine, B» f» 162.
2. Le comte da Chilleau de La Roche, entré dans la marine comme garde en 1754, proma capitaine de vaisseau en 1770.
3. Charles-Marie Trolong du Rumain, né en 1743, derint capitaine de Taisseaa et fut tué à bord de la Nymphe^ dans un combat qu'il livra à une frégate anglaise, le 17 août 1780, à proximité d'Ouessant.
4. Vicomte de Noailles : Marin» et soldais français en Amérique^ p. 64.
Grasses puisy en avril, un convoi de treize bâtiments, escorté par le Fier et deux grands vaisseaux qu'amenait du Sénégal le marquis de YaudreuiP.
D'Estaing profitait de cette période relativement tranquille pour remettre sur pied ses nombreux malades, pour traiter de l'échange des prisonniers, enfin pour se procurer des soldats* L'amiral imagina donc de prescrire, par toutes les Iles du Vent, la levée de huit compagnies de flibustiers, qu'il comptait aisément former à l'aide des soi-disant flibustiers laissés sans emploi par suite du désarmement de bien des corsaires, à Taide aussi des « gens classés », des soldats ayant leur congé et des désœuvrés de toute sorte, auxquels une paye de vingt sols servirait d'appât. Chacune des compagnies
1. François -Joseph-Paal, comte de Grasse (1723-1788), avait guerroyé contre les Barbaresques sur les galères de Malte ayant d*entrer au serTÎce de France. Capitaine de vaisseau il avait pris part sous les ordres du comte d'Orvilliers au combat d'Ouessant, à la suite duquel il fut promu chef d'escadre. Attaqué en 1782, par lord Rodncj, dans la mer des Antilles, à hauteur des Saintes, Grasse dut metlre bas les armes après une résistance plus valeureuse qu'habile. Acquitté parle conseil de guerre auquel il fut déféré lors de son retour de captivité, Grasse mourut lieutenant-général des armées navales.
2. Louis-Philippe ^e Rigaud, marquis de Vaudreuil (1724-1802), chargé comme chef d'escadre de porter, en 1777, des troupes aux Antilles, s'était, chemin faisant, emparé de Saint-Louis du Sénégal. Il se distingua plus tard au combat des Saintes où il tenta de sauver une situation compromise par l'impéritie du comte de Grasse. Lieutenantgénéral, Vaudreuil siégea comme député de la noblesse du Languedoc aux états généraux, puis émigra en Angleterre. Il revint en France sous le Consulat.
devait être commandée par des officiers ayant servi avec distinction sur les corsaires*.
Pour hâter la levée et Torganisalion de ces troupes, il écrit lettre sur lettre aux gouverneurs et* va jusqu'à relancer son vieil ami le président Peinier* qu'il « supplie de faire donner des fonds convenables à Tofiicier recruteur » de la Basse-Terre'. Grâce aux bons offices de Peinier, grâce surtout au zèle infatigable que luimême déploie, le gouverneur de la Guadeloupe, d'Arbaud, annonce bientôt à d'Estaing l'envoi d'un premier détachement de volontaires, donnant espoir de former, dans son île, deux compagnies et peut-être trois. Maïs, s'il fournit la quantité, d'Arbaud ne se flatte point de fournir la qualité. En effet, le gouverneur a déjà prévenu d'Estaing « que les flibustiers n'existaient plus » et qu'une lie d'individus sans métier s'affublait actuellement de ce nom. Aussi peut-il écrire : « L'espèce d'hommes qui se présente pour la levée que vous avez ordonnée est abominable... J'ai tout lieu de présumer, par la connaissance que j'ai des vagabonds sans aveu et sans moyen, qui sont les seuls qui prendront parti, qu'ils consommeront les vivres et l'argent du Roi sans aucune utilité pour son service *. »
L'argent du Roi était déjà honteusement gaspillé, à la Guadeloupe, par les recruteurs qui, < installés à l'auberge à seize livres par jour » racolaient tout venant,