La Bourdonnais : Mémoires
3. Philibert Orry, né & Troyes en 1689, fut d'abord cornette de caralerie. Ayant acheté une charge de conseiller au parlement, il devint bientôt maître des requêtes, puis intendant. Nommé contrôleur général en 1730, Orry seconda les projets d'économie du cardinal de Fleury. Conseiller d'£tat, ministre d'Etat, directeur général des bâtiments, arts et manufactures, il se montra un administrateur exact et rigide. Ayant encouru la rancune de madame de Pompadour, Orry tomba en disgrâce en 1745, perdit toutes ses charges et termina sa vie dans la retraite. U mourut en 1747 au château de la Chapelle, près de Nogentsur-Seine.
de Londres ; mais les dépenses considérables qu'elle dut entreprendre soit pour outiller ses magasins et organiser sa flotte, soit pour assurer la défense de ses comptoirs, les mettre en valeur et favoriser ensuite leur développement, consumaient au fur et à mesure le produit de son négoce. Bientôt et ensuite constamment assaillis de réclamations par des actionnaires impayés, imparfaitement ou tardivement obéis par des gouverneurs parfois incapables et généralement plus occupés à se constituer une fortune que soucieux des intérêts dont ils étaient chargés, les directeurs, dès lors confinés dans des vues étroites, ne surent faire de la compagnie ni une entreprise commerciale rémunératrice, ni une force utile à notre expansion coloniale.
Ce fut sans leur appui, et même parfois contrairement aux intentions de ses chefs, que La Bourdonnais S gouverneur des îles, parvint à leur donner € le mouvement et la vie* ». Ce fut également sans appui que, dans rinde, Dupleix % prévoyant le prochain démembrement
1. François Hahé de La Bo ordonnais, né à Saint-Malo en 1699, naviguait depuis l'âge de dix ans, quand il entra en 1719 au serrice de la compagnie des Indes. Après s'ôtre distingué à la prise -de Mahé il avait été nommé gouverneur des lies. Ayant équipé une escadre à l'île de France, il se porta en 1746 au secours de Pondichéry, et s'empara ensuite de Madras. Mais de graves dissentiments survenus entre Dupleix et lui forcèrent La Bourdonnais à quitter l'Inde. Pris en mer par les Anglais, comme il revenait en Europe, mais bientôt remis en liberté, La Bourdonnais se rendit à Versailles, où il se savait accusé d'avoir trahi l'honneur de la France. Aussitôt arrêté, il fut emprisonné à la Bastille et y attendit trois ans des juges. .\cquitté par eux il mourut peu après, dans la misère, en 1753.
2. Hubert-Delisle : Discours prononcé lors de l'inauguration de la statue de La Bourdonnais, à la Réunion, le 15 août 1856.
3. Joseph-François, marquis Dupleix, d'une famille originaire du Poitou, naquit à Landrecies en 1697 et entra fort jeune au service de la compagnie des Indes, dont son père fut directeur. Après avoir été successivement membre du conseil supérieur de Pondichéry et directeur de
de l'empire du Mogol, rêva et entreprit d'y substituer le protectorat de la France. Par une politique renouvelée de celle des Marattes, il sut imposer notre influence aux princes indigènes en s'alliant à eux contre leurs compétiteurs protégés des Anglais, envoyant Bussy* conquérir ainsi à notre client Salabet-Singue le vaste royaume duDékan, établissantlui-même notre influence sur le Carnate, récoltant enfin assez de gloire pour que son inqualifiable conduite à l'égard de La Bourdonnais n'ait pu la ternir. Mais son avidité, son orgueil, sa prodigieuse fortune lui suscitèrent de nombreux ennemis ; sa témérité effraya la compagnie plus que jamais décidée à ne point entreprendre de conquêtes et, à l'époque qui nous occupe, Dupleix désavoué, puis tombé en disgrâce, venait d'être rappelé.
Et c'est au moment précis où elle marque ainsi le ferme désir de demeurer timidement confinée dans ses
Chandernagor, Dapleiz fut nommé en 1742 aa gouyernement de l'Inde. Par la confiance qu'il sut inspirer aax princes indigènes, il parvint à entraver les projets de TAnglelcrre et à étendre momentanément notre puissance. Après la prise de Madras par La Bourdonnais, Dupleix crut pouvoir casser la capitulation comme trop favorable aux Anglais, désavouant ainsi le vainqueur, en qui il redoutait un rival dont il décida la perte. Nabab dans rinde, créé marquis et grand-cordon de Saint- Louis par Louis XV, puis disgracié à son tour en 1754, Dupleix ne put même se faire restituer la totalité des sommes qu'il avait avancées à la compagnie et mourut pauvre en 1763.
1. Charles- Joseph Pâtissier, marquis de Bussy-Castelnau, né en 1718 près de Soissons, était allé de bonne heure aux Indes et y servait avec une haute distinction dans les troupes de la compagnie. Après avoir fait, avec une poignée d'hommes, la conquête du Carnate, Bussy avait défendu, sous les ordres de Dupleix, la ville de Pondichéry contre les Anglais. Simple lieutenant-colonel dans l'armée lorsque Lally arriva BOX Indes, Bussy, parvenu au grade de lieutenant-général, reçut par la suite le commandement de nos forces de terre et de mer au delà du cap de Bonne-Espérance et seconda alors fort utilement les entreprises du bailli de Saffren. Créé marquis et grand-croix de Saint-Louis, Bussy moarot à Pondichéry en 1785.
attributions mercantiles que la rupture de la paix va mettre la compagnie dans la nécessité de défendre ses comptoirs par les armes et fera concevoir à Lally-Tollendal le hardi projet d'aller ruiner aux Indes le commerce de l'Angleterre, pour y tarir une source abondante de ses richesses.
Issu d'une famille irlandaise, qui suivit en France la fortune des Stuarts, le comte de Lally-ToUendal * était entré dès l'enfance dans le régiment de son père. La bravoure, par laquelle il se signala à Fontenoy, sous les yeux mêmes du Roi, lui attira l'estime de son maître, estime qui lui procura la faveur d'être autorisé à mener dix mille hommes en Ecosse, au secours de Charles- Edouard *, quand ce prince tenta de reconquérir la couronne de ses ancêtres. La défaite du prétendant et l'effondrement d'une cause si chère accrurent en Lally la haine héréditaire qu'il vouait aux Anglais. Cette haine lui suggéra le dessein d'une expédition dans l'Inde, expédition que sa réputation d'extraordinaire audace le fît juger capable de conduire.
Peu au courant des choses de l'Inde, ignorant, par suite, de quelle importance était pour la France la con-
1. Thomas- Arthur, comte de Lally et baron de Tollcndal en Irlande, était né à Romans en 1702. Son échec dans l'Inde le fit accuser d'y avoir trahi les intérêts du Roi. Enfermé à la Bastille, il fut condamné & mort et exécuté le 9 mai 1766. Son fils obtint de Louis XVI la révision du jugement. L'arrêt fut cassé par de nouveaux juges et la mémoire de Lally réhabilitée.
2. Charles- Edouard Stuart, connu dans l'histoire sous la dénomination du prétendant, était fils de Jacques-Edouard Stuart et petit-fils de Jacques II d'Angleterre. Né à Rome, l'an 1720, il débarqua en Ecosse en 1745 pour reconquérir la couronne à son père. Après quelques succès, Charles-Edouard, vaincu à GuUoden, quitta l'Ecosse en fugitif et se retira à Florence, où il mourut en 1788.
quête du Carnate et celle du Dékan, ce fut auprès des directeurs que Lally, influencé par l'opinion de la cour, chercha à s'éclairer. Ils lui représentèrent « que le système de Dupleix était une folie », et Lally adopta ce sentiment. Mais sa nature ardente lui fit en même temps comprendre qu'il y avait quelque chose de grand dans cette folie et il en arriva ainsi à préconiser une ligne de conduite, qui n'était ni celle des directeurs, ni celle de Dupleix*.
Suivant Lally, il fallait tout d'abord chasser les Anglais de l'Inde, donner ensuite un exemple de modération, en rendant aux princes indiens nos possessions éloignées de la côte et divisées en masses distinctes qui ne pouvaient mutuellement se prêter appui, enfin substituer à ces masses, par l'obtention de quelques territoires, un établissement unique, restreint et d'une défense facile, dans le voisinage de Pondichéry. Malheureusement Lally ne savait pas que les Marattes étaient eux aussi des compétiteurs à la domination de l'Inde, où la décomposition fatale de l'empire du Mogol leur faciliterait la prééminence, qu'enfin, les Anglais une fois expulsés, il faudrait défendre nos établissements contre les Marattes et « par conséquent rouvrir l'ère des guerres longues et ruineuses^ ».
En l'état de discrédit où la politique coloniale était alors tombée, les projets de Lally « avec leur apparence de netteté et d'étroitesse ' » ne pouvaient manquer de plaire à la cour. Ils furent agréés par le Roi, et Lally,