Ibid
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nommé lieutenant-général, puis grand-croix de Saint- Louis, fut chargé de les mettre à exécution.
Ce qu'a été la campagne des Indes, nous ne le conterons qu'en partie, car sa fin n'entre pas dans le cadre de ce récit. Mieux préparée, moins parcimonieusement organisée et moins souvent traversée par certains mauvais vouloirs, plus intelligemment conduite, l'entreprise eût-elle réussi? La question reste douteuse. Mais, de fait» cette expédition n'aboutit pour la France qu'à la perte presque totale de ses possessions indiennes.
Aussitôt que d'Estaing eut appris qu'un corps expéditionnaire se formait à destination de Pondichéry, trompant cette fois la vigilance de sa famille, il demanda et obtint aisément d'en faire partie.
Le motif, qui le déterminait à s'éloigner ainsi, n'était peut-être pas le seul désir d'avancement. Nous savons que, séparé de biens d'avec sa femme, d'Estaing, malgré sa fortune, mais menant joyeuse vie, était en proie à des embarras d'argent. Il comptait y faire face par la vente de son régiment, ce que lui rendait loisible la promesse reçue d'être, en embarquant pour les Indes, promu au grade de brigadier*. Les représentations, que lui renouvelèrent les siens, semblent, un instant, l'avoir
1. La proposition, tendant à conférer à d'Estaing le grade de briga-» dier, portait que le brevet lui en serait seulement remis à la première relâche hors des mers d'Europe. Ce brevet, signé le 19 novembre 1756, fut antidaté d'un jour pour procurer à d'Estaing l'ancienneté sur ses camarades promus en même temps que lui. — Archives administratives de la Guerre, dossier 1.032.
ébranlé. Il se raccommoda màme avec madame d'Estaing, dont la bonté alla jusqu'à proposer à ce mari volage € de signer tout ce qu'il voudrait pour lui faire avoir de l'argent ». D'Estaing hésita durant quelques semaines; mais, son naturel indépendant et hautain reprenant le dessus, il ne songea plus qu'à partir ^ . Le 3 janvier 1757, presque à la veille de s'embarquer, le jeune colonel reçut des mains mêmes du Roi la croix de Saint-Louis *•
Depuis quelques semaines s'armaient à Brest six vaisseaux d© la marine royale, et à Lorient une vingtaine de navires de la compagnie des Indes, bâtiments destinés à former une flotte, dont le commandement était confié au comte d'Aché *. Cette flotte devait transporter jusqu'à Pondichéry six bataillons provenant de trois régiments d'infanterie : Lally-irlandais, Lorraine et Berry, un bataillon d'artillerie, deux cents dragons et six millions en espèces. Tel est l'ensemble des forces et des ressources que l'on a promises à Lally pour aller déloger les Anglais de l'Inde ! C'est plus encore qu'on ne lui accordera.
Par contre, quel luxe d'officiers : un maréchal de camp récemment promu, le chevalier de Soupire*; trois
1. Laynes : Mémoirety novembre et décembre 1756. 3. Gazeiie de France ^ janyier 1757.
3. Le comte d'Aché, né en Bretag'ne, d'nne famUle originaire de Normandie, était entré an service en 1717 comme garde de la marine. 11 arait toujours serri avec distinction , mais en sous-ordre, lorsqu'il fut chargé de conduire aux Indes l'armée de Lallj. Malgpré les revers qu'il essaya pendant cette campagne, d'Aché parvint aux grades les plus élevés de la marine. Vice^amirol en 1770, il mourut à Brest en 1780.
4. Antoine-Séraphin de Baudoin, chevalier de Soupire, né le 6 mai 1697, avait fait en 1719 ses premières armes en Espagne, comme capitaine
colonels remplissant les fonctions de brigadier, mais non encore pourvus du brevet qui leur en confère le grade, d'Estaing, Landivisiau, Michel de Lally, parent du général en chef; dans l'état-major enfin, parmi bien d'autres, un Grillon, un Montmorency, un Ghoiseul, un La Fare : fait particulièrement « flatteur > pour Lally en un temps où « ce n'était pas l'usage qu'on fît servir des jeunes gens d'un grand nom dans l'Inde* ».
Il avait été réglé que les bâtiments de la flotte seraient répartis en trois divisions qui ne navigueraient point de conserve, mais prendraient successivement la mer.
La première division emportant le chevalier de Soupire et un millier d'hommes partit de Lorient au jour voulu. La troisième attendait à Brest les deux bataillons de Berry, quand la deuxième, composée de trois grands vaisseaux de guerre, portant les deux bataillons du régiment irlandais, avec deux millions en espèces, se trouva prête à quitter ce port. Sous les ordres directs du comte d'Aché, qui avait à son bord, sur le Zodiaque, Lally et d'Estaing, cette division se disposait à appareiller, lorsqu'un incident fortuit vint en ajourner le départ.
Deux frégates avaient été commandées pour éclairer sa sortie et pour rapporter la nouvelle de son « déca-
de cavalerie, et paraissait s'immobiliser dans ce grade quand il fut promu à celui de major en 1742, après la prise de Prague. Bientôt aidemaréchal-général des lo£^s de cayalerie, Soupire assista aux bataiUes de Fontenoj, de Rancouz et de Lawfeld. Brigadier en 1748, il Tenait d'être fait maréchal de camp lorsque Lally l'emmena aux Indes. Le chevalier de Soupire devint lieutenant-général en 1762. 1. Voltaire : Mélanges hûtoriçueê.
pement »• L'une de ces frégates, la Guirlande était précisément mouillée « de l'avant du Belliqueux », vaisseau de l'escadre, quand, par un matin de février 1737, le signal fut donné d'appareiller. La Guirlande manœuvra bien comme si elJe voulait se mouvoir ; mais elle ne bougea point. En l'absence du commandant, jeune officier qui était allé passer la nuit chez une marchande de la ville, le garde de la marine, second de la Guirlande^ faisait simplement, pour attendre le retour de son chef, semblant de ne pouvoir lever l'ancre. Cependant le Belliqueux assuré par les réponses de la frégate qu'elle mettait sous voiles, tomba en abattant, sur ce léger bâtiment, dont il emporta la poupe. Malgré les avaries résultant pour lui de ce choc, le Belliqueux força tellement de voiles pour rejoindre les autres vaisseaux, déjà sortis du goulet, qu'il se démâta de son hunier. Dès qu'il eut connaissance de l'état où se trouvait le Belliqueux^ d'Aché, pour s'en rendre plus exactement compte, vira lui-même de bord. Dans cette manœuvre le Zodiaque subit un démâtement identique, qui faillit amener la perte de ce vaisseau amiral. L'escadre dut rentrer au port.
L'incident de la Guirlande fut ainsi la cause première des accidents successifs qui retardèrent le départ de Lally et, par cela même, la faute du commandant de celte frégate eut, pour l'expédition, des conséquences plus funestes encore. Sans aller jusqu'à imputer à cet officier la ruine de nos possessions indiennes, « sans mettre ainsi la perte des Indes dans le nombre des grands événements arrivés par de petites causes » , nous pouvons conclure de cette anecdote, avec son conteur
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inconnu, € qu'il n'existe pas de petites erreurs en discipline* >.
En effet, tandis que les bâtiments avarrés recevaient à Brest les soins nécessaires, le gouvernement, qui jugeait opportun de fortifier l'armée d'Amérique, dut retirer à Lally les deux bataillons du régiment de Berry ainsi que deux millions, et à d'Aché deux de ses vaisseaux. Lally et d'Aché protestèrent, demandant à être déchargés de leurs commandements. Mais, sur la promesse que des vaisseaux, des hommes et de l'argent leur seraient prochainement envoyés, ils se résignèrent.
Le Zodiaque alla rejoindre à Lorient quelques bâtiments de la compagnie des Indes et l'escadre de d'Aché, ne comprenant plus ainsi qu'un seul vaisseau de la marine royale, mit à la voile le 2 mai 1757. « Lally rassuré montrait la confiance des premiers jours >, faisant des plans de campagne et étudiant les nombreux mémoires qui lui avaient été adressés. Le malheureux entrevoyait sans doute, en ses rêves, le bâton de maréchal. Il ne devait trouver au retour que l'opprobre immérité de l'échafaud.