Gazeite de France, du 7 janvier
Les lignes suivantes, adressées à l'amiral par le consul américain de la Caroline et par le général Lincoln, indiquent ce que Ton attend de lui. € Si M. le comte d'Estaing veut débarquer trois mille hommes à Bulah sur la rivière Vemon, ce qui, selon nous, peut s'exécuter sans risque, et s'il veut seconder cette opération par une descente simulée dans la rivière Savannah, il coupera la retraite des Anglais vers Saint-Augustin. Si, en même temps, les troupes américaines se transportent vers Ebenezer, une jonction peut se former entre les deux armées sans difficulté. Par ce moyen-là l'ennemi, se trouvant coupé du pays qui le nourrit, ne peut pas tenfr longtemps. La perte de l'armée principale entraîne nécessairement celle du détachement qui est à Beaufort *. « On ne peut guère douter que Tarmée anglaise, se trouvant enfermée entre l'armée française et l'armée américaine, ne soit obligée incessamment de se rendre, vu la faiblesse des ouvrages à Savannah et le petit nombre d'hommes qui doivent les défendre. >
Ainsi d'Estaing, appuyant au fleuve Savannah la droite de son armée, devra investir à l'est et au sud la ville du même nom, étendant sa gauche jusqu'à donner la main aux troupes américaines qui, venant du nord, contourneront la place par l'ouest. Privée dès lors de toute communication avec les contrées fertiles de la Géorgie, la garnison anglaise, bientôt affamée, sera réduite à mettre bas les armes.
Malheureusement l'armée américaine de la Caroline semble, pour le moment, tout à fait désorganisée. Rut-
1. Beaufort oo Fort-Royal, localité actuellement connue bous le second de ces deux noms, est située sur la côte américaine, à une trentaine de milles an nord de Sayannah.
286 l'amiral d'estainq
ledge et Lincoln le confessent quand 3s ajoutent : € Nous sommes bien fâchés d'apprendre à M. le comte d'Estaing que la plupart de notre armée est congédiée, le temps de leurs engagements se trouvant expiré de* puis peu, et que nous ne pouvons pas répondre de plus de mille hommes pour le onze de ce mois. Nous promettons ce nombre-là, s'il n'arrive point d'événements funestes et nous promettons qu'ils se trouveront du côté occidental de la Savannah, près d'Ebenezer, le jour ci-dessus marqué, prêts à coopérer avec les troupes françaises. On fera tous les efforts possibles pour en avoir un plus grand nombre ^ >
Cette missive, pourtant, ne découragea point d'Estaing. Si Lincoln, en proposant cette entreprise, déclarait n'y pouvoir coopérer qu'avec des forces assurément très réduites, certaines informations laissaient supposer que la garnison de Savannah ne dépassait pas treize cents hommes. D'autres renseignements montraient le général anglais Provost tout disposé à capituler, dès qu'il le pourrait faire sans honte. Enfin l'amiral estimait, comme il l'écrira plus tard, qu'il eût été blâmable en n'attaquant point Savannah : c Londres, l'Amérique et même Paris auraient fait pis que de me déshonorer. On aurait supposé que j'avais des ordres secrets pour ne pas secourir les Américains. Il en aurait résulté une source intarissable de plaintes, de soupçons entre les deux nations. Peut-être qu'une désunion en eût été le fruit*. >
1. RuUedge et Lincoln à Fontanges, 5 septembre 1779* «« ArchÎTes de la Marine, B« iCa f» 222.