‹ L'amiral d'EstaingChapitre 132 sur 252 · ArohiTee de U Marine» B* 142 f» 155é · texte numérisé non relu

ArohiTee de U Marine» B* 142 f» 155é

l'amiual d'bstâing 287

Décidé à agir, d'Estaing fit aussitôt bloquer la côte sur une longue étendue, tandis que le gros de l'escadre mouillait à Tembouchure de la Savannah, et, le 9 septembre, il occupait l'île Thybee.

Cette île commandait, dans la rivière, le débouché d'un canal reliant, par l'intérieur des terres, Beaufort à Savannah ; mais, pour couper les communications entre ces deux places, il eût fallu pouvoir s'établir à la sortie de ce canal, dont quelques vaisseaux anglais gardaient les approches. Du Humain, avec plusieurs flûtes^/ allégées, se vit chargé de tenter cette entreprise.

La présence des ennemis interdisait même de simuler, ainsi que le conseillait Lincoln, une descente sur la rive droite du fleuve où, à faible distance en amont, est bâtie la ville de Savannah, Laissant alors à Broves le commandement de son escadre, l'amiral fit reverser toutes les troupes sur six bâtiments et les conduisit plus au sud, à l'embouchure de l'Ossabare. Il leur fallait de là remonter en canot cette rivière jusqu'au village de Bewley ^ Mais le mauvais temps gêna tellement cette opération, que deux mille quatre cents hommes seulement purent tout d'abord prendre terre.

D'Estaing les répartit aussitôt en trois divisions. Conservant la première sous sa main, il confie la seconde à Dillon, la troisième à Noailles, constituant

i. A doose miUei aa etid de Sayamiàhi

288 L AMIRAt D BSTAING

avec les chasseurs volontaires de Rouvray * , mulâtres et nègres libres de Saint-Domingue, Tarrière-garde de sa petite armée.

Le 13 septembre, & la pointe du jour, un détachement de trois cents hommes, sous les ordres du lieutenantcolonel O'Dunn ^, se porte en reconnaissance jusqu'à quatre milles de Savannah et occupe Orphan-House, point où la route, pour aboutir à la ville, se divise en deux tronçons. D'Estaing, qui a pris part à cette reconnaissance, veut inspecter Thabitation dans laquelle il va poster ses soldats et nous fait de sa visite cet amusant récit, bien propre à donner une idée des Américains de la Géorgie, c Le maître du lieu était à Savannah, la femme ne s'en dit pas moins zélée américaine. Un tableau de sept pieds de haut et à bordure dorée, très magnifique, me frappe, mis dans un lieu très ostensible. Il représente la Liberté sous le nom de milady Abbingdon. Elle foule une couronne aux pieds et marche au milieu des précipices et des aloès. Gela est très poétique. Ge tableau, fort bien peint, me paraît nouvellement mis au grand jour et ne pas être dans sa place ordinaire. Je demande à deux enfants de huit à dix ans, dans le temps que leur mère n'y était pas, depuis quand cette peinture a été mise là. Ils me répondent :

1. Laurent-François Lenoir do Rouvray avait fait campagne au Canada de 1756 à 1760 et était employé comme colonel & Saint- Domingue, quand il saivit d'Estaing devant Savannah, où il fut griève ment blessé. Nommé plus tard brigadier et inspecteur général des milices mulâtres, Rouvray fut promu maréchal de camp en 1788.

2. Thadée-Humphroy O'Dunn, né en 1742 à Londres de parents anglais, vint tout enfant en France, oii, en 1751, à l'Age de neuf ans, il fut nommé lieutenant en second au régiment de Walsh. O'Dunn ne semble pas avoir dépassé le g^rade de colonel.

c Depuis la veille. ]» Je veux savoir de quel parti ils sont. Us me répondent : € Royalistes ^ »

Deux jours plus tard, l'armée, dont les pluies ont retardé la marche, atteint la fourche d'Orphan-House et se dispose à investir Savannah. Un simple détachement de six cents hommes, empruntant l'embranchement de droite, gagne WrightrHill à l'est de la ville, où des marais, que traverse une seule chaussée, le mettent c en partie à couvert d'âtre attaqué avec avantage par un corps plus nombreux >. Ce détachement poussera sa tête de colonne jusqu'au fleuve Savannah, que du Humain parviendra sans doute à remonter assez avant pour établir, de ce côté, des communications entre le corps de débarquement et l'escadre. Par l'autre embranchement s'écoulera le gros des troupes, formant au sud de la place une ligne dont la gauche, infléchissant vers le nord, s'appuiera au chemin d'Augusta, par où doivent arriver les soldats de Lincoln.

Pour agir, l'amiral n'attendra pas la venue des Américains. En effet, il a constaté que, sur sa route, aucun pqnt n'était rompu, aucune voie coupée, qu'enfin nulle mesure propre à € arrêter, suspendre et inquiéter » sa marche n'avait été prise par l'ennemi. Il estime dès lors que bien faible s'annonce la résistance de Savannah. Toutefois, d'Estaing sait que Lincoln a négligé de surprendre ou d'isoler le poste anglais d'Ebenezer, dont la garnison restera libre de se replier sur Savannah et d'aller en accroître les forces défensives.

Dès le 16, l'amiral somme le général Provost de se

1. Journal da siège de Sayannahpar O'Gonnor; obserrationi de d'Sff* Uing. — Archiyes de la Marine, B« 142 £«• 156-195.

rendre. Mais l'Anglais cherche visiblement à traîner les choses en longueur, prétextant la nécessité pour lui de conférer avec le gouverneur civil et objectant qu'il ne peut obtempérer à une sommation dépourvue de « termes spécifiques* ».

c Vous savez, monsieur, lui répond d'Estaing, que c'est aux assiégés à proposer les conditions qu'ils désirent et vous ne devez pas douter de la satisfaction ave^ laquelle je consentirai à toutes celles que je pourrai accepter et qui ne seront pas contraires à mon devoir '. »

Enfin, dans la soirée, Provost se décide à écrire : « L'affaire que nous avons à traiter est importante, y ayant beaucoup d'intérêts à discuter et à ajuster. Il est par conséquent nécessaire d'avoir du temps pour délibérer'. > Et il conclut en demandant une suspension d'armes de vingt-quatre heures, qui lui est aussitôt accordée.

Sur ces entrefaites, les troupes américaines, fortes d'environ deux mille hommes, opéraient leur jonction avec les nôtres, et Lincoln ne cachait point son mécontentement de ce qu'on avait sommé la ville sans l'attendre. La supposant prête à se rendre, il soulevait déjà des difficultés relativement au nombre des prisonniers, dont il prétendait disposer. C'était assurément ( disputer la peau de l'ours bien avant de l'avoir mis par terre * >•

1. ProTost à d'Estaing, 16 septembre 1779. — Archives de la Marine, B* 168 (• 195.

2. D'Estaing à Provost, 16 septembre 1779. — Archives de la Marine, B« 168 f* 186.

3. Provost à d'Estaing, 16 septembre 1779. — Archives de la Marine, B« 168 ^ 197. .

Page 1