Journal d'0*Gonnor ; observationB dé d'Estaing
à s'introduire dans Savannah, l'amiral avait arrêté son plan de retraite. Contrairement à cet avis, prédominant parmi les officiers, que l'armée française devait, à la suite de l'armée américaine, gagner Charleston, d'Estaing jugea qu'il était infiniment plus sûr, tout en simulant la continuation du blocus, de se replier graduellement vers l'est, dans la direction de Tunder-Blot-Bluff. Non loin de ce lieu, Causten-Creek, anse étroite et profondément avancée dans les terres, offrait un lieu particulièrement propre au rembarquement.
L'amiral signale ainsi les inconvénients qu'eut occasionnés une marche sur le chef-lieu de la Caroline : Exposées à voir leur arrière-garde arrêtée par l'ennemi, € nos troupes, sans souliers, sans vivres, sans moyens de transport pour leurs effets, auraient été obligées de traverser trois lieues de marais, plusieurs grandes rivières. Cette longue marche aurait achevé de les épuiser encore davantage. Elles auraient déserté par centaines pour s'établir dans le pays >. En outre, « il était très possible que les vents ne permissent pas à l'escadre d'aller chercher les troupes, qui alors resteraient en Amérique pour un temps indéterminé ».
La retraite sur Tunder-Blot ne présentait aucun de ces désavantages. Les deux positions, sur lesquelles nos troupes devaient se replier, « étaient si rapprochées l'une de l'autre que ce léger mouvement, à peine aperçu, ne pouvait être inquiété. L'embarquement, tranquille et certain à Causten-Creek, ne pouvait pas même être contrarié par les événements maritimes, puisque les troupes pouvaient toujours trouver des ressources pour les vivres, et même pour leur transport dans les flûtes,
dans les frégates qui étaient mouillées dans la rivière de Savannah et sous l'île Thybee. Un coup de vent même ne pouvait faire dérader ces bâtiments, mouillés intérieurement, ni empêcher les embarcations de naviguer dans la rivière et de porter. toutes les troupes à leur bord. L'escadre supposée partie ou forcée d'appareiller, on ne courait donc point le danger si effrayant de laisser les troupes en Amérique. Il y aurait eu assez de bâtiments pour les faire parvenir à leurs destinations respectives*. »
Durant les journées suivantes, canons et munitions furent évacués sur Tunder-Blot. Enfin, le 18 octobre, l'armée américaine commença son mouvement de retraite dans la direction de Charleston. Pendant vingtquatre heures les troupes françaises restèrent seules en présence de l'ennemi, puis se mirent en marche à leur tour, très habilement dirigées par Dillon, que secondait Noailles. L'ennemi d'ailleurs ne les inquiéta point, soit que € la bonté de nos positions », ou € la crainte de se commettre en plaine * > l'en empêchât.
Le transport des troupes à bord des vaisseaux s'effectua également sans encombre, car Broves avait su profiter de son commandement provisoire, pour donner la chasse aux Anglais et faire capturer € huit ou dix bâtiments de diverses grandeurs, qui auraient pu considérablement nuire au rembarquement' ». Le 20 au soir, l'armée française avait repris place sur la flotte.
D'Estaing, réinstallé sur le Languedoc, procéda immédiatement à la dislocation de cette flotte, car il ne