n s'agit 1& Traisemblablement de ses terres d'Auvergne
3. CarboD-BlanCi relais de poste à 11 kilomètres avant Bordeaui, ^. Belin, à 43 kiloxqètres au delà de Bordeaux,
312 l'amiral d'bstaing
jeune chirurgien, qui se trouve malade dans le village, m'empêche de rester un objet à jamais hideux. Il me recoud la peau, dépouillée depuis le sourcil droit jusqu'au sommet de la tète, et qui, me pendant sur l'oreille, me laissait le crâne à découverte »
Saigné trois fois, d'Estaing, après avoir grelotté la fièvre durant toute la nuit, repart pour Bayonne dès que sa voiture est réparée. Arrivant dans cette ville tout courbaturé, l'amiral se borne à transmettre au ministre le récit de ce voyage, récit rédigé par son secrétaire ; mais le lendemain, plus dispos et profitant du passage d'un courrier de cabinet, d'Estaing prend cette fois la plume. € Le courrier de M. le comte de Montmorin, mandet-il à Sartine, vous coûtera la lecture d'une lettre de plus. Celle d'hier contient le détail de ma catastrophe, contée lisiblement par M. de Bessière. Aujourd'hui j'ai l'honneur de vous rendre compte, comme je peux, que souffrant horriblement je n'en partirai pas moins demain. J'ai reçu passeport et lettre obligeante de la part de monsieur l'ambassadeur. J'arriverai en meilleure santé, car je ne suis pas encore triste. Mon entrée en Espagne ressemblera infiniment à celle de don Quichotte. Mon compagnon maritime a toute la corpulence de Sancho- Pança et il est frappant, aux yeux de tout le monde, combien j'ai l'air du désastreux chevalier de La Triste- Figure. Le zèle vaut mieux que les onguents qu'il employait. Il me console de mes maux, qui sont grands, surtout lorsque j'écris *. >
1. Journal de d'Estaing; voyage en Espagne. — Archives de la Marine, B* 177 f 41.
2. D'Estaing à Sartine, 23 juillet 1780. — Archives de la Marine, B* 171 f 87.
A ces maux allaient bientôt s'ajouter mille contrariétés. Presque en quittant Bayonne, d'Estaing est de nouveau reconnu, et, cette fois encore, par un ancien matelot qui, ayant eu le poignet emporté au feu, lui ptouve € un peu trop en public qu'il n'a jusqu'alors reçu aucun acompte sur sa paye. » Enfin l'amiral passe la frontière et ne risquera plus guère semblable mésaventure. ( Mais, note d'Estaing, il faut connaître les auberges, les mules d'Espagne et leurs voituriers pour apprécier les souffrances de quelqu'un qui compte tous les élans et toutes les pierres par l'augmentation des douleurs qu'il ressent... La contraction des vertèbres du col, que j'avais eu enfoncé par ma chute, me faisait souffrir infiniment davantage que ma plaie. »
Sa berline, constamment ballottée, € casse encore, dit-il, et totalement, avant d'arriver à Mondragon*. Raccommodée par des charpentiers, qui n'avaient jamais fait de roues, elles se brisent entièrement à deux lieues de Vitoria. Je fais le chemin à pied et je me dévoue désormais aux rudes cahots des voitures du pays' ». Poursuivant alors sa route avec un nouveau véhicule, l'amiral gagne Saint-Ildefonse, bourg de la Vieille- Castille, dans le voisinage duquel est le château royal de la Granja, qu'habitait alors Charles III '.