‹ L'amiral d'EstaingChapitre 148 sur 252 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

I. — Campagne malheureuse du comte de Grasse aux Antilles. — La France rassemble à Cadix des forces imposantes, dont le commandement est offert à d*Estaing. — Il se décide à accepter ce commandement et repart pour TEspagne.

II. — Projet relatif à l'introduction dans la marine royale de certains officiers de la marine marchande. — Séjour de d'Estaing à Bordeaux. — Après s'être arrêté à Bayonne, il arrive à TEscurial.

III. — Instructions données à d'Estaing en vue de la continuation des hostilités. — L'amiral prend le commandement de la flotte combinée réunie à Cadix. Il y est rejoint par La Fayette. — Signature des préliminaires de paix. — D'Estaing rentre en France, créé par Charles III grand d'Espagne.

La nécessité de frapper un coup d'éclat, propre à amener la conclusion de la paix, n'échappait point au cabinet de Versailles, et, dès le mois de mars 1781, le marquis de Castries*, qui venait de remplacer Sartine

1. Charles-Eugène-Gabriel de La Croix, marqais de Castries (1727-1801), avait servi pendant la guerre de Sept Ans, comme mestre de camp général de la cavalerie. Maréchal de France en 1783, puis membre de l'assemblée des notables, le marquis de Castries émigra en 1790, et reçut pn commaiidement dans l'arioée de Condé,

au ministère de la Marine, expédiait en Amérique une escadre de trente-trois vaisseaux sous le commandement du comte de Grasse. Ce choix surprit le public qui s'attendait même à voir d'Estaing élevé à la dignité de maréchal de France. Aussi, sans prévoir quelle triste prophétie contenait ce mauvais jeu de mots, s'amusaiton à fredonner :

Les Anglais ont imploré le Destin Qui leur a procuré ûràce ^

La mission du comte de Grasse se trouvait être insuffisamment déterminée. Envoyé aux Antilles, il recevait en même temps l'ordre d'aider de tout son pouvoir, aux États-Unis, les opérations du corps expéditionnaire conlié à Rochambeau. Ce fut seulement au bout d'un an que des instructions précises invitèrent Grasse à opérer sa jonction avec la flotte espagnole de l'amiral Solano pour entreprendre la conquête de la Jamaïque. Mais il n'était plus temps. Le 12 avril 1782, alors que Grasse quittait la Martinique et gagnait Saint-Domingue, où l'attendait Solano*, il rencontra l'escadre britannique de Rodney, supérieure en nombre à la sienne. Battu dans un combat livré à hauteur des Saintes, Grasse, avec son vaisseau, la Ville de Parts ^ tomba aux mains des Anglais *.

Loin de décourager le gouvernement du roi Louis XVI,

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