Courrier de VEurope, 14 janvier
Que Delille, ornant ses jardins De déités champêtres,
Y place Flore et les sylvains A l'ombre des hêtres :
J'aime les dessins bien conçus, Mais quelle est ma colère
Quand je n'y trouve point Bacchus Avec son verre.
Que Parny, sur son flageoleti
Célèbre la tendresse, Que BoufQers, d'un joli couplet,
Régale sa maîtresse :
Peu jaloux de cueillir un jour
Le myrte de Cythère, J'éteins le flambeau de l'amour Avec mon verre.
Que l'audacieux Montgolfîer,
L'honneur de sa patrie, A l'air osant se confier,
Nous montre son génie :
Qu'il plane à. son gré dans les cieux,
Qu'il brave le tonnerre ; Je vois rOlympe et tous les dieux
Au fond de mon verre.
Que fixant des yeux attendris Sur la triste indigence,
Louis rappelle dans Paris, La joie et l'abondance :
Qu'on vante son humanité Aux deux bouts de la terre ;
Pour nouS; amis, à sa santé Vidons le verre.
Amis, comme nos bons aïeux Demeurons sous la treille,
Imitons leurs transports joyeux,
Caressons la bouteille :
Laissons Plutus et les amours
Enivrer le vulgaire ; Le bonheur se trouve toujours Au fond du verre *.
Retiré dans sa maison de Passy, d'Estaing paraissait alors c plutôt attendre que désirer d'être employé' >• Occupé du soin de ses affaires privées, il n'avait pourtant point manqué de s'associer à la joie que causait en France la naissance impatiemment attendue d'un Dauphin', et, tout en manifestant sa loyauté à l'égard du trône, il avait su marquer, fort à propos, son ardente sympathie pour le peuple.
Haut dignitaire de l'ordre du Saint-Esprit, l'amiral écrivait au ministre des Affaires étrangères, Vergennes *, qui s'en trouvait le trésorier : « Avoir l'honneur d'être un des commissaires de l'ordre dans le temps où le peuple de Paris a donné des marques touchantes de la manière particulière dont il partageait la félicité publique; avoir le bonheur de signer, au nom de l'ordre, la permission qu'il demande au Roi d'employer une somme d'argent au soulagement de quelques-uns de ses sujets, espèce de monument reconnu le plus agréable à Sa Majesté, semblent donner le droit
1. Rannié : Chansonnier hiêtorique du XYJII* tièclcy t X, p. 111.