Courrier de l'Europe du 13 décembre
l'amiral d'bstaing 337
pour y rassembler, comme il vient de le faire à Bordeaux, la chambre de commerce, et pour y conférer avec le Comte d'Artois qui, venant d'Espagne, retourne à Versailles. Enfin, le 24 du même mois, l'amiral arrive à l'Escurial.
Les instructions, dont il était porteur, prescrivaient à d'Estaing d'examiner, de concert avec le cabinet de Madrid, si une entreprise contre la Jamaïque semblait encore praticable ou si, au contraire, la France et l'Espagne devaient simplement se maintenir aux Antilles sur € une défensive respectable ».
En effet, l'état des choses dans l'Amérique septentrionale, où l'indépendance paraissait être acquise aux insurgés, ne nécessitait plus pour les États-Unis la protection de la France ; mais il était à supposer que la Grande-Bretagne, renonçant à tout espoir de reconquérir cette colonie et se bornant à sauvegarder le Canada et Terre-Neuve, allait maintenant concentrer ses forces aux Indes occidentales.
Si cette éventualité se réalisait et si, par suite, l'expédition contre la Jamaïque ne se présentait plus dans des conditions presque assurées de succès, il deviendrait alors nécessaire de procéder à un nouveau plan de répartition des flottes française et espagnole, leur permettant à la fois et de protéger aux Antilles les Dossessions des deux puissances alliées et d'agir utilement dans les mers d'Europe. € Quoique la défensive soit de tous les systèmes le plus dangereux pour la guerre,
lisons-nous dans le mémoire pour servir d'instruction au comte d'Estaing, il y a des circonstances où on est forcé de l'adopter. La France ne peut être offensive partout. Si elle ne peut attaquer la Jamaïque, il n'y a aucun effort décisif à faire aux Antilles, et il convient mieux alors de rester en défensive dans cette partie, où Sa Majesté ne veut plus conquérir et où il lui suffira de conserver*. »
Mais d'autre part, sauf l'Espagne qui ne pouvait se résigner à la perte de Gibraltar, les nations belligérantes laissaient percer le secret désir de cesser la lutte, et il incombait à d'Estaing d'éclairer Charles III sur l'obligation où il se trouverait de ne point « embarrasser les négociations de la paix * > .
Et précisément, pendant que d'Estaing remplissait sa mission auprès du Roi Catholique, l'Angleterre se décidait à ouvrir des pourparlers avec la France et l'Espagne. Il importait donc que les deux puissances alliées, se montrant parfaitement unies, parussent prêtes à poursuivre immédiatement les hostilités, et d'Estaing dut se rendre aussitôt à Cadix pour y prendre le commandement des forces françaises et espagnoles rassemblées dans ce port.
Ces forces navales composaient une flotte* de quarante-deux vaisseaux, dont vingt-trois espagnols aux ordres de don Juan de LangaraS et quelques frégates.
1. Projet de mémoire pour serrir d'instroction aa comte d'Estaing* 29 septembre 1782. — Archives de la Marine, B* 218 î* 65.
2. Vergennes à Castries, 5 octobre 1782. — Archives de la Marine, B* 218 ^ 112.