‹ L'amiral d'EstaingChapitre 158 sur 252 · Henri Martin : Histoire de France, t. XVI, p · texte numérisé non relu

Henri Martin : Histoire de France, t. XVI, p

3. A. Thiers : Histoire de la Répolution française, t. I, p. il*

Le comte d'Estaing était bien Tun de ces grands seigneurs sur lesquels le ministre croyait pouvoir compter. En effet, tout comme son ami La Fayette, d'Estaing, quoique partisan de Necker, paraissait disposé à adr mettre les réformes proposées, bien qu'elles ne tendissent point à l'établissement d*un régime constitutionnel, que ses idées c américaines > lui faisaient souhaiter. Mais Galonné, présomptueux et léger, maladroitement hautain à Tégard des notables, se vit bientôt attaqué par une partie des membres de l'assemblée groupés autour de Loménie de Brienne, archevêque de Toulouse, et qui, non convaincus par les seules assertions du ministre soupçonné de grossir intentionnellement le déficit, réclamèrent communication de € Tétat vrai des finances >.

Le contrôleur général mit alors tout en œuvre pour exciter contre les notables les passions populaires et crut n'y pouvoir mieux réussir qu'en rendant publique la collection des mémoires présentés par lui à l'assemblée. En tête de cette collection. Galonné fit placer « un avertissement rédigé par le célèbre avocat Gerbier*, avertissement qui parut alors à tout le monde une sorte de manifeste adressé au tiers-état contre les ordres privilégiés * > .

L'indignation fut si grande parmi les notables que leurs bureaux décidèrent de porter plainte au Roi

1. J.-B. Gerbier (1725-1788), né à Rennes» débuta à Paris comme avocat en 1753 et acquit rapidement la notoriété. Lors de l'exil du parlement il continua à plaider devant la compagnie judiciaire instituée par le chancelier Maupeoa. Les plaidoiries de Gerbier ont été recueillies par Hérault de Séchelles.

2. Marius Sepet : Leê préliminaire» de la Résolution , p. 158.

€ contre la publication séditieuse du contrôleur général^ ». Mais d'Estaing ne partagea point la juste indignation de ses collègues. Il alla même jusqu'à prendre ouvertement la défense du ministre, c C'est avec autant de déférence que de fermeté, c'est avec toute la force dont je suis capable, écrit-il, que je proteste contre l'arrêté qui a pour objet l'avertissement mis à la tête de la collection des mémoires, parce que, après avoir réfléchi sur cet avertissement en présence du bureau, je n'en aï trouvé aucune phrase, aucun mot, rien qui inculpe, entache, ou même désigne l'assemblée des notables. > Affectant de considérer 1' c avertissement > comme la simple expression d'une opinion qui n'était point celle de la majorité des notables, il conclut ainsi : < L'amour-propre de notre opinion, bonne ou mauvaise, nous égarerait, si nous osions nous plaindre de ce qui semblerait la contredire... Si nous avons fait connaître au Roi une erreur, la soutenir serait, je crois, plus qu'une faute. Je ne veux pas qu'elle me soit imputée*. »

A quel sentiment d'Estaing obéissait-il 7 Se sentait-il poussé par la seule ambition, que certains lui soupçonnèrenty d'obtenir le portefeuille de la Guerre ? Approuvait-il sincèrement Galonné de chercher un appui dans les masses? Espérait-il écarter du pouvoir l'archevêque de Toulouse, dont il devait redouter les tendances rétrogrades? Ou bien cédait-il simplement à une longue habitude de soumission à l'autorité? Celui-là le pensait sans doute, qui, grâce à un jeu de mots facile, affubla l'amiral du surnom de : plat d'étain.

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