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Marins Sepet : Leê début» de la Révolution^ p

ment de Flandre eut été signalée, le cortège formé par la municipalité se rendit tout d'abord aux Menus-Plaisirs, où d'Estaing réunit ses officiers dans un des bureaux de l'assemblée. Les ayant informés du désir témoigné par le Roi de connaître ceux d'entre eux qui participaient à la manifestation, il invita chacun à s'écrire sur une feuille préparée à cet effet. Mais plusieurs objectèrent que, en apposant leurs noms sur une liste, ils compromettraient certains de leurs camarades, forcément absents. Pour couper court à cet incident d'Estaing, sous sa signature, ajouta que tous les officiers présents à Versailles l'avaient accompagné.

On a reproché « au chef d'une légion armée pour la liberté de s'être ainsi prêté servilement aux rubriques des satellites de la tyrannie * » , Celui qui écrivit ces lignes, oubliait assurément que les officiers de la garde nationale se trouvant en service commandé, le refus formel de se déclarer présents eut constitué un acte d'indiscipline que leur commandant sut fort habilement les empêcher d'accomplir.

Sur les cinq heures du soir le corps municipal, escorté d'un détachement de la garde nationale, reçut à la bar- . rîère lé régiment de Flandre, qui fit son entrée dans Versailles suivi de deux canons. 11 s'arrêta sur la place d'Armes pour prêter, devant le maire, serment de fidélité à la Nation, à la Loi et au Roi.

Le lendemain, la garde nationale étant réunie au même lieu pour prêter aussi ce serment, d'Estaing lut aux officiers la lettre suivante que lui adressait Louis XVI :

i. Réimpression de l'ancien Moniteur unwersely t. I, p. 521, n^G'i.

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c Je VOUS charge, mon cousin, de remercier la garde nationale de ma ville de Versailles de l'empressement qu'elle a marqué à aller au devant de mon régiment de Flandre. J'ai vu avec plaisir la liste que je vous avais demandée et que tous vous ont accompagné. Témoignez à la municipalité combien je suis satisfait de sa conduite. Je n'oublierai pas son attachement et sa confiance en moi, et les citoyens de Versailles le doivent à mes sentiments pour eux. C'est pour Tordre et la sûreté de la ville que j'ai fait venir le régiment de Flandre qui s'est si bien conduit à Douai et ailleurs. Je suis persuadé qu'il en fera de même à Versailles et je vous charge de m'en rendre compte*. >

En parlant du régiment de Flandre d'une façon aussi élogieuse, Louis XVI faisait-il simplement allusion au certificat de bonne conduite que la garde bourgeoise de Douai avait impudemment conféré à ce corps au moment où il quittait sa garnison? Mais la seule acceptation de ce certificat, dont certains soldats tiraient vanité, dénotait déjà chez eux un état d'esprit inquiétant, bientôt aggravé par les conseils pernicieux que ces hommes, au cours de leurs promenades individuelles à Paris, y reçurent des gardes françaises.

On sentit dès lors à la cour la nécessité de raffermir le zèle de la garde nationale versaillaise et, le 29 septembre, la Reine, en se faisant présenter par d'Estaing les officiers supérieurs de cette milice, annonça aux lieutenants-colonels qu'à chacune des divisions elle faisait don d'un drapeau. Le lendemain, ces drapeaux furent solennellement bénits en l'église Notre-Dame de Ver-

1. Réimpression de l'ancien Moniteur uniuerecl, t. I, p. 524, n* 64.

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sailles par l'archevêque de Paris. A la cérémonie religieuse succéda un banquet que terminèrent, au milieu d'un enthousiasme général, les tostes portés au Roi, à la Nation, à la Reine, au Dauphin et à la famille royale. Cette semaine, la dernière que la royauté traditionnelle passa "à Versailles, devait d'ailleurs être marquée par une suite de banquets.

Les gardes du corps, voulant souhaiter la bienvenue aux officiers du régiment de Flandre, avaient obtenu du Roi l'autorisation de les recevoir au château, dans la salle de théâtre. Ils convièrent à cette fête d'Estaing avec quelques officiers de la garde nationale, choisis parmi les mieux pensants, et .tous ceux des autres corps en garnison à Versailles.

La table était dressée sur la scène. A l'orchestre se tenaient les trompettes des gardes du corps et les musiciens de Flandre ; des grenadiers de ce régiment et quelques chasseurs ou dragons occupaient le parterre, tandis qu'une brillante assistance, où se voyaient les femmes les plus distinguées de la cour, garnissait les loges.

Avant la fin du repas, les soldats rangés au parterre sont invités à s'approcher de la table du festin. Reconnaissants de cette attention, portés ainsi à subir pleinement l'ascendant de leurs chefs et dès lors en parfaite communion de sentiments avec eux, ces hommes, dont certains peut-être écoutaient complaisamment la veille des conseils démoralisateurs, demandent à vider leur verre à la santé du Roi et de la famille royale. Les tostes se succèdent aux applaudissements des loges. Il en est un pourtant que l'on oublie de porter : le toste à la Nation.

Cependant Louis XVI, informé de ces faits et cédant aux sollicitations de son entourage, se rend au théâtre accompagné de Marie-Antoinette et du Dauphin. Les acclamations éclatent de toutes parts, quand les souverains pénètrent dans la loge grillée où ils pensent demeurer simples spectateurs de cette fête, mais d'où l'assistance les supplie de descendre. Ayant accédé à ce désir, le Roi et la Reine, tenant son iils par la main, se disposent à faire le tour de la salle. Alors, transportés d'allégresse, les ofGciers tirent leurs épées, les soldats brandissent leurs sabres, et la musique du régiment de Flandre entonne l'air qui, dans l'opéra de Grétry, Richard Cœur de Lion, accompagne» les paroles : 0 Richard, ô mon Roi, l'univers t'abandonne.

Quand les souverains se sont retirés dans leurs appartements, jusqu'où les a escortés une suite enthousiaste, quelques-uns des spectateurs et quelques-unes des spectatrices distribuent aux convives des cocardes blanches, et munis de cet emblème de fidélité ils vont dans la cour de Marbre, sous les fenêtres du Roi, l'acclamer encore.

11 n'apparaît pas que cette fête eût produit une impression défavorable sur la généralité de la population versaillaise, car, deux jours après, la Reine, recevant une députation de la garde nationale, chargée de la remercier de ses drapeaux, crut pouvoir marquer à cette députation Tagréable souvenir que lui laissait la manifestation à laquelle plusieurs officiers de la milice bourgeoise avaient pris part.

Le même jour, sans qu'aucune autorité ait paru songera y mettre obstacle, les gardes du corps invitèrent

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un certain nombre de soldats du régiment de Flandre, des chasseurs, des dragons et un homme par compagnie de la garde nationale, à venir joyeusement épuiser avec eux les restes du festin donné le ^^' octobre. Enfin, le 4, les ofGciers de Flandre furent reçus par la municipalité et la garde nationale de Versailles.

Mais, au contraire, le peuple de la capitale, c déjà ému par les discussions sur le veto* >, fut aisément amené à croire c que la cour préparait soit l'enlèvement du Roi pour le conduire à Metz, soit une marche contre Paris >• Certains détails sur le banquet du !•' octobre, € les uns exagérés, les autres odieusement travestis' », et pour la plupart fournis aux agitateurs par Lecointre, qui pourtant n'y assistait point, causèrent promptement une surexcitation que les meneurs employèrent la journée du dimanche à accroître.

Bien que, dans la pensée des conspirateurs, le mouvement projeté par eux dût aboutir à un coup de main sur Versailles, leur premier soin fut dé mettre la municipalité parisienne hors d'état de s'y opposer.

Le lundi 5 octobre au matin, une bande de filles et de gens sans aveu, ramassis du Palais-Royal, circule à travers le quartier des Halles. Suivant les instructions qui leur ont été données, ces tristes personnages, vociférant contre les prétendus accapareurs de farine, incitent les ménagères, qui attendent devant les boulange-

i. A. Thiers : Hutoire de la Révolution française , t. I, p. 164. S. If arias Sepet : La chute dp Vancienne France^ p. 463.

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ries, à les accompagner jusqu'à la place de Grève. Grossie d'un certain nombre de mégères, cette troupe arrive devant l'Hôtel de Ville où l'attendent des hommes armés de piques, et, tous ensemble, ces forcenés envahissent le siège de la municipalité qu'ils menacent d'incendier.

En l'absence de La Fayette, le chevalier d'Hermigny, aide-major de la garde nationale, cherche vainement à apaiser les insurgés. Un autre que lui y parviendra, mais d'une étrange façon : comme par hasard, prétendra-t-il, se trouve là Maillard, capitaine aux volontaires de la Bastille, vraisemblablement, très avancé dans la confiance des organisateurs du mouvement. Pour sauvegarder l'Hôtel de Ville et pour se débarrasser des émeutiers, le moyen le plus efficace, pense Maillard, serait de les mener à Versailles, où ils pourraient, conformément à leur désir, demander compte de ses travaux à l'assemblée nationale.

La foule acclame cette proposition et Maillard c entraîne à sa suite femmes, badauds et bandits ». Sur la place Louis XV, assignée par les chefs du complot c comme point de ralliement plus général », la horde se grossit, et, traînant à sa suite deux canons, munie c de balais, de piques, d'épées, de fourches et de fusils' », elle poursuit tumultueusement sa marche.

Lorsque sur les deux heures fut parvenue à Versailles la nouvelle de ces graves événements, tandis que les ministres se réunissaient auprès du Roi rappelé en hâte de la chasse, d'Estaing se rendit tout d'abord à la municipalité. Il en obtient l'ordre c de prendre les mesures

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