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Maritts Sepet : Les débuis de la Réi>olution, p

saient qu'il convenait d'éloigner le Roi ou tout au moins la Reine et ses enfants. Bien peu osaient conseiller de résister par les armes. Ce n'était pas en vain que, depuis un demi-siècle, sous l'oeil bienveillant de l'autorité, les philosophes répandaient leurs funestes doctrines, dont les enseignements avaient pénétré les classes élevées d'une sentimentalité morbide, qui dans un si grand nombre d'esprits troublait maintenant de ses brames la nette vision du devoir. En se refusant, comme il le fit alors, à tenter de rétablir l'ordre, même au prix du sang de sujets rebelles, Louis XVI semblait douter de son droit et, en pactisant avec l'émeute, il allait manquer à son devoir de souverain.

Cependant, les bandes parisiennes, qui cheminent péniblement sous la pluie, arrivent sur les trois heures du soir à Versailles, et font halte devant l'hôtel des Menus. Maillard y pénètre, escorté d'une quinzaine de femmes, et expose à l'assemblée qu'elles viennent réclamer le châtiment des gardes du corps et des aristocrates accapareurs de farine. Enfin, il obtient qu'une délégation accompagne jusqu'auprès du Roi quelques-unes des femmes, pour qu'elles puissent prévenir le souverain des malheurs qui menacent la capitale et pour l'assurer de leurs intentions pacifiques.

Tandis que cette délégation entre au château sous la conduite de MounierS les émeutiers sont parvenus au point de l'avenue où, de chaque côté, sont rangées les premières troupes. Cet appareil militaire ne les effraye point, ne leur présentant d'ailleurs rien d'hostile. En effet, les officiers viennent de recevoir l'ordre d'éviter à

i. Moanier présidait, oe jour-là, l'assemblée natioiiale.

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tout prix l'effusion du sang, et les hommes, dépourvus de cartouches, ne peuvent discerner s'ils sont là pour combattre ou pour rendre les honneurs. A peine la colonne parisienne s'est-elle engagée entre la double haie de fantassins, que les chasseurs applaudissent, quittent les rangs, se mêlent aux femmes et les embrassent. Ceux de Flandre pourtant ne bougent point, mais saluent du cride : c Vive la nation ! > Alors quelques femmes pénètrent parmi eux, prennent les fusils, distribuent l'argent, dont elles ont les poches pleines, et au milieu de cette confusion, dont leur présence accroît le désordre, Mirabeau, Pétion, Barnave s'agitent, hurlant : c Vive la liberté * ! >

La place d'Armes est envahie par l'émeute; mais, devant les grilles du château, demeurent les gardes du corps, impassibles sous les injures de la foule ameutée, dont ils refoulent les poussées en faisant simplement usage du plat de leurs sabres. L'un d'eux pourtant est blessé d'un coup de feu tiré par un garde national de Versailles*.

Néanmoins, sur les huit heures du soir l'agitation parut sensiblement diminuée. Les déléguées parisiennes étaient sorties du château ravies par la paternelle bienveillance de Louis XVI, et même tellement ravies que, tout d'abord, elles eurent à encourir la fureur de la populace, disposée à les accuser de trahison. Peu à peu, la pluie, qui ne cessait de tomber, éclaircissait les groupes. Bon nombre, parmi les hommes à pique et les mégères, se mit à la recherche d'un gîte. Enfin une dépêche de La Fayette, dépêche expédiée de Paris dans

1. G.-M. Sallier : Annales françaises^ mai, 1789, mai 1790, t. I, p. 337.

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