‹ L'amiral d'EstaingChapitre 172 sur 252 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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4. Réimpression de l'ancieii Moniteur universel, t. II, n* 71, p. 33.

depuis une heure à peine, quand un aide de camp de La Fayette apporta à la cour cette inquiétante nouvelle que la garde nationale parisienne marchait sur Versailles. En effet, après le coup de force opéré le matin contre l'Hôtel de Ville, la municipalité, en vue de résister à toute autre tentative insurrectionnelle, avait fait rassembler la garde nationale. Mais les bataillons de cette milice étaient successivement arrivés sur la place de Grève escortés de toute la lie de leur quartier, à laquelle se mêlaient bon nombre de curieux. A tous ces gens les meneurs persuadèrent que le seul remède aux maux dont souffrait le peuple était d'aller chercher le Roi pour le ramener à Paris. Bientôt de toute part éclata le cri : A Versailles! et les grenadiers ne furent pas les moins ardents à le proférer. Impuissant dès lors à arrêter ce mouvement, mais s'illusionnant jusqu'à croire qu'il le pourrait contenir, La Fayette acceptait de conduire à Versailles la seconde invasion parisienne.

Malgré les assurances que, dans sa dépêche, La Fayette donnait sur les intentions de la garde nationale, on ne se méprit point à la cour sur l'extraordinaire gravité de ces événements. Mounier, qui, après avoir assisté à la réception des déléguées parisiennes, était demeuré au château, émit alors l'avis que la famille royale devait se retirer à Rambouillet. Partir ostensiblement n'était plus possible, mais partir subrepticement l'était encore. D'Estaing, qui, quelques heures auparavant s'était muni d'un ordre de la municipalité, l'autorisant à accompagner le Roi dans sa retraite et lui enjoignant de ne rien négliger pour le ramener à Versailles*,

1. Dalaare : Esquisses de la Révolution française ^ t* Ir P* 30^>

semble lui aussi avoir senti tardivement la nécessité d'éloigner le souverain. En effet, certain document rapporte qu'un palefrenier du général tenant cinq chevaux de main, bridés et sellés, stationna longtemps la nuit dans le parc*. Mais Louis XVI ne consentit point à partir en fugitif.

Sur les onze heures du soir, la garde nationale parisienne, escortée par un millier d'individus de mauvaise mine, entre dans Versailles. Tout comme Maillard, La Fayette a harangué ses troupes et leur a prodigué les exhortations pacifiques. Tout comme Maillard, il s'arrête devant l'hôtel des Menus et pénètre dans la salle des séances où Mounier l'accueille avec indignation. Enfin, tandis que les gardes nationales parisiennes se massent devant le château, La Fayette demande à être reçu par le Roi pour soumettre au monarque les doléances de la capitale.

Acconii)agné de deux députés de la commune, Lefcvre et La Grey, le général de la milice parisienne fut introduit dans le cabinet de Louis XVI, où avec Monsieur se trouvaient le comte d'Estaing, le maréchal de Beauvau, Necker, le garde des sceaux, les principaux officiers de la garde et quelques autres seigneurs.

La Fayette exposa qu'il venait avec les deux députés témoigner au Roi leur amour pour sa personne et l'assurer que, s'il n'avait pu empêcher les vingt mille hommes, rangés devant le château, devenir à Versailles, du moins il leur avait fait prêter serment de se maintenir dans la discipline la plus exacte et la plus sévère -.

1. Réimpression de l'ancien Moniteur universel, t. 11,0** 71, p. 33.

2. Rapport de Lefèvre et de La Grey. — Sigismond Lacroix : Acie* de la commune de PariSf t. II, p. 182.

Les deux députés, interrogés ensuite par Louis XVI avec son habituelle bienveillance,, déclarèrent que la population parisienne demandait des subsistances, réclamait une constitution et souhaitait ardemment le retour de la cour aux Tuileries. Enfin ils supplièrent le Roi de ne plus confier « la garde de sa personne sacrée qu'aux gardes nationaux de Paris et de Versailles* >. Louis XVI y consentit, invitant La Fayette et d'Estaing à conférer ensemble sur l'organisation immédiate du service.

Au matin, tous les postes extérieurs du château étaient occupés par les anciens gardes françaises, qui € suivant la consigne des temps calmes d'autrefois* >, ouvrirent les grilles au lever du jour. La population se répandit librement « dans les cours et les terrasses du côté du jardin ' >. Alors, malgré l'héroïque résistance que leur opposèrent les gardes du corps, une troupe de bandits envahit la demeure royale et, seule, leur ignorance des lieux les empêcha de pénétrer dans les appartements de la Reine.

Cependant les gardes nationaux rassemblés en hâte arrivent au château d'où ils expulsent les envahisseurs qu'ils refoulent et contiennent dans la cour de Marbre, tandis que toute la famille royale s'est réfugiée dans la chambre de Louis XVI. Sur les conseils de La Fayette, l'infortuné monarque se montre au balcon, Marie- Antoinette y paraît ensuite. Mais aux cris de : Vive le Roi, et de : Vive la Reine, qui ont salué les souverains va succéder cette clameur : le Roi à Paris, clameur qui redoublera d'intensité jusqu'à ce que Louis XVI

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