‹ L'amiral d'EstaingChapitre 173 sur 252 · Mémoires de madame la duchesse de Tourzelj t. I, p · texte numérisé non relu

Mémoires de madame la duchesse de Tourzelj t. I, p

« pressé et sollicité de toutes parts ^ > se soit résigné à partir.

€ Le Roi, relate dans ses Mémoires madame la duchesse de Tourzel, monta en voiture à une heure et demie, quittant à regret le palais qu'il ne devait plus revoir. Il était dans le fond de la voiture, avec la Reine et Madame, sa fille. J'étais sur le devant, tenant sur mes genoux Monseigneur le Dauphin, et Madame était à côté de ce prince. Monsieur, et Madame Elisabeth étaient aux portières, M. de La Fayette, commandant de la garde nationale de Paris et M. d'Estaing de celle de Versailles, — qui au lieu de défendre son Roi l'avait livré si lâchement aux brigands qui étaient venus l'attaquer, — étaient tous deux à cheval aux portières de Leurs Majestés *.

En avant « marchait le gros des troupes parisiennes dont chaque soldat portait un pain au bout de sa baïonnette ». Puis venait une foule immense, mélange de femmes, de brigands, de soldats, entourant et suivant les voitures des délégués de l'assemblée nationale et grouillant autour du carrosse royal, dont à chaque instant ils rompaient l'escorte.

» Suivaient des charrettes remplies de sacs de farine et des poissardes décorées de guirlandes, tenant chacune un pain à la main. Toute cette multitude ne cessait de répéter le cri lugubre de : Vive la Nation, prélude de toutes les horreurs qui se sont commises pendant la Révolution... En arrivant à la grille de Chaillot, on aperçut M. Bailly, maire de Paris, qui venait présenter au Roi les clefs de cette ville et haranguer Sa Majesté...

\. Mémoire» de madame la duchesie de Tourzel^ t. I, p. 17. 2. Ibld., p. 18.

Les rues étaient illuminées et les cris continuels de : Vive le Roi, accompagnèrent ce prince depuis son entrée dans la rue Saint-Honoré jusqu'à l'Hôtel de Ville. Ils étaient plus bruyants que touchants et avaient quelque chose de violent et de pénible à entendre. »

Sur la place de Grève la foule stationnait si intense que Louis XVI dut descendre de voiture pour gagner à pied le palais municipal, où (C Bailly fit au Roi un nouveau discours auquel il répondit avec sa bonté ordinaire ». Il était près de dix heures quand le Roi et la famille royale entrèrent aux Tuileries où rien n'avait été préparé pour les recevoir*.

Assurément, d'Estaing ne mérite point la note d'opprobre que madame de Tourzel lui imprimait au front, en l'accusant d'avoir livré le Roi. Commandant en chef des troupes de Versailles, d'Estaing prit, le 5 octobre, toutes les mesures propres à tenter une résistance contre la première invasion parisienne, et, si la force légale ne, fut pas ensuite opposée aux violences de l'émeute, la responsabilité en incombe à ceux qui firent trop aisément prévaloir, auprès d'un souverain débonnaire, leurs funestes conseils.

{. Mémoires de ntadarnc la (hichcsKc de Tcitrzely t. 1, j . !■♦ à 23.

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