Le Roi : HUtoire de Venaillei, t. II, p
2. La garde nationale de Versailles fat alors placée sous le commandement supérieur de La Fayette général en chef de la garde nationale parisienne*
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siastiques, la création des assignats, la suppression des ordres religieux, l'abolition de la noblesse héréditaire, accompagnent la déchéance progressive du pouvoir royal, tandis que l'anarchie, partout grandissante, laisse en maint endroit libre cours à des troubles politiques, agraires ou antireligieux.
La mendicité avait pris des proportions inquiétantes, auxquelles l'assemblée nationale cherchait à remédier par la création d'asiles c où le bien-être des détenus dépendrait particulièrement de leur travail > et aussi par l'organisation d'ateliers destinés à mettre en culture les marais et les landes.
Sous ce titre : Aperçu hasardé sur V exportation dans les colonies^^ parut, vers la fin de 1790, un écrit anonyme dédié à la mémoire de Franklin et dont la paternité fut attribuée à d'Estaing*. On y retrouve, en effet, exprimées dans le style confus qui lui est propre, ses idées philosophiques et humanitaires.
Considérant les asiles et les ateliers comme devant ou bien « s'engorger, s'ils recevaient toujours sans rien rendre à la société » , ou bien lui restituer des gens, sans doute € moins viciés que les infortunés que revomissent les galères », mais pourtant « plus dangereux qu'utiles», l'auteur invoquait l'exemple de l'Angleterre où 1' < expor-
1. Aperçu hasardé sur V exportation dans les colonie», dédié à fen M. Franklin : à Paris de l'imprimerie L. Potier de Lille, rue Favart, n- 6, 1790 (Par le comte d'Eslaing, d'après Barbier). — Bibliothèque nationale, Imprimés LK'95.
2. Outre Y Aperçu hasardé sur l'exportation dans les colonies^ d'Estaing avait fait plusieurs ouvrages : Le Plaisir^ rêve, poème (1755); Les Signaux sans place fixe \ Vocabulaire des termes de la Marine et de ceux qui sont le plus usités dans la langue française (1778) ; Les Thermopyles, tragédie en un acte et en vers (1791),
talion », soit libre, soit forcée, était depuis longtemps un remède contre la mendicité. Par suite, il estimait que le plus noble emploi de nos colonies serait d'employer ces possessions lointaines c à réparer les torts du hasard de la naissance, ceux de la fortune, et de donner des terres et des ressources à tout homme à qui la métropole en doit et en refuse, par l'impuissance de lui en procurer ou parce qu'il a démérité >.
Philosophe, volontairement oublieux d'établir une différence entre le pauvre, dont la reconnaissance rémunère son bienfaiteur, et le mendiant qui en exploite la bonté, l'auteur pensait trouver dans son système un moyen propre à purifier la € majesté de l'homme souillée par l'avilissement de l'aumône >. Philanthrope, il en proposait l'extension à la répression des crimes, estimant r « exportation » susceptible de remplacer même la peine de mort.
Gomme tant d'autres, d'Estaing crut voir une tentative d'organisation nouvelle dans le mouvement fédératif qui bientôt gagna toutes les provinces, un remède peut-être à l'anarchie où se débattait la France. Il s'intéressa donc à ce mouvement, que consacra solennellement la fête de la Fédération.
On sait avec quel entrain la généralité de la population parisienne s'était associée et avait contribué aux préparatifs de cette fête, qui fut célébrée le 14 juillet 1790. D'Estaing prit part à la Fédération en tête de la marine, mais au lieu d'y figurer avec la tenue de ce corps, il y parut sous l'uniforme des gardes nationales. Proclamé général par la milice de Tours et par celle de Brest, d'Estaing avait imaginé de placer, au-dessous de
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sa plaque du Saint-Esprit, une autre plaque où étaient écrits ces mots : Vétéran des gardes nationales de Tours et de Brest.
Quelques jours plus tard il assistait, dans ce même accoutrement, à une revue passée devant la barrière de rÉtoile et, comme Louis XVI témoignait quelque surprise de ne le point voir vêtu de l'habit de vice-amiral, d'Estaing donna au souverain pour réponse, que la marine désirait mériter l'amitié du peuple. Ce à quoi le tloi répliqua bonnement : c Elle a bien raison, je l'en aime encore davantage. »
La marine en effet s'était associée avec enthousiasme à la Fédération. Bien des vieillards appartenant à la mestrance, voulurent supporter toutes les fatigues de la fête du 14 juillet. Quantité de matelots se plurent à y exhiber une médaille où étaient gravés, d'un côté, le serment de maintenir la constitution, de l'autre, l'autel de la patrie sur lequel juraient des soldats c dans la belle attitude dn tableau des Horaces >. Le ruban de cette médaille, ruban aux couleurs de la Nation, laissait voir un profil du Roi avec la devise : Ses vertus l'ont mis là'.
D'ailleurs, la plupart des fédérés, venus dans la capitale pour assister à cette solennité, professaient encore des sentiments vraiment royalistes et emportaient dans leurs provinces la fausse impression que c Louis XVI était en parfait accord avec l'assemblée et avec La Fayette * > . Ils se trouvèrent ainsi prédisposés à considérer pendant longtemps, comme émanant de la libre volonté du Roi, toutes les funestes mesures imposées à l'acceptation du souverain, et n'y soupçonnèrent le ren-