Décret du 12 ocUbre
informaient le ministre de la marine^ que la Société des amis de la constitution, la garde nationale et la municipalité, maintenant mieux éclairées, se proposaient d'engager les mutins à l'obéissance, ajoutant qu'ils ne croyaient pas devoir taire que d'Estaing était le commandant désiré par l'escadre ^.
L'assemblée nationale, satisfaite du concours que semblait dès lors lui prêter la municipalité de Brest, se borna à la rappeler aux principes de la constitution, et les matelots, qui ne se sentaient plus soutenus par cette municipalité, rentrèrent peu à peu dans le devoir. Us obtinrent d'ailleurs la satisfaction, réclamée par eux, de voir substituer au pavillon blanc, demeuré jusqu'alors celui de la France, un pavillon aux trois couleurs que la garde nationale parisienne avait adoptées pour ses drapeaux. Quant à d'Estaing, sa malencontreuse popularité parmi les équipages allait prochainement lui imposer un honneur imprévu qui, pour lui, n'équivaudrait point à la haute dignité que, depuis longtemps, il ambitionnait comme le couronnement glorieux de sa carrière.
D'Estaing d'ailleurs ne manquait point de s'affirmer comme l'un des principaux officiers généraux du corps de la marine. Lorsque, dans le courant du mois d'avril 1791, le comte de Fleurieu, depuis peu de temps ministre, demanda au Roi l'autorisation de se démettre
1. Le comte de la Lazerne que bientôt allait remplacer Fleuriea. 2. Réimpression de V^mciva Moniteur unipertel^ t. VI, p. 168.
d'un portefeuille dont le poids lui semblait au-dessus de ses forces, d'Estaing, à la tète de tous les officiers de la flotte présents à Paris, se rendit chez Fleuriea pour lui exprimer c combien ses vertus et ses talents étaient utiles et chers à la marine et combien sa retraite y causerait de regrets * > .
Il saisissait avec un égal empressement toutes les occasions qui lui permettaient de faire étalage des sentiments les plus € patriotiques >. Quand Louis XVI, fugitif, fut ramené de Varennes sous les opprobres de la populace, d'Estaing improuva publiquement la tentative du Roi. Pour prêter le serment militaire, il tint à s'adresser au président même de l'assemblée nationale et lui écrivit : c Aucune démarche n'est indécente quand on exprime le vœu de ses concitoyens. J'ignore quel est l'officier chargé de recevoir le serment militaire dans ce département. Je l'envoie par écrit à l'assemblée nationale. Je la prie de recevoir l'assurance de mon zèle pour le maintien de la constitution. Lieutenant-général et vice-amiral, je voudrais qu'il existât un élément nouveau dans lequel je puisse combattre pour elle*. »
Enfin lorsqu'il eut, en janvier 1792, à prêter devant la municipalité le serment civique', d'Estaing voulut en faire précéder la formule par un discours, dont il remit le canevas à Pétion *. Après avoir fait remarquer que, pour se présenter devant le corps municipal, il n'a pris ni € l'habit de lieutenant-général des armées de terre, ni celui de vice-amiral », mais comme au jour de la
1. Réimpression de rancien Moniteur universel, t. VIII, p. 302. 2. /6/c/.,t. VUI, p. 768.
3. Le serinent civique avait été ordonné par l'article XI de la loi do 10 janvier 1792.