T. Hamont : Lally-Tollendal
l'amiral d'kstaing 23
Pendant que Lally poursuivait sa marche vers Gondelour, la flotte mouillée en vue de cette ville fut soudain attaquée par une escadre anglaise venant le long de la côte. Les deux armées navales gagnèrent aussitôt le large, d'Aché manœuvrant de façon à rallier les vaisseaux détachés la veille, les Anglais cherchant à conserver l'avantage du vent. Quoique fort maltraité, l'ennemi put ainsi échapper à la poursuite de d'Aché qui, assez endommagé lui-même, crut devoir se retirer à Pondichéry.
Ainsi, lorsque Lally, après avoir contourné le fort Saint-David et rallié les troupes débarquées, arriva devant Gondelour, la mer n'était plus défendue. En établissant son armée entre la ville et Saint-David, le général exposait témérairement ses derrières au canon de la forteresse. Toutefois relié par sa gauche au rivage, il avait compté trouver dan^ la flotte, non seulement un soutien pour l'attaque, mais aussi protection, puis refuge au cas d'un échec. L'absence de d'Aché ne laissait subsister que Jes inconvénients de cette situation hasardée. Du danger pouvant en résulter, Lally, coutumier de l'audace, ne s'inquiéta point. Après avoir envoyé quelques boulets sur la ville, il somma Gondelour de se rendre et Gondelour se rendit, sans que le commandant du fort Saint-David eût rien tenté pour secourir la cité confiée à sa garde.
Le 4 mai, six jours seulement après avoir débarqué aux Indes, Lally prenait possession de sa conquête que d'Estaing nous décrit ainsi : « Cette ville, trop grande pour être à l'abri d'un coup de main, est environnée du côté de la terre, plutôt que défendue, par un rempart, sur lequel on avait pour ainsi dire semé quelques tours
garnies en tout de vingt et une pièces de canon. Un très grand hôpital, une mosquée, deux pagodes où Ton adore le dieu Vichnou et Brahma, une mission danoise, fondée plus pour vendre que pour instruire, et le refuge d'une loge hollandaise, chassée par l'arrogance britannique du voisinage du fort, sont les seuls édifices remarquables. Il y a peu de magasins, encore moins de boutiques européennes. Les hôtels, à la maure, tiennent beaucoup de l'architecture de nos halles et les maisons du peuple ressemblent fort à celles de nos poules ^ » Gondelour n'eût pas été pour Lally d'une défense aisée. Aussi ne songea-t-il à occuper cette ville que le temps nécessaire à préparer l'attaque de Saint- David, ou pour mieux dire « à achever de se convaincre qu'on manquait de tout * » .
Ce fort, le mieux établi de l'Inde, était un carré long muni de quatre bastions pourvus d'une contre-garde. « Il a pour avant-fossé du côté sud, écrivait d'Estaing, la rivière de Gondelour large et profonde. Un second rempart, casemate et séparé de la première enceinte par un fossé sec, joint sur cette face les deux contre-gardes, La mer est à cent cinquante pas à l'est. Une fausse braie de cinq toises, un fossé plein d'eau, profond et de dix toises de largeur, avec un premier chemin couvert... enveloppé d'une galerie de mines, ayant trois fourneaux à chaque angle, règne sur les trois autres faces du carré. Ce premier chemin couvert renferme dans la face de l'est et dans celle de l'ouest une demi-