‹ L'amiral d'EstaingChapitre 183 sur 252 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

I, — Mort de la comtesse d'Estaing (1792). — D'Estaing est conOrmé dans son grade d'amiral par le gouvernement de la République. — Il se retire à. Pomponne et y est arrêté.

H. — D'Estaing est assigné comme témoin au procès de la Reine. ~ Sa déposition.

in. — Seconde arrestation de d'Estaing (1793). — Son interrogatoire. — Acte d'accusation contre lui. — Il comparait devant le tribunal révolutionnaire. — Mort de l'amiral d'Estaing (1794).

Au commencement de cette même année 1792 d'Estaing perdit sa femme. Leur ménage semble n'avoir jamais été fort tendre. La dilapidation par le mari des biens propres de Madame d'Estaing, Tétrangeté du caractère de celle-ci avaient troublé de bonne heure une union que la naissance d'aucun enfant^ ne vint sauvegarder.

1. Scellé apposé après le décès de demoiselle de Rousselei de ChAteau*RenauU, épouse de M. d'Estaing. -— Archives départementalei de la Seine

Dans son Histoire de la participation de la France à Pétablisscmeai

Marie-Sophie de Château-Renault mourut à Paris le 4 février, non point dans le très bel hôtel que d'Estaing avait rue Sainte-Anne, mais dans une maison que l'amiral avait louée depuis peu au Roule. Cette maison, nommée les Chaumières, qui prenait son principal accès dans la rue du faubourg de Roule, était bâtie au fond d'un vaste jardin, s'étendant jusqu'à portée de Mousseaux^ On y comptait, en plein vent, plus de trois cents arbres fruitiers. Une orangerie contenait, en caisses, quantités d'orangers, de figuiers, de grenadiers, de lauriers-roses. Une vacherie s'y trouvait sans doute aussi, car parmi la domesticité figurait une fille de basse-cour. Outre une dame de compagnie, cette domesticité comprenait dix-sept personnes : un valet de chambre, un officier, trois domestiques, un cuisinier, un aide et un garçon de cuisine, un cocher, un palefrenier, trois femmes de chambre et une fille de garderobe, enfin le jardinier, le garçon jardinier et la fille de basse-cour. Il n'est point indifférent de noter que parmi ces dix-sept serviteurs, trois seulement, lors de l'apposition du scellé, après le décès de leur maîtresse, déclarèrent ne point savoir signer'.

des EtaU-Unis tTAmériquej Henri Doniol parle incidemment d*un fiU du comte d'Estaing. Ce fils, dont le portrait figure dans la galerie du château de Ravel où, presque encore adolescerll, il mourut victime d'un accident, était donc illégitime, puisque, par acte public, établi après le décès de sa femme, d'Estaing déclara qu'il n'en avait pas eu d'enfant.

1. Ce terrain d'une superficie de 8730 mètres, dépendant de l'hospice Beaujon, avait été loué en 1785 par l'administration de cet hospice, pour cinquante années et moyennant la somme de douze eents francs par an, à un sieur Gossonneau, dont l'amiral d'Estaing était devenu sous-locataire. >- Archives départementales de la Seine : Registre de la première municipalité, section du Roule.

2. Scellé apposé après le décès de demoiselle de Rousselet de Château- Renault, épouse de M. d'Estaing. — Archives départementales de la Seine.

D'Estaing devra maintenant renoncer à l'existence facile, que lui avait permis de mener la fortune considérable de sa femme, car cette fortune va lui échappera Bientôt aussi, il s'apercevra qu'nl n'a guère à attendre du gouvernement de la République. Et pourtant, son attitude pourra être considérée par le pouvoir exécutif comme absolument < correcte >. Quoique demeuré < courtisan par habitude >, d'Estaing ne se montre ni dans la journée du 20 juin, ni dans celle du 20 août 1792, mais c patriote par calcul* >, il suit assidûment et, coiffé, a-t-ori écrit, d'un bonnet rouge ', les assemblées de la section des Filles Saint-Thomas*. Cependant le nouveau gouvernement, tout en le confirmant dans son grade d'amiral ^ , n'emploiera point d'Estaing aux armées, car, pour les hommes de la convention, il restera le général qui, au 5 octobre, commandait les troupes royales à Versailles.

Pour se procurer les ressources que ses propriétés d'Auvergne ne peuvent alors lui fournir, d'Estaing songe à vendre ses terrains d'Amérique, que lui avaient con-

1. L'héritage que laissait la comtesse d'Bstaing fut aussitôt réclamé par son cousin germain, du côté maternel, et plus proche parent, Anne-Léon de Montmorency ; mais, Montmorency ayant émigré, l'Etat reyendiqua ses droits. Plusieurs parents de la défunte, du côté paternel, se présentèrent alors. Après de longs procès, qui se terminèrent par diverses transactions, cet héritage fut attribué d'une part aux deux filles du chevalier de Ghftteau-Renault, petit-neveu du maréchal de GhAteau- Renault, et d'autre part à M. M. Dreux de Nancré, descendants d'un aïeul maternel du maréchal.

Page 1