ArehiT60 nationales, T 1085, papiers séquestrés
m h AMIRAL D ESTAING
depuis ma naissance, résidé à Paris ; j'y ai rempli les devoirs de citoyen depuis la Révolution et je n'ai pas même voulu les interrompre pendant le temps que le vœu des citoyens de Versailles m'a appelé, malgré moi, au commandement de leur garde nationale. Je crois que la municipalité de Paris est la mienne... Paris m'a vu longtemps y porter des béquilles pour les blessures que j'ai reçues sur la terre de la liberté, sur celle de l'Amérique septentrionale.
> Ma santé et des raisons d'économie, que nécessitent la grande diminution de ma fortune et le payement de mes créanciers, m'obligent depuis deux ans à partager mon temps entre Paris et le voisinage de Lagny-sur- Marne, petite ville éloignée de sept lieues de la capitale. J'y ai pris un appartement. Une société populaire, qui s'y est formée et dont je suis membre, m'attache infiniment à ce séjour salubre. Je continuerai à y aller, si une décision contraire ne s'y oppose pas. >
Et l'amiral croyait devoir ajouter : « Dans le cas où il serait reconnu que le décret ordonne de se rendre où l'on est né, je ne cache point qu'en obéissant avec toute la tranquillité d'un véritable républicain, je regretterai de quitter pour un ci-devant château, la chaumière dans laquelle je suis à Paris. Elle annonce, depuis 1790, ce qui est arrivé et ce qui alors n'avait point été aussi ostensiblement prononcé : le nom sacré d'Égalité est depuis ce temps écrit sur la porte de la chaumière dans laquelle je suis*. >
Etait-ce bien avec € la tranquillité d'un véritable
1. Le citoyen Estai ng aa citoyen Dalbarède, ministre de la Marine, 9 septembre 1793. — Archives administratives de la Guerre, dossier 1.032.
républicain > que d'Estaing osait tracer ces lignes, ou bien, alors que se préparait le procès de la Reine, espérait-il par cet acte de soumission pallier le funeste effet des dénonciations dont il devait se sentir menacé ? Toujours est-il que, cinq semaines plus tard, un huissier du tribunal révolutionnaire, nanti d'un mandat d'amener, et escorté de deux gendarmes, se présentait à Pomponne pour signifier à l'amiral qu'il était appelé comme témoin dans < l'affaire de Marie-Antoinette >. D'Estaing qui se laissa arrêter € sans aucune difficulté > fut aussitôt emmené à Paris pour y être écroué à Sainte- Pélagie*.
Dans l'acte d'accusation forgé contre la Reine par Fouquier-Tinville, ce sinistre personnage s'était complu à accumuler tous les bruits jadis répandus dans le peuple au sujet du banquet des gardes du corps, étayant ses impostures sur le témoignage mensonger de Lecointre, devenu député de Versailles, qui d'ailleurs, avons-nous déjà dit, n'assistait point à ce banquet. L'accusateur public allait ainsi jusqu'à prétendre que Marie-Antoinette avait tramé, « à cette époque, un complot qui obligea le peuple à se transporter à Versailles pour le déjouer* ».
D'Estaing s'était trouvé trop mêlé aux événements qui précédèrent ou qui marquèrent les journées des 5 et 6 octobre, pour que Lecointre ne songeât point