Mémoire de d'Estaing, déjà cité
rendus impassibles sous le feu. En ajoutant à ces quatre bataillons les troupes de l'Inde, le général disposait d'environ deux mille cinq cents hommes ; mais il ne possédait que huit mortiers.
En attendant l'arrivée du matériel de siège dont le gouverneur de Pondichéry, Leyrit, lui annonçait le prochain envoi, Lally voulut occuper les ouvrages protégeant Saint-David, du côté opposé à la mer. Tandis qu'un détachement laissé à Gondelour attire vers le sud l'attention de l'ennemi par une démonstration en avant de cette ville, le général va s'établir sur le terrain qui s'étend à l'ouest de la forteresse, entre le lit du Ponéard et la rivière de Gondelour.
A la droite, sous d'Estaing, les bataillons de Lorraine auront pour objectif le fort du Pont-rompu. A la gauche, sous Michel de Lally, ceux du régiment irlandais marcheront sur le fort Saint-George. Au centre, sous Grillon, le bataillon de l'Inde se tiendra prêt à renforcer Tune ou l'autre attaque.
Les trois colonnes, précédées des volontaires et des grenadiers, s'avancent par échelons, marchent avec entrain sur les divers ouvrages, dont elles délogent les Anglais, et s'installent dans les forts.
Ce premier et rapide succès permettait d'ouvrir la tranchée, mais le matériel de siège n'arrivait toujours pas. Manquant d'argent pour le faire conduire, Leyrit se voyait réduit à en négocier le transport avec les nababs. Lally, déjà plein de méfiance à l'égard de Leyrit, s'irrite d'une telle lenteur et part pour Pondichéry. Sans s'inquiéter des coutumes locales, le général réquisitionne aussitôt véhicules et porteurs, s'aliène ainsi les fonctionnaires et les indigènes, mais « à force de
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colères et de violences > parvient à amener en onze jours vingt-deux canons devant Saint-David*.
Malgré le sable qui, chassé par le vent, comblait souvent pendant le jour les tranchées creusées de nuit, les travaux étaient déjà fort avancés. « Deux communications en forme de premières parallèles, relate d'Estaing, et unies Tune à l'autre par un boyau, joignirent les ouvrages qu'on avait enlevés. La seconde parallèle se prolongeait vers la mer et couvrait deux petites pièces isolées, destinées à faire peur aux bateaux timides ou maladroits qui auraient voulu aborder le fort en plein jour '. » Bientôt deux gros canons furent établis sur le fortin voisin de Gondelour, six pièces tirant à ricochets vinrent seconder les mortiers. Enfin deux batteries entamèrent le bastion de la mer, tandis qu'une troisième écrasait Touvrage à cornes.
La prise de Saint-David paraissait donc prochaine, quand on apprit, le 30 mai, que l'escadre anglaise venant de Madras s'avançait vers Pondichéry. La nôtre se trouvait alors dangereusement embossée devant cette ville aussi près de terre que possible, mais trop loin pour être protégée par le canon des remparts. Cependant d'Aché se déclarait impuissant à tirer ses vaisseaux de cette position fâcheuse, par suite impuissant à les conduire devant Saint-David où sa présence risquait de devenir nécessaire : Les matelots, non payés, refusaient pour la plupart le service, d'autres se disaient malades, beaucoup l'étaient.
A cette nouvelle Lally s'indigne contre le conseil colonial, dont il croit que d'Aché subit l'influence. Avec