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Mémoire de d'Estaing, déjà cité

Après la prise de Gondelour et la destruction de Saint- David, il ne restait, pour déloger complètement les Anglais de cette partie méridionale de la côte de Coromandel, qu'à enlever Divicotta, ville située à neuf lieues au sud dans une des nombreuses îles formées par les bouches du Kolloram.

Sans tenir compte de la fatigue des troupes, débilitées par l'ardeur du soleil et par une nourriture auxquels les soldats n'étaient point faits, Lally, dur pour eux comme pour soi-même, forme aussitôt un détachement qu'il pousse sur Divicotta. Telle que d'Estaing nous en fait le récit, cette expédition fut une simple marche militaire. Les Anglais c instruits et effrayés de notre promptitude » avaient évacué cette ville depuis la veille, quand les Français y entrèrent sans coup férir le 30 juin.

En rentrant triomphalement à Pondichéry, Lally dut croire sa tâche bien avancée. La molle résistance des Anglais à Gondelour et à Saint-David, l'abandon par eux de Divicotta laissaient espérer que partout ailleurs la victoire serait aussi aisée. Libre de toute inquiétude pour la côte méridionale, le général tournait déjà ses regards vers le nord, vers Madras, entrevoyant la possibilité, par un hardi coup de main sur le chef-lieu des possessions britanniques, de réaliser son plan en une campagne.

Toutefois, avant de s'engager dans cette entreprise téméraire, Lally voulut renforcer son armée et s'assurer

des ressources. En rappelant du Dékan Bussy et ses soldats, la compagnie pouvait assurément fournir à l'armée les. renforts nécessaires; mais, plutôt que d'abandonner ainsi ce royaume « de gaieté de cœur* » à l'Angleterre, Leyrit conseillait d'appeler les Marattes, dont il se chargeait de nous assurer le concours. Lally, plein de mépris pour les indigènes, ne le voulut point. Investi de pouvoirs étendus lui conférant toute autorité sur le gouverneur et sur les agents de la compagnie, Lally, sans écouter leurs justes remontrances, prescrivit à Bussy de lui amener sur l'heure tous les Européens dont cet officier disposait. Bussy < se sentit atterré » ; pourtant il obéit et se mit en marche.

Mais comment subvenir aux besoins de l'armée, Lally ayant épuisé ses propres ressources, les caisses de la compagnie étant vides, et les subsides attendus de France n'arrivant pas? Un seul moyen s'offrait : rançonner un prince indigène. Et ce fut à ce moyen que Leyrit et son conseil engagèrent Lally à recourir. En effet, si les instructions données au général lui prescrivaient de demeurer étranger aux querelles des indigènes, elles l'autorisaient pourtant à prendre part à leurs luttes intestines au cas où il se procurerait c par là des facilités pour attaquer Gondelour ou Madras et expulser les Anglais de la côte de Coromandel* ». Or, pour attaquer Madras, il fallait de l'argent; pour s'en procurer il n'y avait qu'à exiger du rajah de Tanjaour le remboursement des sommes considérables dues par lui à Chanda Saïb et que ce protégé de la France nous avait léguées. D'ailleurs Lally se trouvait alors privé de tous

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