‹ L'amiral d'EstaingChapitre 23 sur 252 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

moyens de transport, car d'Aché refusait de le conduire à Madras sans s'être au préalable assuré, par une croisière devant Ceylan, qu'aucune escadre ne venait d'Europe renforcer la flotte anglaise.

Ainsi le besoin de se créer des ressources joint à l'impossibilité momentanée d'aller attaquer Madras détermina Lally à entreprendre l'expédition de Tanjaour. Ainsi celui-là même, qui venait aux Indes avec la pensée d'y donner l'exemple d'une modération propre à concilier € l'amour de tous les voisins >, était amené par la force des choses à tourner ses armes contre l'un d'eux.

Laissant au chevalier de Soupire six cents hommes du régiment irlandais, quelques cavaliers et des cipayes pour protéger contre les incursions des Anglais la région qui s'étend au nord de Pondichéry, Lally quitta cette ville à la tète de ses troupes le 19 juillet.

Cinquante lieues à peine séparaient Pondichéry de Tanjaour, mais, comme les indigènes, précédemment terrorisés par Lally, fuyaient à notre approche, l'armée se traînait péniblement dans € une vaste solitude >. Rien n'était préparé pour le ravitaillement, c Les officiers comme les soldats réduits au riz et à l'eau, relate d'Estaing, ont été contraints de se nourrir de coulon, espèce de graine qui remplace ici l'avoine et qui a, comme elle, le droit exclusif de n'être mangé que par les chevaux. La faim nous a fait disputer les uns aux autres les fruits et ensuite les feuilles les moins dures des cocotiers. > L'armée restait également sans abri ; parfois les hommes s'installaient dans une pagode. € Notre séjour dans celle de Tirivatour a été, poursuit-il, le plus remarquable de nos camps. La gran-

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deurde ses quatre enceintes nous a paru extraordinaire. La moitié d'une seule nous contenait tous ; mais la plaisante et monstrueuse divinité, qu'on y adore, a été bien plus surprenante à des yeux catholiques peu familiarisés avec l'idolâtrie. Nous y avons dormi à l'ombre d'idoles... Je craindrais de désigner ces étranges statues trop clairement, si je disais qu'elles représentent, dans une forme énorme et non équivoque, ce qu'il y avait de moins honnête dans le plus immodeste de tous les dieux que révéraient les anciens. Les bas-reliefs et les peintures grotesques, les attributs, ce que nous avons appris, tout nous a paru digne de la principale déité de ce temple*. >

A l'approche de l'armée française le rajah de Tanjaour protesta de ses sentiments pacifiques. Sans nier sa dette à l'égard de Chanda Saîb, mais contestant à la compagnie le droit de la revendiquer au préjudice des héritiers du défunt, ce rajah offrit à Lally, en signe de paix, quatre lacks de roupies : simple fourberie destinée à traîner les choses jusqu'à l'arrivée des troupes anglaises cantonnées à Trichinapaly. Lally, dupé, se décida, mais trop tard, à assiéger Tanjaour.

Douze mille fantassins, quatre mille cavaliers Marattes et le secours envoyé de Trichinapaly en formaient la garnison. Ce secours était composé d'Hindous tirés de la populace, la plupart voleurs enrégimentés. D'Estaing nous les montre armés de leurs fouguettes : « Ils avaient soin, dit-il, presque toutes les nuits d'interrompre notre sommeil. Ils nous éclairaient en jetant dans notre camp quantité de leurs armes plus

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