Ibid
composition le rajah de Tanjaour, lui imposer un écrasant tribut, pousser ensuite jusqu'à Trichinapaly pour y châtier les Anglais, Lally, faute de vivres et de munitions, se voyait réduit à brusquer l'attaque, à tenter Tassant, à livrer ainsi la ville au pillage et avec elle le trésor qu'il pensait en rapporter.
La brèche allait être praticable quand survint une malencontreuse nouvelle : au cours de sa croisière, d'Aché s'était fait battre par la flotte anglaise qui, croyaiton, menaçait Karikal, comptoir français établi sur la côte, exactement à l'est de Tanjaour. Karikal aux mains des Anglais, c'était l'ennemi sur notre territoire, c'était la guerre défensive substituée soudain à l'offensive. Pour Lally, c'était l'effondrement de ses espérances. Son habituelle audace, cette fois, lui fit défaut.
Tandis que cette audace eut dû lui conseiller démener tout d'abord à bonne fin l'attaque de Tanjaour, dont la prise semblait assurée, d'utiliser cette ville, abondamment pourvue de vivres et de munitions, comme base d'opération contre les Anglais, maîtres supposés de Karikal, Lally préféra consulter ses subordonnés et réunit un conseil de guerre qui décida la levée immédiate du siège. Seul, pour ainsi dire, d'Estaing se déclara opposé à la retraite.
Pendant cette pénible retraite d'Estaing s'employa avec un rare dévouement à assurer le transport des malades, qu'il avait eu la satisfaction de sauver en protégeant avec sa brigade l'évacuation de l'hôpital. < Tous les officiers, écrivait-il, donnèrent leurs montures aux malades et aux blessés et firent à pied vingt lieues dans un chemin coupé par des champs de riz inon-
dés^ » Marche inutile et funeste, car, en arrivant devant Karikal, Lally apprit, mais trop tard, que ce comptoir n'était nullement menacé. Il ne lui restait qu'à se replier sur Pondichéry, où il rentra, le 1°' septembre 1758, presque en vaincu.
Cependant le général nourrissait toujours la pensée d'assiéger Madras; mais dans l'impossibilité de faire transporter l'armée par d'Aché, réfugié à l'Ile de France depuis sa défaite, il convenait d'assurer la marche vers le chef-lieu des possessions anglaises par l'occupation préalable d'Arcate. En substituant, moyennant tribut, l'un de nos protégés au nabab, vassal des Anglais, la conquête de cette province devenait une opération rémunératrice et Lally, précédemment amené par le besoin à attaquer un prince indigène, le rajah de Tanjaour, va maintenant, nouvelle infraction à la règle qu'il s'était fixée, prendre parti dans les luttes intestines de l'Inde en faveur d'un candidat évincé.
Égaux par leur bravoure, leur ambition et l'illustration de leur naissance, deux prétendants s'offraient : L'un BassaletnSingue puissant à la fois par ses richesses comme par l'appui que lui prêtait son frère Salabet- Singue, soubab du Dékan; l'autre Rajah Saïb, fils d'un vaincu, de ce Chanda Saïb jadis élevé par Dupleix à la nababie du Carnate et depuis lors dépossédé et mis h mort par un compétiteur protégé de l'Angleterre.