‹ L'amiral d'EstaingChapitre 32 sur 252 · Archives historiques delà Guerre, vol · texte numérisé non relu

Archives historiques delà Guerre, vol

3. René Magon de La Gervaisais, gouverneur des lies de France et de Bourbon fut, par la suite, intendant des lies Sous-le-Vent. Magon mourut en 1778 à TUe de J^rance où il possédait un établissement.

des Anglais. > Soucieux de garder la parole donnée, il le marque en ajoutant : c Si Ton y trouve des ennemis auxquels il ne m'est pas permis de faire du mal, je remettrai l'autorité à mes seconds et me permettrai tout au plus d'être spectateur. > Mais laissant voir combien il lui en coûte, d'Estaing termine en disant : < Si je reçois à mon retour la nouvelle de mon échange» je me croirai trop récompensé. Il faut exister pour demander des grâces. Vos bontés et mon zèle peuvent seuls m'y faire prétendre et lever les obstacles. Je me regarde aujourd'hui comme un homme effacé du nombre des vivants *. >

Reprendre sa place parmi les vivants, c'est-à-dire recouvrer la libre disposition de soi, tel est le désir dont il entrevoit maintenant comme possible la prochaine réalisation.

Alors en effet venait d'arriver dans nos possessions indiennes la communication' officielle d'une convention passée entre la France et l'Angleterre, relativement à l'échange des prisonniers. Il était porté, dans cette convention, connue sous le nom de cartel de l'Ecluse, que les prisonniers faits depuis l'ouverture des hostilités sur les troupes de terre des deux puissances, et dans quelque pays que ce fût, seraient échangés ou rançonnés dans l'espace d'un mois, à courir du jour de la signature dudit cartel. Chaque grade, à défaut de parité, y était évalué en argent : celui de brigadier à sept cents florins.

Toutefois, en ce qui concernait d'Estaing, le fait

1. D'Sitaing à BeUe-Isle, 29 ooût 1759. — Archives historiques de la Guerre, yoL 3541-95.

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même d'avoir accepté sa mise en liberté sur parole, postérieurement il est vrai à la signature de la convention, mais alors qu'elle n'était pas encore notifiée aux Indes, lui permettait-il de se prévaloir des termes de cet accord? Nous ne le pensons point : le cartel de l'Ecluse ne pouvait de plein droit avoir son effet qu'à l'égard des prisonniers maintenus captifs ; tandis que le général, dont la liberté conditionnelle était le résultat d'un engagement antérieur et spécial, ne pouvait se réclamer du cartel, si TÂngleterre n'admettait pas, au préalable, l'annulation de la promesse par laquelle il restait lié.

D'Estaing d'ailleurs semble bien ainsi le comprendre, car, multipliant les démarches, il s'adresse également à Leyrit, le priant de déterminer Lally à régler son échange avec les Anglais de Madras. Ce sera, présentement du moins, peine perdue ; car le gouverneur de Pondichéry l'informera que Lally n'a tenu alors aucun compte de son désir, ajoutant qu'il serait facile à d'Estaing de se rendre libre, à son arrivée en France, moyennant la modique somme stipulée dans le carteP.

Cependant ces préoccupations d'ordre privé n'empêchaient pas d'Estaing de poursuivre avec ardeur les préparatifs de l'expédition qu'il avait projetée et pour laquelle, les fonds manquant, € il dut engager sa fortune > . Deux bâtiments de la compagnie des Indes : le Condé, vaisseau armé de cinquante canons, mais tellementavarié que d'Aché l'avait laissé à l'Ile de France, etla frégate V Expédition, ([ui avait amené d'Estaing de l'Inde, furent pris au service du Roi. Des commissions de capitaine et de lieutenant de frégate, existant en blanc,.

1. Duval d6 Lejrit à d'Estaing, S3 octobre 1759. -^ Archives de la Marine, B* ^ 103.

furent remplies du nom des marins qui consentirent à monter ces bâtiments et, vers la fin d'août 17S9, la petite escadre se trouva prête à mettre à la voile.

Cette escadre leva l'ancre le l*"" septembre et, après avoir reconnu Madagascar puis les tles Amirautés, gagnait la côte d'Arabie quand, par une faute de manœuvre, la frégate perdit son mât de misaine et son beaupré. Déjà les officiers demandaient à relâcher ; mais, pour toute réponse, d'Estaing leur fit énergiquement comprendre qu'ils se remâteraient aux dépens de l'ennemi. Bientôt l'occasion s'en offrit. Le 29, à la pointe du jour, par le travers du cap Curjat*, plusieurs voiles étant signalées, le général, à bord du Condéy se porta sur elles et reconnut n'avoir affaire qu'à un seul gros navire, le Mamoudy^ accompagné de trois légères calvettes arabes, suivies à distance par plusieurs taranquins. La capture de ce convoi ne paraissait point malaisée. D'Estaing résolut de la tenter, se réservant de donner la chasse avec le Condé aux quatre unités les plus proches, tandis que l'Expédition chercherait à isoler les taranquins et à les amariner.

Le Mamoudy essaya tout d'abord de prendre la fuite, mais quelques boulets l'arrêtèrent et décidèrent l'Arabe, qui le commandait, à venir à bord du Condé. Exhibant une sorte de commission émanant du gouverneur por-

1. Le eap Curjat, sur la côte d'Arabie, à une faible distance au sud de l'entrée du golfe d'Oman.

tugais de Daman % cet Arabe assurait que, sortant de Mascate ', il conduisait un chargement d'ambre à Goa '. Toutefois, comme sa commission était vieille de deux années et que le Mamoudy Sivaii été tout d'abord aperçu sous pavillon anglais, d'Estaing n'hésita pas à considérer ce navire comme de bonne prise, puis à brftler les trois calvettes, qui eussent été embarrassantes à garder. Quant aux taranquins capturés par VExpéditiony ils furent reconnus pour appartenir à des habitants de Goa et, par suite, laissés libres de continuer leur route.

La saisie du Mamoudy constituait une bonne aubaine et procurait à d'Estaing d'utiles renseignements. Les prisonniers assuraient qu'il serait facile d'enlever dans le port de Mascate un bâtiment anglais de six cents tonneaux, susceptible, d'être armé en guerre et porteur d'un chargement évalué à deux millions.

Malgré la faible distance qui le séparait de ce port, d*Flstaing, reUirdé par les calmes, mit cinq jours pour atteindre Mascate avec le Condé, laissant en arrière y Expédition et le Mamondy incapables de le suivre.

Avec les faibles moyens dont il disposait, le général comprenait que le .plus sûr moyen pour réussir à enlever le Merry sous le canon de Mascate, était de recourir à la ruse. Aussi son premier soin fut-il d'arborer le pavillon anglais, supercherie qui lui permit de mouiller

1. Le petit territoire de Daman, dans l'Inde» sur la mer d'Oman, appartient aux Portugais depuis le xvi*- siècle.

2. Mascate, TilIc maritime d^Arabie h l'entrée et sur la c6te méridionale du golfe d'Oman.

3. Goa, ville de l'Jnde, sur la c6te occidentale de la péninsule, était au XVIII* siècle le chef-lieu de possessions portugaises. L'Ile de Goa, où se trouve le chef^lieu actuel de ces possessions Villanova de Goa, n'en est qu'à une faible distance.

l'amiral d'bstaing si

sur la rade sans être inquiété. Bientôt même une embarcation sortant du port se dirigeait vers le Condé où d'Estaing s'apprêtait à la recevoir d'une façon aussi fallacieuse que courtoise. « Ce canot nous a approchés à la nuit, relate le journal du bord. On l'a hèléen anglais et il a répondu de même. On avait tout préparé pour pousser l'illusion aussi loin qu'il serait possible. Il n'y avait sur le gaillard que ceux d'entre nous qui parlent cette langue. M. Garpentier, commandant des troupes, s'est chargé déjouer le rôle de capitaine du vaisseau et s'en est acquitté pour tromper assez bien pendant quelques instants le bagnan ou marchand de Malabar, qui a monté à bord *. > Ce marchand n'était autre que le courtier de la compagnie anglaise àMascate. Venu vers le Condé pour y faire ses offres de service, il commençait à donner naïvement, sur la position du Merry, d'utiles indications, quand un incident, triste résultat de l'indiscipline des matelots, lui ouvrit tardivement les yeux. Plusieurs marins en effet, malgré la présence des officiers, étaient descendus dans la barque du courtier et en molestaient les rameurs de telle sorte que ceux-ci, éperdus, se jetèrent à la mer, nageant si habilement et plongeant si longuement qu'il fut impossible d'empêcher leur fuite. Comme ils allaient porter l'alarme à terre, d'Estaing se voyait contraint de brusquer une attaque qui pourtant lui paraissait très hasardée.

« Le port de Mascate, marque-t-il dans son journal, me semblait plus fort que je ne le croyais. J'imaginais en le voyant que l'entreprise serait moins facile que le canonnier du Mamoudy ne l'avait annoncé. » Ce port,

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