Archives de la Marine, B« 92 f
L AMIRAL d'bSTAING 53
marins français. Mais sous les ordres de des Essarts, le Condé s'est embossé à cent cinquante toises duMerry auquel va le relier un cordage capable d'attirer la prise hors du port. Des Essarts ouvre alors le feu, dirigeant la canonnade avec une telle précision que pas un boulet ne vient atteindre le bâtiment capturé, et pourtant environné des embarcations sur lesquelles s'exécute le tir.
Pendant ce temps le Condé appareille et gagne la passe, virant sa haussière au cabestan, sans observer tout d'abord que ledit cordage, pris au fond de l'eau, ne déplace pas le Merry, Ce navire, absolument privé de voilure, menace ainsi de rester dans une situation difficile. La panique semble se mettre parmi l'équipage en partie composé d'aventuriers individuellement braves, mais encore imparfaitement disciplinés, quand soudain l'un des officiers découvre un grand foc, secours suffisantpour avancer, non toutefois sans dériver de la plus dangereuse façon. Chacun dès lors s'emploie de son mieux à la manœuvre, à la mousqueterie, au canon. < Nous n'avions pas de timonier, écrit d'Estaing. Mon secrétaire se l'était fait de lui-même. Il gouvernait avec beaucoup d'attention et comme quelqu'un qui n'a jamais exercé que cet emploi*. » Grâce à la vigueur déployée par ce petit nombre de matelots le Merry, enfin remorqué par plusieurs chaloupes, put rejoindre le Condé qui, ayant promptement reconnu son erreur, erreur bien excusable dans l'obscurité, s'était arrêté, brassé en panne sous le feu même des forts, ripostant avec ses canons de retraite.
Lorsque, un peu plus tard, le Condé suivi de sa prise