La grande lie Tawilah et les petites Ues Kischm et Larek
un souverain concéda à l'Angleterre le droit de s'y établir.
Les Anglais avaient en effet reconnu de bonne heure l'importance d'une position qui leur assurait la prédominance sur le golfe Persique et leur permettait de relier la Grande-Bretagne à ses possessions indiennes par des communications, jugées alors rapides, grâce aux cîiravanes circulant entre Bagdad et les échelles du Leviint. Bientôt ils installèrent à Bender-Abbas une citadelle, le fort Gombroon ; mais, comme les gros navires des autres puissances ne s'aventuraient guère dans ces parages peu connus, l'Angleterre y entretenait seulement un faible détachement de troupes et quelques bâtiments légers.
Le gouverneur du fort, sir Alexander Douglas, bien que prévenu de la présence des Français dans le golfe d'Oman, ne pouvait donc songer ni à leur disputer l'entrée du détroit, ni même à leur opposer derrière ses murailles une résistance sérieuse. Aussi, lorsque, dans la soirée du 13 octobre, l'escadre apparut devant Bender- Abbas, l'unique souci de sir Alexander fut-il d'éloigner la frégate anglaise Speedwell, redoutant de la voir tomber en nos mains. Mal lui en prit, car dans l'obscurité le Speedwell s'échoua et, abandonné de son équipage, fut amariné quelques heures plus tard par V Expédition,
Cependant, à bord des vaisseaux, tout se préparait pour le débarquement que d'Estaing voulait effectuer avant le jour. Emmenant avec soi deux pièces de canon et deux mortiers, il prit terre à un quart de lieue du fort et put se rendre compte que l'imperfection des défenses en permettait l'escalade. Pourtant le général ne se sou-
ciait pas de la faire tenter, car il voulait éviter l'effusion (lu sang, non par humanité sans doute, ne se piquant pas d'être tendre à l'égard des Anglais, mais bien pour mieux donner suite à l'étrange projet que lui suscitait la crainte, d'ailleurs fondée, de n'être pas encore régulièrement échangé.
Ce projet consistait à amener par intimidation les défenseurs du fort Gombroon à capituler, puis à rendre la liberté aux plus hauts gradés en se faisant échanger contre eux. Mais comme les Anglais ripostaient de leur artillerie aux premiers boulets, mollement lancés sur la forteresse, d'Estaing, pour impressionner l'ennemi, fît commencer les travaux d'une batterie et débarquer plusieurs canons du plus gros calibre. En même temps il dictait au capitaine de brûlot Charruyan, à qui il avait remis le commandement des troupes, une lettre en anglais par laquelle Charruyan sommait sir Alexander de se rendre, lui marquant « qu'il ne pouvait pas répondre de l'humanité des Caffres et qu'il ne serait pas responsable des malheurs qui arriveraient à la garnison * >.
La réponse du gouverneur ne se fit guère attendre. Le lendemain, 14 octobre, le fort capitulait, Douglas n'ayant fait aucune difficulté si ce n'est « sur ce qui regardait ses effets et ceux des officiers ». Les troupes françaises se rapprochèrent aussitôt de la forteresse, formant tout autour une chaîne d'investissement pour empêcher que rien n'en sortît. Elles n'y réussirent qu'imparfaitement. Une grande partie de la garnison put ainsi s'échapper et chercher refuge chez les Persans, dans l'île d'Ormuz. Cependant le gouverneur, son second,