CHAPITRE V
I. — Préparatifs de descente en Angleterre; d'Estaing commande les détachements de la maisondu Roi. — .Projet d'expédition au Brésil ; d'Estaing, promu lieutenant-général, reçoit le commandement du corps expéditionnaire. — La signature des préliminaires de paix en arrête le départ (1762).
II. — D*Estaing est nommé gouyerneur des Iles Sous-le-Vent. — Il est chargé de Tinspection des Petites Antilles. Durant la trayersée, d*Ëstaing fait instruire les soldats au matelotage (1763).
III. — Sainte-Lucie. — Aspect misérable du chef-lieu. — Rivalité du gouverneur Jumilhac et de l'intendant Chardon. — D'Estaing inspecte les batteries et le port. — Mauvais vouloir des autorités; démoralisation des troupes. — Son inspection terminée, d'Ëstaing s'embarque pour la Martinique.
ÏV. — La Martinique. — Effets de l'occupation anglaise. — Rappel de d'Elva. — Inquiétude de Fénelon.
V. — La Guadeloupe — Le gouverneur Bourlamaque et l'intendant Peinier. — Fâcheuse impression de d'Ëstaing; son opinion sur le gouvernement des colonies (1764).
Durant sa captivité en Angleterre, d'Estaing avait observé chez les membres du gouvernement britan-
nique un vif désir de conclure la paix et, dès son retour en France, il avait rendu compte de ces dispositions pacifiques, pleinement confirmées par les confidences du baron de Kniphausen, ministre de Prusse à Londres. Aussi, pour agir sur l'opinion publique anglaise par la menace d'une invasion, le gouvernement du Roi crut-il devoir, au printemps de 1762, concentrer quelques troupes à Calais et, « pour donner plus d'éclat aux apparences d'un embarquement >, envoyer des détachements de gendarmes, de chevau-légers de la garde du Roi et de mousquetaires tenir garnison dans cette place.
Les troupes de la maison du Roi affichèrent bientôt jusque dans le service d'extraordinaires exigences et d'Estaing, qui en prit le commandement, eut tout d'abord aies ramener à la discipline. Il le sut faire avec tant de mesure que ceux-là même < qui avaient manqué lui donnèrent la marque de confiance de s'adresser à lui malgré sa sévérité et de le consulter, comme particuliers, sur les moyens de réparer leurs fautes* », fautes imputables à l'esprit de corps dont s'enorgueillissaient ces troupes d'élite, mais fautes aisément réprimées par la main d'un chef énergique et bien légères imperfections au revers de la médaille où restent gravés leurs exploits.
Tout en menaçant ainsi TÂngleterre d'une descente, Choiseul projetait d'aller attaquer le Portugal dans son empire d'outre-mer et de lui enlever le Brésil. Durant l'été, sept vaisseaux, deux frégates, dix bâtiments de