ArchiTes de la Marine, B* 108 f
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Le gouverneur ne sera pleinement rassuré que quand d'Estaing se sera rembarqué pour gagner la Guadeloupe.
Ainsi nommée par Christophe Colomb, vraisemblablement en souvenir du célèbre sanctuaire consacré à la Vierge dans la sierra de TEstramadure, la Guadeloupe se compose de deux tles séparées seulement par un étroit chenal et pourtant absolument différentes au point de vue de leur relief et de la nature du sol. A 1 ouest, la Guadeloupe proprement dite, qui porte le chef-lieu delà colonie, La Basse-Terre, est parcourue par une chaîne de montagnes volcaniques dont le versant occidental se termine à la base en d'abruptes falaises, mais dont le versant oriental descend vers la mer en des pentes adoucies, où se succèdent, suivant Taltitude, les étapes d'une végétation aussi intense que variée. Devant cette côte luxuriante s*étend, plate, parfois marécageuse et à peine ondulée de quelques collines, la plus petite des deux fies, improprement désignée sous le nom de Grande-Terre. La principale localité en est Pointeà-Pitre.
Depuis le temps où quelques aventuriers y débarquèrent en Tan 1635, d'abord exploitée par des compagnies commerciales, plus tard propriété privée du marquis de Boisseret^ puis acquise par Louis XIV, et
1. Le marquis de Boisseret avait acheté en 1649 à la compagnie des Indes occidentales, la Guadeloupe, la Désirade, Marie-Galante et les Saintes pour le prix de soixante mille livres et une redevance annuelle de six cents livres de sucre fin. ~^ R. P. du Tertre : Histoire générale des Antilles françaises, t. I, p. 443. Paris 1667.
enfin rattachée au domaine' de la couronne, la Guadeloupe, comme la Martinique, n'avait jamais cessé d'être française jusqu'au jour où, durant la guerre de Sept Ans, le sort des armes la fît momentanément tomber aux mains des Anglais.
Mais à la Guadeloupe, tie plus productive que commerçante, les traces de l'occupation anglaise ne restent pas, la paix une fois conclue, aussi profondes qu'à la Martinique, dont elle est, observe d'Estaing, une sorte de € métairie >. La Guadeloupe en effet n'attire pas encore les marchands étrangers, car le port de La Basse-Terre est inachevé, la rade exposée au < premier trait » de presque tous les vents, la plage couverte de gros galets que la vague fait rouler et qui rendent le débarquement difficile.
Pour améliorer la situation commerciale de la Guadeloupe, le gouverneur Bourlamaque^ poursuivrait alors avec activité l'achèvement du port de La Basse-Terre et projetait d'en créer un à Pointe-à-Pitre, mais il avait à cœur plus encore de mettre sérieusement son lie en état de défense. Aussi la colonie prenait-elle sous sa direction un aspect particulièrement militaire. « J'ai cru sortir de Paris, pour entrer dans un camp, marque d'Estaing en arrivant de la Martinique..., les soldats du régiment de Beauvaisis, que j'ai vus, ont aussi bon visage et sont aussi bien tenus qu'en Europe. »
Bourlamaque, loin d'étaler le même luxe que Fénelon dans Tîle voisine, tient seulement < un état décent et
1. Le chevalier de Bourlamaque s'était distingué au Canada sous Montcalm. Commandeur de Saint-Louis et maréchal de camp, il était autorité & porter la croix de Malte qu« lui avait donnée le grand-maltre.
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modeste ». L'intendant, le président PeinierS semble vouloir rivaliser de simplicité avec le gouverneur. Ainsi € le ton de franchise et de bonhomie règne dans cette colonie. Les ordres, dont M. de Bourlamaque est décoré, la présidence de M. l'intendant et le large manteau, qui est mis en grande évidence autour des armes de sa chaise à porteurs, donnent très bon air à tous deux. Leur faste ne va pas plus loin* ».
Leur entente âerait donc restée parfaite si Peinier, moins modeste d'esprit que simple d'allures, ne se fût montré grandement jaloux de sa qualité d'intendant doublé d'un magistrat et n'eût par suite exigé certains honneurs, auxquels Bourlamaque lui contestait d'avoir pleinement droit. Le jour de la prise de possession il avait tenu à figurer, sous le dais, à côté du gouverneur, et Bourlamaque ne se consolait pas de ce que Peinier avait € été en conséquence salué par les drapeaux du régiment de Beauvaisis >. Tout < le militaire » demeurait froissé de cette tendance de la robe à empiéter sur l'épée, tendance d'autant plus difficile à réprimer que la cour venait de consulter non seulement le gouverneur mais aussi l'intendant < pour savoir l'artillerie dont la colonie avait besoin >.
Fâcheuse fut assurément l'impression que laissait à d'Estaing la visite des lies où, quelques mois après leur installation, il venait de voiries fonctionnaires, souvent du rang le plus élevé, sacrifiant les devoirs de leur charge à de mesquines rivalités, et incités en quelque
1. Louis de Thomassin, marquis de Peinier, président à mortier honoraire an parlement de Provence.