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denrées exportées de Sainl^Domingue où elle envoyait par contre quantité de marchandises et d'objets de luxe. Mais, durant la guerre, les autorités de cette colonie avaient fini par admettre, dans l'intérêt même du commerce, que les négociants confiassent leurs marchandises à des bâtiments étrangers et, depuis lors, malgré la remise en vigueur des anciennes ordonnances, nombre de ces bâtiments munis de passeports surannés, continuaient à y pratiquer un commerce désormais illicite.

Pour assurer la stricte exécution de ces ordonnances, pour mettre les marchands dans l'impossibilité de se livrer à des transactions bien plus rémunératrices que le négoce obligatoire avec la métropole, pour maintenir la police intérieure de l'île et y prévenir toute révolte des esclaves, il fallait aux mains du gouverneur de sérieux moyens de répression. Or les troupes de la colonie, compagnies franches ^ décimées par les maladies, étaient tombées dans une telle indiscipline que l'on avait dû les dissoudre. D'autre part les soldats envoyés de France à Saint-Domingue et totalement ignorants du pays, ne pouvaient y rendre que d'insuffisants services. Une reconstitution des troupes locales, sous la forme de milices, semblait s'imposer.

Cette reconstitution présentait justement alors de sérieuses difficultés. La colonie venait en effet de consentir un accroissement considérable d'impôts, sous la réserve expresse que les habitants de Saint-Domingue seraient exemptés dorénavant de tout service militaire, exemption depuis longtemps réclamée par eux comme

1. Les compagniei franches étaient des compagnies formant corps de troupef et n'étant point par suite réunies en bataillons.

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résultant, à leur dire, d'uo privilège accordé aux anciens flibustiers, dont ils se prétendaient les descendants.

Une extraordinaire fermentation agitait ainsi les esprits qui, loin de s'apaiser, subsistait entretenue par les conseils supérieurs, parlements au petit pied siégeant au Cap-Français et à Port-au-Prince, conseils dont les membres € s'écartant des bornes de leurs attributions > judiciaires, osaient c se mêler du gouvernement de la colonie^ >•

« Indépendamment de ce désordre auquel la guerre a donné lieu, lisons-nous dans le mémoire du Roi pour servir d'instructions au comte d'Estaing, il y en avait un plus ancien et plus caché, mais encore plus funeste, provenant de l'ancienne administration, dans laquelle tous les employés avaient su ménager leurs intérêts et leur fortune avant même d'avoir satisfait à ce que leur devoir pouvait exiger de plus essentiel de leur part ; de sorte que la colonie a payé plusieurs millions pour des fortifications, des salles d'armes et des magasins dont il ne reste pas la moindi'e trace et dont le service du Roi n'a jamais profité*. >

Et c'est en un moment où il va trouver la colonie à ce point surexcitée, c'est avec de tels fonctionnaires comme auxiliaires et comme subordonnés que d'Estaing est chargé de porter à Saint-Domingue l'ordre d'y réunir les états', de faire voter par cette assemblée un

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