‹ L'amiral d'EstaingChapitre 68 sur 252 · Archives de la Marine, C · texte numérisé non relu

Archives de la Marine, C

3. La colonie de Saint-Domingue était ainsi assimilée aax pajs d*état qui en France, sous l'ancien régime et contrairement à ce qui se passait dans les provinces dites pays d'élection, jouissaient da privilège 4e faire voter leâ impôts par leurs assemblées stfus le nom d'dotrdi et d« «ion graiiiiii

don gratuit de quatre millions et de procéder en même temps à la formation des milices sous la dénomination nouvelle de troupes nationales ^ Aussi, pour accroître son autorité, pour lui permettre de faire face à tout événement, ses pouvoirs de gouverneur et lieutenantgénéral ont-ils été sensiblement accrus par le droit que le Roi lui a conféré de c modérer, suspendre et interpréter provisoirement > les règlements administratifs de la colonie '.

D'Estaing arriva en vue du Gap, chef-lieu des possessions françaises de l'île, le 19 avril 1764. Venant à Saint-Domingue pour y réformer les abus et tenant tout d'abord à prêcher d'exemple, le nouveau gouverneur avait pris soin de faire interdire aux navires marchands de le saluer avec leur artillerie, usage incorrect pourtant accepté de ses prédécesseurs. Seule la flûte du Roi, la Normandie^ crut pouvoir, bâtiment de guerre, tirer sept coups de canon. Mais, comme aux termes des ordonnances, « elle n'eût dû saluer que de la voix >, le Brillant passa devant cette flûte sans lui rendre son salut.

Bientôt parurent à bord les deux aides-majors généraux, chargés de complimenter d'Estaing et de lui représenter que les précédents gouverneurs ne descendaient point à terre avant que tout fût préparé pour le cérémonial de leur réception; La coutume, en effet;

i: ArcliiT6s de la Marine, CJ 101 i S. ArahiTee de la MàHiiei (T 101 :

était de les venir chercher sur le rivage avec la croix et la bannière, d'étendre un tapis de velours à l'endroit où devait aborder leur canot et où ils se mettaient à genoux sur des carreaux en baisant la croix ; puis de les escorter processionnellement sous un dais jusqu'à leur résidence, c Je me suis trouvé encore trop étourdi du bateau pour un tel appareil, note d'Estaing. Il m'a fait trembler; je l'ai refusé. On m'a dit que je faisais mal, que la considération américaine dépendait de cette pantomime. J'ai supplié qu'on m'accordât au moins quelques jours pour me préparer à ne point rire et j'ai défendu qu'on me rendît aucun honneur ^ »

En sacrifiant aussi légèrement d'anciennes coutumes à une regrettable affectation de simplicité, d'Estaing oubliait que ces honneurs méprisés par lui s'appliquaient non pas à sa personne, mais à la dignité dont elle était revêtue. Ne savait-il pas que dédaigner les égards de ceux auxquels on commande, c'est éteindre en eux le respect?

D'Estaing se rendit ainsi sans aucun apparat à la résidence qui lui était préparée et put tout à loisir jeter, chemin faisant, un premier coup d'oeil sur le Cap- Français. € J'ai trouvé lamème odeur qu'à Sainte-Lucie, écrit-il péniblement impressionné par cette visite, un quai qui ne ressemble à rien, inégal, coupé par des maisons, encombré de matériaux et si infect qu'on n'a pas eu besoin de m'apprendre qu'il était les latrines de la ville... J'ai monté par des rues étroites et dont le ruisseau seul est pavé. Il n'a point de pente, il est pro-

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