ArchWei de la Marine, B* 108 M
fond. C'est un fossé qui contient une boue odoriférante. J'ai traversé une place qui n'en a que le nom. Elle est raboteuse et sans forme régulière. On m'a montré une église peu avancée. La couleur de ses pierres annonce qu'elle est oubliée depuis longtemps. Une grange, fort au-dessous de celle de Sainte-Lucie, est ce qui remplace celle du Gap. Elle décore la place. Des soldats, qui ont sorti d'une assez grande case, m'ont fait connaître que c'était le corps de garde : J'ai vu, derrière, le second dépôt des immondices de la ville.
Ce séjour assurément ne parait point enchanteur, mais chose plus grave est la malveillance que, à peine débarqué, d'Estaing sent autour de soi. Il avait annoncé son intention de prendre pour demeure l'ancien établissement des Jésuites, habité par le chevalier de Mon« treuil S officier général chargé par intérim des fonctions de gouverneur. Mais Montreuil ne songe pas à déguer^ pir. n défend sa maison < pied à pied >, ne cédant tout d'abord à d'Estaing qu'une faible partie de ce vaste immeuble où le gouverneur trouve pourtant moyen de s'instaUer et d'installer aussi Magon, car ce subordonné fidèle tient à rester près de son chef afin de pouvoir communiquer plus aisément avec lui. L'intendant Clugny *, que Magon vient précisément remplacer, se per--
1. Pierre- André de Gohin, comte de Montrenili avait été envoyé au Canada en 1755 comme major général des tronpee, avec rang de Ueatenant-coIoneL II était maréchal de camp lorsqu'il fut nommé en 1762 commandant en second à Saint-Domingae.
2. Jean-Etienne-Bernard Glngny de Nuis, maître des reqnétes, devint par la suite intendant de la Marine à Brest, puis intendant à Perpignan et à Bordeaux. Nommé, en 1776, contrôleur général & la place de Tnrgot, Glugnj semblait disposé à détruire en partie l'oeuvre de son prédécesseur, mais il mourut cette même année et ne marqua son court passage an pouvoir que par l'institution de la loterie.
met de ridiculiser un zèle auquel rintérêt personnel, assure-l-il, ne tardera pas à mettre bon ordre.
Montreuil et Clugny affectent d'ailleurs la plus déplorable attitude, proclamant tous deux, sans se soucier de mettre leurs successeurs au courant des affaires, que leur seul désir est de quitter au plu3 tôt la colonie.
€ M. de Montreuil, note d'Estaing, m'a demandé six fois, car je les ai comptées, et cela dans cette même après-midi, la permission de partir sur-le-champ pour l'Europe. > Montreuil en effet ne cache pas son mécontentement de n'avoir pas été pourvu du gouverneihent de Saint-Domingue. Il c paraît outré, disant que la cour lui a manqué de parole. Je l'ignore, poursuit d'Estaing. Ce n'est pas ma faute, je n'enviais pas son gouvernement et, à mon défaut, je crois que d'autres que lui l'auraient eu. J'ai tenté de diminuer son désespoir par des politesses ; j'ai tenté de le modérer par des raisonnements. Il m'a paru que la tète lui tournait, et il a fallu chausser le cothurne militaire et lui imposer silence ^ »
Quant à Clugny il ne semble aucunement prendre cure de passer régulièrement son service à Magon, assurant qu'en deux heures le travail serait terminé. € Cela m'a paru court, écrit d'Estaing à la date du 20 avril. Je lui ai laissé le choix du navire et du temps. Il m'a demandé la flûte le Danube et le départ le plus prochain. Je l'ai pris au mot et je lui ai dit que, le 29, cette flûte serait prête à appareiller. Il a soutenu la chose impossible en protestant toujours qu'il le désirait... Quoi qu'il en dise je lui tiendrai ponctuellement parole*. »