‹ L'amiral d'EstaingChapitre 73 sur 252 · Archives de la Marine, B« 108 f · texte numérisé non relu

Archives de la Marine, B« 108 f

avait une antipathie étonnante pour me saluer deTépée. Je lui ai protesté que j'avais salué de même, et un très grand nombre de fois en ma vie, des gens que j'estimais très peu et que j'avais la fatuité de croire valoir beaucoup moins que moi ; mais qu'ayant un grade audessus du mien cela m'avait paru tout simple et très égal. Il m'a dit encore que ses* provisions étaient les mêmes que les miennes, puisqu'il devait succéder en tous points à M. de Belzunce. Je lui ai remontré que cette égalité ne me paraissait du tout point établie; que j'y croyais si peu que je croyais le doute nuisible au bien du service, et qu'il me paraissait dès lors nécessaire qu'il donnât une preuve publique qui détruisît une pareille prétention^

« Il m'a objecté ensuite que le règlement provisoire du Roi désignait le Cap comme une ville, que le service des places devait s'y faire, et qu'un gouverneur devait y être reçu comme dans une place et non comme dans un cantonnement. Je lui ai répondu enfin qu'il avait raison, mais que le Gap n'était point une ville, que le service des places ordonné par le règlement ne s'y faisant point, étant impossible, et que, ayant le pouvoir exprès d'expliquer les articles de ce règlement qui ne s'appliquaient pas avec les dispositions des lieux, j'avais cru pouvoir y donner cette interprétation. M. de Montreuil à qui j'avais été forcé, le jour de mon arrivée, d'envoyer mes « commissions » par M. Duvivier, afin de le convaincre que j'avais la triste dignité de gouverneur général de Saint-Domingue, a voulu voir la

1. Montrenîl n'avait point été nommé g'onTemenr en remplacement dn ▼ieomte de BeUnnce, mais avait été provisoirement charg'é dn goaverment de la colonie.

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lettre du Roi qui me donnait le pouvoir d'interpréter ledit règlement. Il s'est borné alors à me dire qu'il n'avait pas d'habit d'uniforme. J'aurais été désespéré de lui occasionner une dépense qu'il n'aurait pas jugé encore à propos de faire. Je lui ai répondu, sans me permettre la moindre plaisanterie, que cela était égal. »

Moins imprévues mais non moins étranges apparaissent les prétentions émises par le conseil. « M. le procureur général est venu ensuite me dire que la visite que j'avais été faire le jour même aux conseillers, pour les prier de se trouver àl'église, serait très in fructueuse, parce qu'une cour souveraine ne pouvait y aller que par une lettre de cachet du Roi. Je ne lui ai point disputé le titre de cour souveraine. Je lui ai objecté que M. Magon et moi, ayant l'honneur de les convoquer extraordinairement pour les affaires, nous avions à plus forte raison celui de pouvoir les inviter à des cérémonies. Il m'a dit que cela était abusif et contre leur dignité. Je n'ai pu m'empêcher de rire en songeant que c'était le fils d'un tonnelier qui me parlait ainsi, au nom du fils d'un couvreur et de plusieurs autres gens d'une extraction pareille. J'ai repris cependant ma gravité et mes révérences, lui disant que je ne le trouvais personnellement pas mauvais et que je tâcherais de leur prouver combien j'étais peu susceptible de pareilles misères lorsqu'eDes me regardaient personnellement; que cependant je ne présumais pas que, M. Magon et moi, nous puissions regarder le droit de les convoquer pour les affaires comme un de ceux que nous pouvions négliger sans manquer à notre devoir *. >

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