Arohives de la Marine, B« 108 f
La désignation en fut faite avec une impartialité qui honore d'Estaing. c Un nommé M. de Saint-Michel, conte-t-il, très républicain, grand raisonneur qu'on m'a dit et qui me paraît fort entêté, n'est point exclu du nombre des principaux habitants : il Test en réalité... Il faut je crois que cette assemblée soit composée de tous ceux qui doivent y être, sans quoi elle ne serait plus libre*. »
Venait ensuite le tiers-état où, h côté des seize négociants chargés de veiller aux intérêts spéciaux du commerce, figuraient tous les syndics. Nommés par les habitants eux-mêmes dans les assemblées de paroisse, ces syndics apparaissent au gouverneur comme les « naturels et véritables représentants de la colonie ». Ne se sent-il pas en effet déjà vaguement imbu des théories sur lesquelles vingt-cinq ans plus tard, aux états généraux de 1789, les membres du tiers devaient appuyer leur abusive prétention de se dire les seuls véritables représentants de la France ?
Le gouverneur employa de son mieux les jours qui précédèrent l'ouverture de la session, visitant les députés et s'efforçant d'annuler la pression produite sur leurs esprits par les démarches réitérées de certains conseillers. « Il semble, lisons-nous dans son journal, qu'ils sollicitent un procès contre le Roi. Ils répandent qu'on veut exiger six ou huit millions, que je travaille au rétablissement du despotisme et qu'il conduira à la tyrannie la plus effrayante... Le nombre de leurs sectateurs n'est grand que sur l'objet de l'argent. Tout le monde, pour cet article important, est du même avis,