‹ L'amiral d'EstaingChapitre 86 sur 252 · Archives de la Marine, BM08 f · texte numérisé non relu

Archives de la Marine, BM08 f

tain Duménil, établi comme avocat à Saint-Domingue, après avoir été successivement, rapporte d'Estaing, t chassé de chez M. de Voltaire, dont il était secrétaire, escroc et filou à Genève, sous le nom de Savigny de Rouville, à Dijon et à Lyon sous celui de Rouville de Savigny, décoré à Paris d'un petit collet et appelé Tabbé Dubois, où il était infiniment utile à la société en faisant publiquement le rôle de Mercure pour deux louis' >.

L'expulsion d'un aussi triste personnage parut à l'intendant c opération aussi indispensable que pressée >. C'était en même temps « désarmer le conseil de Portau-Prince et lui enlever la lance de l'enchanteur Merlin ». Il semblait pourtant impossible d'envoyer un tel homme rejoindre en France les détracteurs de d'Estaing, et lui procurer ainsi le moyen de s'y constituer en quelque sorte « l'ambassadeur du parlement > à la cour. Ce titre assurément ferait trop oublier à Paris celui qu'il y portait jadis « d'entremetteur auprès des belles; il deviendrait un homme considérable et chéri du public. Sa fortune serait rapide* ».

Tout calculé, il fut donc décidé que Duménil serait arrêté et interné à la Désirade. L'exécution de cette mesure donna lieu à un incident fort plaisant. L'avocat, secrètement prévenu, crut se mettre à l'abri de toutes recherches en se réfugiant chez un certain Coustard, beau-frère du commandant de Port-au-Prince, d'Argout, qui se montrait alors à l'égard du gouverneur un subordonné peu docile et faisait partout grand état de son soi-disant crédit à Versailles. La maréchaussée n'en

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alla pas moins frapper à la porte de Coustard qui, parlementant avec elle, lui refusa l'entrée de sa maison durant le temps voulu pour permettre à Duménil, sinon •de se vêtir, du moins de prendre la fuite en chemise. Il fut d'ailleurs promptement arrêté, en pleine campagne, dans ce grotesque accoutrement, « traité avec beaucoup de douceur > et c embarqué avec beaucoup de promptitude * » .

Cependant l'arrestation de Duménil ne produit pas Teffet auquel s'attend le gouverneur. Il a cru « rendre le prince sage en fouettant le houzard », mais il s'est trompé. Le parlement de Port-au-Prince devient intraitable et Magon estime qu'un coup d'autorité peut seul dompter les esprits révoltés. € Son avis est que le jour que le conseil doit se rassembler, il en soit formé un nouveau et que les mutins aient ordre de rester chez eux. > D'Estaing ne partage point encore le sentiment de l'intendant. < Plus je suis personnellement offensé, répond-il, et plus je désire d'employer la douceur... La désobéissance aux ordres du Roi et son autorité directement offensée peuvent seules me décider à la sévérité »• »

L'éventualité envisagée par d'Estaing ne devait pas tarder à se produire. A quelque temps de là, une lettre »du duc de Choiseul ayant été présentée au conseil, avec ordre formel de l'enregistrer, cet enregistrement fut rejeté à la requête du substitut Saint-Léger et, en pleine audience, Choiseul y fut accusé de se montrer, dans ladite lettre, en contradiction avec soi-même. C'était assurément une € grave insulte », une insulte

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