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dirigée sinon contre le Roi, du moins contre la personne de son premier ministre. Cette fois, Tautorité du souverain était bien directement offensée. D'Estaing ne pouvait plus différer de sévir contre les membres du conseil. Plusieurs d'entre eux se virent exilés de Portau-Prince et Saint-Léger provisoirement conduit au Fort-Dauphin ^
Cette mesure de rigueur arrivait trop tardive pour vaincre l'extraordinaire orgueil des conseillers et leur inadmissible prétention de s'ingérer dans le gouvernement de Saint-Domingue. Le temps avait été laissé au parlement de faire agir à la cour, d'où chaque courrier apportait maintenant au gouverneur sinon le désaveu de sa conduite, du moins de pénibles avis sur la façon dont il devait appliquer les mesures qu'il avait pourtant reçu l'ordre d'imposer. 11 n'était plus question des pouvoirs exceptionnels à lui conférés. Il se trouvait maintenant gêné dans l'administration de la colonie, comme se sentirait entravé le général qui, chargé au loin de la conduite d'une armée, se verrait imposer à distance non seulement les dispositions principales, mais aussi le détail de ses opérations.
D'Estaing ressent avec amertume les observations qni lui sont adressées et il y répond avec dignité. « Il n'ordonnera plus, lisons-nous dans une analyse de sa correspondance officielle, et il ne sera plus que le mîs-
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sionnaire silencieux des volontés du Roi. Au reste, s'il a fait du mal, il lui sera possible de le réparer. Il ne faut pour cela que laisser faire et être de Tavis de tout le monde, ou n'en avoir pas. Il est possible qu'il devienne avant peu aussi chéri que le serait un gouverneur statue, érigé simplement pour avoir la faculté d'expédier deux cents lettres par ordinaire ^ >
Dans son journal, d'Estaing marque ainsi toute l'amertume de ses pensées : « Ce qui est bien certain, c'est que dans le temps que je me suis vu à Mascate, moi trentième sur un vaisseau anglais que je venais de prendre à l'abordage, attaqué et probablement laissé à la merci de soixante chaloupes chargées d'Abyssins, gens très braves, bien armés et qui empalent volontiers leurs prisonniers ; que lorsque je me suis trouvé à la mer, sans vivres, sans eau et prêt à mourir de faim; que lorsque j'ai chaviré dans une chaloupe sous le feu du fort anglais de Mocomoco, que j'allais attaquer l'épée à la main, et que dans une demi-douzaine d'autres occasions de ma vie, à peu près semblables, je ne me suis jamais trouvé aussi excédé ni aussi découragé que je le suis. »
Soldat, d'Estaing ne discute point les ordres reçus, mais sa conscience lui dit bien que ces ordres constituent la violation d'engagements antérieurs et formels. Il s'explique ainsi clairement le changement d'attitude du ministre qui, tout d'abord, ne soupçonnait point de la part des habitants de Saint-Domingue une telle résistance à ses volontés. Aussi d'Estaing ajoute-t-il : c On a crié liberté à un peuple de petits tyrans riches, qui