‹ L'amiral d'EstaingChapitre 97 sur 252 · Archiyes de la Marine, B« 111 f · texte numérisé non relu

Archiyes de la Marine, B« 111 f

manque pas dans l'équipage, le trouvent maigre, taqué, et ne l'admettent qu'avec peine pour du bordeaux, leur pays. Quant aux farines qui, suivant l'ordonnance et le traité des vivres, doivent être tirées de Bordeaux ou Marans, et les plus épurées, elles sont de Normandie ou de Bretagne, sont vieilles et sentent la poussière, au point que plusieurs des maîtres préfèrent de manger du biscuit. Je ne sais si M. de Tréville* n'est point dans l'intention d'envoyer au général du pain de nos anciennes farines, dont il nous reste encore, et des dernières. Dans ce cas il y trouvera une belle différence*, »

Malgré ce fâcheux état des équipages, d'Estaing ne s'en était pas moins conformé aux ordres du ministre et cheminait vers la France tout en faisant évoluer sa flotte, quand il se vit contraint de la réduire d'une de ses principales unités. Par le travers des Açores, l'escadre fit la rencontre du Saint-Joseph ou El Gaillardo, bâtiment c chargé à registre pour le compte de Sa Majesté Catholique et du commerce d'Espagne ». Allant sans aucune escorte de Lima à Cadix et armé seulement de douze canons, monté par un équipage peu nombreux, ce navire redoutait, non sans raison, de tomber aux mains des Barbaresques, car « un seul chebek' eût pu l'enlever >. Si grande paraissait à cet égard la crainte du

1. Gkarles-Aug^stin Le Vassori comte de Lalouche-Tréyille, originaire des Iles dn Vent, ayait été au début de sa carrière anspessade et sergeot. Chef d'escadre en 1776 Latouche-Tréyille obtint le commandement du port de Rochcfort, qu'il conserya jusqu'en 1786. Le commandant de la grande flottille réunie à Boulogne en 1799 était son neyeu.

2. PouUetier à TouroUe, 21 juillet 1766. — Archives de la Marine, B* 111 f. 92.

3. Chebek : petit nayire ayant dans ses formes une certaine ressemblance ayec les anciennes galères. — Jal : Glossaire nautique,

capitaine que, malgré les retards occasionnés par les évolutions, il suivit l'escadre pendant plusieurs jours, landis que d'Estaing mesurait sur la marche du galion les mouvements à exécuter. Mais les ordres de la cour ne permettaient pas à Tamiral d'escorter le Saint-Joseph aussi loin que l'eût désiré son commandant. Par humanité, non moins qu'en considération des bons rapports qui existaient entre la France et l'Espagne, d'Estaing prit alors sur soi de détacher le Hardy avec mission de convoyer le navire espagnol jusqu'à l'entrée du port de Cadix, ou tout au moins jusque sous l'écoute des vais- -seaux du Roi Catholique, qui, vraisemblablement, croisaient aux abords du cap Saint- Vincent ^

L'absence du Hardy allait rendre les évolutions de l'escadre « un peu moins régulières > . Elles n'en continuèrent pas moins jusqu'au jour où d'Estaing mouilla, vers la fin d'août, dans la rade de Brest. Son premier soin y fut de signaler au ministre les officiers dont, au cours de ces manœuvres, les aptitudes professionnelles l'avaient plus particulièrement frappé et de demander en leur faveur quelques gratifications méritées. Cette navrante réponse du duc de Praslin fut la seule suite donnée aux propositions de l'amiral.

« J'ai rendu compte au Roi, monsieur, des mémoires que vous m'avez remis, concernant les capitaines, divers officiers, gardes du pavillon et de la marine de votre escadre. La situation des fonds obligeant Sa Majesté à une exacte économie, il ne lui a pas été possible d'accorder les gratifications que vous avez deman-

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