VOLONTÉ
Les Espagnols ayant voulu parler de capitulation, Pointis leur répondit insolemment qu'un conquérant ne signait pas de capitulalion. Les officiers ennemis retournèrent alors à Garthagène, sans que rien eût été conclu.
Ils venaient de partir lorsque la nouvelle par*
- 171 ^ vint au camp français que onze mille hommes étaient en marche pour secourir Garthagène.
Du Casse fut placé avec un fort détachement sur la route par laquelle ce corps ennemi devait arriver. Ce corps était en marche^ en effet ; mais, apprenant la chute de Hihimani, il ne poussa pas jusqu'à la place assiégée; néanmoins cette alerte eut pour effet de rendre Pointis plus traitable^ et le 3 mai il signa avec le gouverneur de la ville une capitulation portant que « les assiégés auraient les honneurs de la guerre; que les trésors seraient remis au général de Pointis avec pièces à l'appui ; que les marchands et commerçants verseraient aussi l'argent et les effets en leur possession ; que les habitants seraient tenus de déclarer Tor, l'argent^ les pierreries qu'ils avaient, sous peine de confiscation entière; qu'on leur en laisserait la moitié ; qu'on ne toucherait ni aux églises ni aux couvents; que chacun serait libre de se retirer où bon lui plairait; que ceux qui resteraient ne seraient point inquiétés, d
La capitulai ion signée, la garnison espagnole sortit avec les honneurs de la guerre, et
les Français firent leur entrée dans la ville. Le premier acte de Pointis fut de déclarer publiquement que ceux qui apporteraient de bonne volonté leur argent et leurs valeurs en cooserveraienl le dixième, mais que ce dixième serait donné aux dénonciateurs de ceux qui n'apporteraient pas le leur. Il réunit ensuite les supérieurs des couvents et des maisons religieuses^ et leur déclara qu'ils devaient apporter leur argent, ajoutant que Timmunité accordée par la capitulation ne concernait que les valeurs non monétaires. Pendant les quelques jours qui suivirent cette déclaration, le vainqueur ne pouvait suffire à recevoir et compter les richesses qui arrivaient de toutes parts. Elles furent immenses, mais il serait impossible d'en fixer le chiffre d'une manière à peu près certaine, en présence du désaccord survenu à ce sujet entre les principaux intéressés. Pointis déclara un butin de neuf millions de francs; du Casse affirma qu*il se montait à neuf millions d'écus^ sans compter les marchandises de prix, le tout devant selever, d'après lui, à une trentaine de millions. D'autres intéressés ont été jusqu'à parler de
plus de quarante millions; mais ce dernier chiffre^ croyons-nous, est exagéré.
Quoi qu'il en soit, Pointisdissimula, le plus qu'il le put, les richesses prises à Carthagène, soit qu'il voulût, comme certains contemporains n'ont pas craint de l'en accuser, en détourner une grosse part à son profit personnel, soit qu'il voulût simplement grossir celle des armateurs dont il était le représentant naturel. Toujours est-il que^ dès lors, il avait l'intention bien arrêtée et indigned'un homme d'honneur de ne pas tenir la parole donnée aux flibustiers.
Afin d*atteindre ce but déloyal, il jugea nécessaire de les éloigner de Carihagène. Il fit courir le bruit qu'un corps d'environ dix mille Indiens approchait pour combattre les Fran~ çais, et il prescrivit aux flibustiers de se porter à la rencontre de l'ennemi. Pendant leur ab* sence, et tandis qu'ils donnaient la chasse à un adversaire imaginaire, Pointis faisait opérer la rentrée de tout le butin. Lorsque les flibustiers revinrent, n'ayant rencontré aucun ennemi^ ils furent avisés, par un ordre du commandant supérieur, que les recherches faites dans Garthagène avaient produit peu de richesses. Puis,
on leur interdit l*entrée de la ville^ dans la crainte^ prétextait-on^ que leur présence redoutée ne déterminât quelque soulèvement.
Furieux de ce manège^ les flibustiers^ qui avaient si brillamment concouru au succès de l'expédition, prétendirent pénétrer dans Carthagène, mais ils trouvèrent les portes fermées et gardées, ainsi que les remparts^ par les troupes régulières qui leur en interdirent rentrée. Peu s'en fallut que sur Theure Carthagène ne devint le théâtre d'une lutte entre les vainqueurs. Toutefois, Pointis ayant envoyé aux flibustiers un officier pour les assurer qu'il ne prétendait pas leur interdire l'entrée de la ville d'une manière absolue^ mais simplement les empêcher d'y venir tous à la fois, de peur d*effrayer la population, ils se calmèrent, et^ aussitôt que le recensement total de l'or, de l'argent, des pierreries fut terminé, ils furent autorisés à pénétrer dans Carihagène. Il est juste de reconnaître qu'une fois qu'ils y eurent été admis, ils s'y conduisirent avec peu de modération et donnèrent lieu chaque jour, par leur violence, aux plus sanglants reproches.
Après la prise de Cartbagène, du Casse avait été nommé gouverneur de la place. Il crut de son devoir d'exiger qu'on lui rendît un compte exact de tout le butin. Tel ne fut pas l'avis de Pointis^ qui lui fit une querelle à propos de permissions accordées ou refusées.
Du Casse se retira à Hihimani, déclarant ne plus vouloir se mêler de rien. Toutefois voyant la mortalité qui sévissait parmi ses hommes, flibustiers et gens de la côte, tant à cause de l'air pestilentiel des marais où ils étaient relégués, que par suite du défaut de vivres, quoiqu'on se fût engagé formellement à leur fournir les rations nécessaires, du Casse lit redemander à Pointis les hommes qn'il avait tirés de Saint- Domingue, le rendant responsable, en cas de refus, du tort qu'occasionnerait à la colonie une plus longue privation de toutes ses forces.
Le commandant supérieur, assez satisfait au fond de cette demande qui le débarrassait d'un ncommode et gênant témoin de sa conduite^ répondit qu'il donnait volontiers son acquiescement^ pourvu qu'on lui laissât le quart des flibustiers et une partie des nègres.
Cependant du Casse ne voulait point quitter
Carthagène avant d*avoir obtenu satisfaction pour les siens dans la distribution de la part qui leur revenait sur les prises faites. Voyant la mauvaise volonté de Pointis, il craignit que ses gens ne fussent frustrés dans leurs intérêts, et que, déçus de leurs espérances, ils ne fissent retomber sur la colonie de Saint- Domingue le poids de leur colère.
Il essaya donc une tentative auprès de Pointis. Ce dernier se conduisit à son égard de la façon la moins loyale. Profitant de ce que du Casse a pleine et entière confiance en ses promesses, il fait mettre le butin dans des caisses, qu*il ordonne d*embarquer en cachette sur les vaisseaux du roi^ sans avoir procédé à aucun partage. Gela exécuté, il prend la résolution de démanteler Carthagène et de s'embarquer pour l'Europe.
En effet, le 25 mai^ toutes les fortifications sautent. Immédiatement après, ordre est donné d*embarquer les troupes^ Pointis luimême s'apprête à mettre à la voile. Les flibustiers et les gens de Saint-Demingue refusent alors de quitter la terre avant qu'on leur ait compté ce qui leur est dû ; du Casse les assure
qu'ils Yont recevoir leurs parts, et il écrit à PoÎDtis de se presser^ ou qu'il ue répond plus des excès auxquels pourra se porter une soldatesque justement irritée. Poinlis répond que le commissaire du Thilleul (faisant fonctions de ce que nous appelons aujourd'hui intendant général d'armée) a Tordre de dresser le compte, et qu'on l'expédiera incessamment.
Trois jours après, le 28^ ce compte arrive.
Le compte, établi par ordre du baron de Pointis^ était en désaccord complet avec rengagement pris par le général^ au moment de l'embarquement. 11 mettait les gens de la côte et les flibustiers d ^a^es. C'étaient là une infamie et un vol fait aux hommes qui avaient le plus contribué au succès de l'expédition. Ce qu'il y a de curieux, c'est que Poinlis lui-même reconnaît implicitement qu'il avait agi de mauvaise foi. En effets dans la relation qu'il écrivit de la campagne on lit ce qui suit :
« La consternation de M. du Casse fut grande à la vue de ce compte^ par lequel il vit que la part de ceux à la tète desquels il se mettait, allait à quarante mille écus. Il avait de bien plus hautes prétentions. Il se fondait
«tir l'écrit que je lui avais donné, où il étau marqtU que tout serait mis en quatre, dont il s'attendait que^ lui et ses gens faisant le quart de l'armée^ ils auraient deux millions. Mais quand on lui eut fait ouvrir les yeux, et montré que partager homme pour homme avec les équipages des vaisseaux du roi c'était partager ce qui appartenait auxdils équipages, homme pour homme avec eux^ et non pas sur la part ni du roi ni des armateurs, et qu'on lui eut détaillé que cette part consistait dans le dixième du premier million et le trentième des autres, dont le quart lui revenait, il entra dans une telle fureur qu'il voulait passer en France directement, laissant là son gouvernement.!
Ces derniers mots renferment une nouvelle calomnie dirigée par Poinlis contre du Casse. Le gouverneur de Saint-Domingue se contenta de faire dire à du Thilleul qu'il avait reçu le compte et irait en demander justice devant un tribunal où le baron de Pointis ne serait pas juge et partie. Puis, sûr que si ses soldats venaient à connaître le déni de justice qui leur était fait^ ils se mettraient en révolte ouverte, et prévoyant que leur rébellion pourrait attirer
d'effroyables malheurs^ du Casse prévint le chevalier de Galiffet de l'état des choses, et lui ordonna de s'embarquer, ainsi que tout son monde, sans rien dire à qui que ce fût.
Poinlis^ mu par nous ne savons quel mobile^ demeuré inexpliqué jusqu'à nos jours et inexplicable pour tout homme de sens, sachant le secret gardé par du Casse, manda à celui-ci qu'il en était surpris, et, ayant réuni les capitaines des navires flibustiers^ leur apprit que le compte avait été dressé et qu'il était entre les mains de du Casse. Ils se rendirent auprès du gouverneur de Saint-Domingue et le lui demandèrent. L'ayant reçu de ses mains, ils le lurent et se retirèrent sans prononcer une parole.
Ce que du Casse avait prévu ne tarda pas à se réaliser. Les capitaines ayant montré à leurs gens ce qu*ils venaient de recevoir, il fut délibéré eiftre eux qu'ils prendraient à l'abordage le Sceptre, vaisseau de Pointis^ et qui était assez éloigné des autres navires pour n'en pouvoir être secouru à temps. Au moment de passer de la parole à l'action, la crainte de du Casse les fit hésiter, et l'un d'entre eux ayant
dit : c Nous eyods tort de nous en prendre à ce chien^ il n'emporte rien du nôtre, il a laissé notre part à Carthagène, c'est là qu'il la faut aller chercher, • tous adhérèrent à cette opi* nion.
Les bâtiments flibustiers font voile vers la ville. Les hommes jurent de ne jamais retour* ner à Saint-Domingue. Du Casse, sans perdre un instant, envoie Galiffet à Pointis ; mais ce dernier malade est hors d'état de rien écouter ni de prendre une détermination. Alors du Casse fait lire aux flibustiers l'ordre du jour suivant :
« Capitaines et flibustiers, songez-vous bien que vous manquez de respect au plus grand roi du monde^ et que Tinjustice que vous fait un de ses officiers, ne vous met pas en droit de sortir de Fobéissance? Faites réflexion que je porterai la peine de cette démarche et que vous livrez mon innocence sur Téchafaud. Je conviens qu'on nous fait une perfidie sans exemple, mais vous devez croire qu'après avoir acquis de la gloire aux armes du roi, sa justice écoutera vos plaintes et punira ceux qui auront violé safoi. Je vous commande de vous retirer,
ipcJnededéaobéisBance et je tous promets d*iller porter tos raisons devant le roi, •
Gel ordre ne produit aucun effet; les flibustiers s'aDpareot de Carthagène, exigent de ses malheureux habitants cinq millions qui ne leur sont pas fournis. Us accusent hautement Pointis de les a?oir volés, et se livrent à mille Yiolences, eiactions, atrocités^ pillent les maisons, les couvents, les églises. Au bout de quatre jours, ayant soutiré de la ville tout ce qu'ils en pouvaient espérer^ ils s'embarquent avec les gens de la côte sur neuf bâtiments.
Ayant partagé For et Targent de Carthagène^ les flibustiers prennent le large^ se donnant rendez-vous à Tile Avache pour procéder également au partage des nègres et des marchandises pillées. A trente lieues en mer, ils sont atteints par une flotte ennemie qui, ayant appris les suites de l'expédition de Carthagène^ les cherche, pour profiter de la dissension qui s'était mise dans les troupes de Pointis.
A la vue de l'escadre ennemie, chaque bâtiment tira de son côté. Le Christ (capitaine Gotny) fut pris par les Hollandais. Le Cerf-
Volant (capitaine Pierre) eut le même sort. Un bâtiment échoua et se fît brûler à la côte de Saint-Domingue. Les cinq autres abordèrent sur divers points de Saint-Domingue et à File Avache.
Revenons à Pointis et à du Casse.
Le 31 mai, deux capitaines de milice étaient venus demander à du Casse Tautorisalion de retourner h Saint-Domingue ; du Casse les engagea à se joindre aux flibustiers pour empêcher la continuation des désordres, les priant de dire à ces hommes qu'ils devaient se rendre au plus vite à Saint-Domingue^ avoir confiance dans la justice du roi et leur assurer que lui, du Casse, se rendrait incessamment en France pour faire valoir leurs droits.
Le 2 juin, le Pontchartrain, monté par Pointis, et la Marie mirent à la voile et arrivèrent à Saint-Domingue en seize jours.
Le 5 juin^ un petit bâtiment, expédié de la colonie par le gouverneur intérimaire, remit à du Casse une lettre lui annonçant qu'une forte escadre anglo-hollandaise était à la Barbade, menaçant Saint-Domingue. À cette lettre en
était jointe une autre du major de Bcauregard ; la voici :
< Le sieur Racbe est arrivé par Raquoin, oil est mouillé le capitaine Salle elBlout et le sieur Marcary. Il rapporte de très-méchantes nouvelles. 11 croit nos flibustiers pris. Il est extrêmement fatigué^ mais demain il m'a promis de vous aller voir. Voilà un terrible accident. Il serait bon pour cette colonie que nous n'eussions jamais vu M. de Pointis.
a Je ne doute pas qu'ils ne nous viennent visiter en peu de temps, et il est plus que temps de se préparer à les recevoir. J'ai le cœur si pénétré de la perte de nos gens que je ne sais ce que je fais ni ce que je dis. »
La flotte anglo-bollandaise était celle dont nous avons parlé plus haut et qui se jeta sur les flibustiers. En voyant les épouvantables malheurs amenés par la conduite du baron de Pointis^ malgré tous les sages avis qui lui avaient été donnés et qu'il avait dédaigné d'écouter^ du Casse n'hésita pas à envoyer un de ses officiers à la cour de France pour y faire un rapport fidèle des événements et pour demander justice au roi, pendant que lui-même
reviendrait prendre possession de son gouTer<> nement menacé.
Il confia cette mission au chevalier de GalitTet et le chargea de remettre au grand-amiral de France, comte de Yermandois; la lettre suivante (1) ;
a Monseigneur^ ayant fait la campagne pour Texpédition de Carthagène avec l'escadre commandée par M. de Pointis, j'envoie M. de Gali&et pour en rendre compte à la cour; il aura l'honneur de vous en faire la relation entière, elle mérite que Votre Altesse sérénissimeen soit informée, les armes du roi n^ayant pas eu depuis longtemps un plus beau relief^ par rapport à la situation et à la force de cette \ille. M. de GalilTel est parfaitement recueilli sur tous les faits ; mais en parlant avantageusement à Votre Altesse sérénissime des autres, sa modestie lui ferait taire qu'il est un des principaux acteurs, et je dois vous dire^ Monseigneur, qu'il s'est acquis une estime générale et que sa valeur Ta conduit à toutes les actions
(1) L*origiDal de cette lettre est entre les mains de M. P. Lerot, bibliothécaire de Brest. Nous en devons la communication à cet administrateur.
dlèdal mwc dislîiictîoii. Je prendrai la libertè •■■î de dire i Votre Altesse qu'il a un atla* donent parfait pour \otre personne et pour iQi intêrtts. Je Fai chargé de supplier Votre Alleae sërénissiaie de m'accorder Thonneur de sa protection pour obtenir justice contre des outrages saillants qui ont été injustement faits i mon caractère, dont il aura Thonneur de lOQS entretenir.
« n serait à désirer pour les intérêts de Votre Altesse sérénissime que le vaisseau par où passe M. de Galiffet arrivât avant Tescadro^ nos intérêts ayant été en Irès-mécliantes mains.
c 11 a paru que cette riche prise dût être séparée de vos mains, M. de Pointis n*ayant fait garder aucune formalilé et disposé de beaucoup d'argent comme de son propre, et de nombre de marchandises.
c II publie n'avoir que sept à huit millions» mais M. de Galiffet et moi pouvons vous assurer, Monseigneur, qu'il en a été pris au moins le double, et les Espagnols connaisseurs vont à vingt et vingt et un, sans pierreries et marchandises ou canons de fonte*
■ Je m'étais associé pour cotte prise avec un
corps d'habitants et tous les corsaires de mon gouvernement^ sous la promesse de M. de Poinlis que toutes les prises seraient portées i la masse pour être partagées homme pour homme, le dixième levé, et que de ce partage chacun paierait ses vaisseaux.
c Lorsqu'il a eu l'argent entre les mains^ il a prétendu me payer à gages à quinze livres par mois, et au lieu de six à sept millions qui devaient revenir à la colonie, il réduisait cela à cent et tant de mille livres. Cette indignité d'un particulier amis à deux doigts deleurperte les troupes du roi et les gens de la colonie qui en seraient venus aux mains.
c J*ai pris le parti de me plaindre au roi| mais les corsaires et les habitants se sont retirés avec serment qu'ils ne reviendraient jamais, et ils sont retournés à Cartbagène achever de dépouiller cette ville contre la foi de la capitulation qui avait été injustement violée dans cet excès.
« J'envoyai le major de la colonie pour les rappeler. Usle firent retirer, disant qu'ilsétaient bons serviteurs du roi^ mais qu'on les avait trompés et qu'il ne revint pas une autre fois.
cils ont été abandonnés sans vivres ; M. de Pointis ne s'en est pas mis en peine^ et si le roi avait confié sa colonie à ses ennemis^ ils n'auraient pu mettre en pratique que de semblables énormités.
€ Il est à craindre que Tescadre ennemie, que j*ai avis être dansées mers, ne profite de ce désordre pour prendre celte colonie^ ou que mille hommes qui sont restés ne soient pris, ee qui porterait plus de préjudice au roi que rintérét de l'armement ne saurait lui apporter de profit. J'étais déterminé de passer en France pour me jeter aux pieds du roi et lui en de* mander justice, mais la nouvelle des ennemis ne me le peut permettre.
c n est de mon devoir d'informer Votre Altesse sérénissime d'une liberté que M. de Pointis s'est donnée en décorant sa personne, à l'entrée de Carthagène, d'un honneur qui s'appartient qu'à Votre Altesse seule.
c II était suivi de vos gardes, marchant à cheval entre eux, mousquet sur répaule, à beaux uniformes. Il y en avait trente^trois, commandés par un officier appelé La Sourjeandière; nombre d'autres gardes ne you-
laient point assister à cette cérémonie indigne à des gentilshommes pour servir un simple officier.
€ Cet homme s'était oublié sur bien d'autres choses ridicules et extravagantes : Mon armée conquérant étaient des termes ti*èsfamiliers dans sa bouche^ et nombre d'autres moins convenables comme dans ses titres :
Général des armées de France de terre et de mer, faisant battre aux champs et deux gardes différentes à sa tente. »
Toute cette affaire de Garthagène a été admirablement exposée^ et résumée d'une manière claire^ nette et précise dans un mémoire adressé au roi et destiné à son Conseil d'Etat. Ce mémoire, présenté par le chevalier de Galiffet, est Tœuvre de cet officier et de du Casse. Il met en complète lumière le différend qui divisa ainsi du Casse et Pointis, ainsi que les causes réelles. Le ministre et le roi lui-même en prirent connaissance. Aussi, malgré sa longueur, Tiraportance de ce mémoire nous fait un devoir de le reproduire in extenso, d'autant qu'il est l'histoire complète, vraie et inédite de cette expédition de Carthagène.