De Fin., I, xx
Dugas. Amitié. 9
tefois, si l'intérêt « triomphe dans sa propre défaite » (La Rochefoucauld), s'il jouit de se sacrifier, s'il trouve dans l'amitié des plaisirs plus vifs, plus délicats que ceux qu'il éprouve à se satisfaire lui-même, il reste alors paradoxal, mais il devient exact de dire que l'égoïsme peut conduire à aimer ses amis comme soi-même et plus que soi-même. Telle est justement la pensée d'Épicure. L'amitié par elle-même, utilité à part, est une source de jouissances, un élément de bonheur. Elle « se lie étroitement avec le plaisir. Nous jouissons de la joie de nos amis comme de la nôtre, et semblablement, nous souffrons de leurs douleurs l ».
Dans ses plus belles maximes sur l'amitié, Épicure n'outrepasse point ses principes. Il a le droit de dire :
Le sage aura toujours pour ses amis les mêmes sentiments que pour lui-même; et toutes les peines qu'il prendrait pour se procurer à lui-même du plaisir, il les prendra pour en procurer à son ami 2.
Ou encore :
"* Le sage, s'il le faut, mourra pour son ami.
Cela, en effet, signifie simplementqueles joies de l'amitié sont d'espèce assez délicate et rare pour qu'un égoïste raffiné veuille les acheter au prix de souffrances personnelles, qu'il juge en comparaison moindres.
L'Épicurisme n'exclut pas non plus la tendresse. Épicure reproche aux Stoïciens leur dureté :
Ils nous ôtent, dit-il, les regrets, les larmes et les gémissements sur la mort de nos amis; cette impassibilité qu'ils recommandent a pour principe un plus grand mal que l'afflic-
1. Amicitia cum volapiaie connectitur etiam et lœtamur amicorum Isetitiâ, œque atque nostrâ, et pariter dolemus angoribus {De Fin., I, xx, 67.)