‹ L'amitié antiqueChapitre 102 sur 194 · Ouv. cité, trad. Amyot · texte numérisé non relu

Ouv. cité, trad. Amyot

grossier qui prétendent que l'amitié ne vaut pas ce qu'elle coûte, il répond qu'il y a seulement chez eux impuissance à sentir toute la joie d'aimer. Il entre dans les vues d'un égoïsme supérieur de se sacrifier, quand la chose sacrifiée n'est rien auprès de la joie qu'il y a à en faire le sacrifice. Par malheur, cette forme d'égoïsme est rare et semble réservée aux âmes d'élite. Les autres seront toujours plus touchées de l'argument qui présente l'amitié comme avantageuse. Aussi Épicure ne se fait-il pas faute d'en user. Toutefois sa pensée dernière est que l'amitié, n'eût-elle pas à faire valoir ses services, serait encore estimable et bonne, car elle est en elle-même une joie.

Théories des successeurs d 'Épicure.

Cicéron prétend que les Épicuriens ont varié dans leurs théories de l'amitié. 11 distingue parmi les Épicuriens de son temps des orthodoxes et des indépendants. Il divise même les indépendants en deux groupes : les uns, professant cette théorie « pleine d'humanité et étrangère à Épicure1 », qu'on commence par aimer ses amis par intérêt et qu'on finit par les aimer pour eux-mêmes ; les autres, définissant l'amitié un mutuel engagement que prennent les sages de n'aimer pas moins leurs amis qu'eux-mêmes2.

On a lieu de s'étonner que, sur une question aussi grave que celle du fondement de l'amitié, une scission se soit produite dans la secte épicurienne, si jalouse de son orthodoxie. Mais peut-être les doctrines sont-elles sujettes à se renouveler précisément sur les points auxquels leurs adhérents prennent un intérêt toujours actuel et vivant. Au reste il arrive qu'elles se développent suivant un progrès logique, alors que leurs adversaires s'indignent de leurs

1. Aliud humanius... nunquam diclum ab Mo ipso (Epicuro). — De Fin., II, xxvi, 82.

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