Epictète, Enlr., III, xn; Manuel
THÉORIES PSYCHOLOGIQUES DE l'âMITIÉ 139
quoi qu'on fasse, il faut bien que je sois émeraude et que je garde ma couleur l. »
Pour maintenir sa dignité et sauver sa vertu, le sage se retire en lui-même, il fuit la contagion du vice. Puis peu à peu il prend goûta la vie intérieure; il se retranche dans sa liberté, il ne veut relever que de lui-même. Il n'attend rien des autres hommes, pas même qu'ils rendent hommage à sa vertu. Il s'exhorte au mépris de la gloire.
A quelles gens veut-on plaire, dit Marc-Aurèle, et pour quoi gagner? et par quelles actions? Bientôt le temps engloutira toutes ces choses, et combien déjà il en a englouties! — Pénètre au fond de leurs âmes et tu verras quels juges tu crains, et quels juges ils sont pour eux-mêmes 2. — Voilà donc les pensées qui les guident! voilà l'objet de leurs souhaits ! voilà pourquoi ils nous aiment, ils nous honorent. Habituetoi à considérer leurs âmes dépouillées de tout vêtement. Ils s'imaginent nuire par leur blâme, servir par leur louange, quelle vanité !
Quand on dit que le sage se suffit à lui-même, on n'entend pas seulement qu'il se place au-dessus de l'opinion, mais encore qu'il peut se passer d'amis. L'affection des hommes ne lui est pas plus nécessaire que leur estime.
Ce n'est pas qu'il choisisse d'être sans amis, mais il s'y résigne et, quand je dis qu'il s'y résigne, je veux dire qu'il supporte sans trouble la perte de ses amis 3. — Supposons lesage privé d'affections. Sa vie sera celle de Jupiter, lorsque, le monde détruit, la nature cessant de produire, il se repose, livré à ses pensées 4.
Le sage tient toutes les affections humaines pour précieuses ; il n'en regarde aucune comme nécessaire au bon-