‹ L'amitié antiqueChapitre 109 sur 194 · SÉNÈQUE, Ep · texte numérisé non relu

SÉNÈQUE, Ep

2. Nam cum raiione animus nwvelur placide alque constanter, tum illud gaudiura diciiur; cum autem el inaniter el effuse animus exsul-

l'instinct de sociabilité peut sortir une amitié conforme ou contraire à la raison, une vertu ou un vice.

La distinction stoïcienne de l'affection instinctive et raisonnable est analogue à celle que les Épicuriens établissent entre la poursuite aveugle du plaisir et le choix éclairé de l'intérêt. Si, suivant les uns, il faut souvent, par intérêt, renoncer au plaisir, suivant les autres, il ne faut pas moins, par raison, refouler ses instincts. La nature nous porte à aimer, la raison nous apprend comment on doit aimer, et l'amour raisonnable paraît faire violence à tous nos penchants.

Mais c'est là une illusion; nous prenons pour des suggestions de l'instinct les exigences de la passion. L'amitié déréglée est lûche, compatissante et faible; c'est pourquoi l'amitié raisonnable paraît impitoyable et dure. L'une, pour des maux imaginaires, comme la perte des biens, la maladie et la mort, se répand en plaintes et en gémissements; l'autre s'interdit les marques de tendresse, les larmes et les regrets superflus. L'une est compatissante et émue, mais d'ailleurs incapable de supporter la vue des maux qu'elle devrait soulager; l'autre est forte et virile, inaccessible à la pitié, mais secourable '. Il semble que les Stoïciens opposent la bonté qui part du cœur à celle qui vient de la raison. Plus exactement ils définissent l'amitié un élan de cœur, approuvé par la raison.

La raison est le vrai principe de l'amour; c'est qu'elle est à la fois intelligence et volonté. Elle est l'intelligence qui conçoit l'ordre, et la volonté qui le réalise. Elle connaît les vrais rapports des êtres (syfisza;), la société qu'ils forment, et elle organise cette société; elle est l'amour qui rapproche les êtres. La raison est une; elle n'est point tour à tour l'intelligence et la volonté, elle est la volonté intel-

tat, tum illa lœtitia gesliens. Tusc, IV, vi. — Cf. Diogène Laerce, VII, 114, 116.

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