‹ L'amitié antiqueChapitre 110 sur 194 · Cf. Épictète, Enlr., I, xi · texte numérisé non relu

Cf. Épictète, Enlr., I, xi

ligente ou l'intelligence active. La raison pose les lois ou les relations sociales qui découlent de la nature des hommes, et la volonté se conforme nécessairement à ces lois. Ainsi les relations naturelles de père à fils ou d'homme à homme subsistent, toujours; par suite, les affections qui en découlent ne peuvent non plus cesser d'être. Un fils, quoi qu'il arrive, ne perd jamais la qualité de fils : il garde donc ou doit garder toujours intacts les sentiments du respect et de la piété filiale. Si son père est méchant, il n'est pas dispensé pour cela « de prendre soin de lui, de lui obéir en toutes choses et de le supporter, encore qu'il l'injurie ou le frappe 1 ». De même un frère, un parent, un citoyen, un homme forment avec nous, en tant que tels, une société naturelle, dont nous sommes tenus de respecter les lois. Les liens naturels, qu'il s'agisse des liens de société ou des liens du sang, sont donc antérieurs à l'affection et la fondent.

Toutefois la société n'existe à son tour que par l'affection, et les rapports naturels (ayhtu), pris en eux-mêmes, sont extérieurs et vains. Une société n'est rien, si elle n'est une volontaire union des cœurs. Est-ce donc la nature ou la volonté qui fonde les sociétés humaines ? En réalité, c'est l'une et l'autre. Épictète semble opposer l'amitié aux ayéati;. Envers nos amis, nous ne serions liés que par notre volonté; nous créerions le lien qui nous attache à eux, et ce lien, librement formé, pourrait être aussi librement rompu ; nous aurions toujours le droit de retirer notre amitié à un indigne. L'amitié n'est point constituée par les liens du sang, par l'éducation et la vie commune; car ces conditions se rencontrent sans qu'elle se produise, et elle se produit, quand ces conditions manquent.

Examine, non comme font les autres, si (deux hommes) sont nés de mêmes parents, s'ils ont été élevés ensemble,

Page 1