Épictète, Man
s'ils ont eu le môme instituteur, mais seulement en quoi ils font consister leur utilité, s'ils la placent dans les choses extérieures ou dans la volonté... Si tu apprends qu'il y a des hommes qui font réellement consister le bien dans la volonté et le bon usage de nos pensées, ne te donne pas la peine de t'informer s'ils sont père et fils, s'ils sont frères, s'ils se connaissent et vivent depuis longtemps ensemble; d'après cette seule connaissance, prononce hardiment qu'ils sont amis*.
En d'autres ternies, les hommes sont amis, parce qu'ils ont les sentiments de la pure amitié, et non pas parce qu'ils ont des raisons de s'aimer. Mais ne doit-on pas dire aussi qu'être père, ce n'est pas porter le titre de père, mais en avoir les sentiments? Au point de vue moral, on ne peut séparer la société qui repose sur des bases naturelles et l'accord des volontés; ainsi, par exemple, la qualité de père entraîne l'obligation d'aimer ses enfants. Mais, au point de vue psychologique, si l'affection ne se conçoit pas en dehors de la a/in'.q, la r/éc.ç se conçoit très bien en dehors de l'affection : par exemple, si on ne peut, sans être père, avoir les sentiments d'un père, on peut être père de nom et de fait, sans l'être de cœur.
Déduisons de ce qui précède les caractères de l'amitié proprement dite. L'amitié a-l-elle une base naturelle ou dérive-t-elle uniquement de la volonté? Faut-il distinguer deux ordres d'affection : les affections naturelles et les affections électives, les premières pouvantn'exister que de nom, les secondes étant toujours effectives et réelles? Cicéron oppose à ce point de vue la parenté et l'amiiié :
L'amitié l'emporte sur la parenté, en ce que la bienveillance peut être retranchée de la parenté et ne peut l'être de l'amitié. En effet, si on supprime la bienveillance, il n'y a plus d'amitié, même de nom, mais le titre de parenté demeure 2.